Un blé plus vert : PAC ou pas cap : épisode 1/3 du podcast L'économie dans l'assiette

Le blé, souvent garant d'indépendance alimentaire, est un secteur stratégique pour les états.
Le blé, souvent garant d'indépendance alimentaire, est un secteur stratégique pour les états. ©Getty - Heritage Images
Le blé, souvent garant d'indépendance alimentaire, est un secteur stratégique pour les états. ©Getty - Heritage Images
Le blé, souvent garant d'indépendance alimentaire, est un secteur stratégique pour les états. ©Getty - Heritage Images
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Le blé est au cœur des stratégies agroalimentaires, dans un contexte de globalisation croissante des échanges et face aux impératifs de sécurité agricole globale. Cependant, l'usage massif des nitrates imposé par la PAC a fait émerger de nouveaux enjeux environnementaux liés à la fertilité des sols.

Avec
  • Thierry Pouch économiste, chef du service études et prospectives de l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture à Paris, et chercheur associé au laboratoire Regards de l'Université de Reims Champagne Ardenne

Cette semaine, nous examinons l'influence de l'économie sur le contenu de nos assiettes. Alors que le GIEC vient de sortir un rapport particulièrement alarmant, l'agriculture mondiale se situe à un tournant de son histoire. il lui faut donc produire mieux et plus alors même qu'elle subit déjà les conséquences du réchauffement climatique. Comment les grandes productions agricoles s'adaptent-elles ? Avant de nous pencher demain sur le marché du porc toujours plus mondialisé et mercredi sur le rôle des AOP dans les territoires, c'est le commerce international du blé qui va nous intéresser.

Pour en parler, Tiphaine de Rocquigny reçoit aujourd'hui Patricia Le Cadre, agroéconomiste, Responsable du pôle Alimentation et productions animales au Centre d’Etude et de Recherche sur l’Economie et l’Organisation des Productions Animales et Thierry Pouch, économiste, chef du service études et prospectives de l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture à Paris, et chercheur associé à l'Université de Reims Champagne Ardennes.

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Le blé : un impératif de productivité

Le blé est un secteur stratégique pour les économies dans un contexte de mondialisation croissante. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’indépendance alimentaire repose sur le blé français. Première puissance céréalière au sein d'une Union Européenne quasiment auto-suffisante, le France a connu une nouvelle prise en charge de son agriculture céréalière selon les réformes de la PAC créée en 1962. Citons celle adoptée en 1992, qui selon Thierry Pouch agit comme "un tournant : on va toucher aux prix d’intervention, orientés à la baisse, pour se rapprocher des prix mondiaux. Mais cette réforme intervient dans un contexte précis : celui de la mondialisation libérale et d'une négociation commerciale au GATT enclenchée en 1986 sur l’intiative des Etats-Unis. Pour la première fois depuis 1947, le dossier agricole est pleinement traité (…)." Alors que le marché mondial des blés - car il en existe différentes sortes pour différents besoins - se divise entre sept grands pays exportateurs et de nombreux importateurs, les ambitions géopolitiques se dessinent. La Chine fait irruption dans le marché en tant que grande importatrice et son rapprochement avec la Russie réside également dans le financement de terminaux en Sibérie pour répondre à sa demande en céréales. Le blé comme arme des grandes puissances jette un éclairage nouveau sur la crise en Ukraine et les velléités russes : "l'Ukraine représente 4% de la production mondiale de blé et 12% des exportations mondiales. La Russie, si elle s'empare du pays dans l'hypothèse où le conflit durerait, se propulserait comme  une hégémonie considérable. (...) Et le réchauffement climatique ne fait pas que des perdants : toute la frange Sud de la Sibérie pourra produire aux alentours d'1 milliard de tonnes de grains d’ici 2100", d'après Thierry Pouch.

L'Union Européenne face aux défis environnementaux 

Le blé est bouleversé par le contexte environnemental. Le rapport du GIEC est catégorique sur la course contre-la-montre qui s'impose à ses producteurs, et l'UE a affirmé son adoption de la politique environnementale du Green New Deal. Pourtant, malgré de fortes ambitions environnementales, produire toujours plus de blé reste l'objectif majeur, quitte à grignoter sur les forêts disponibles. Selon Patricia Le Cadre, "c'est la transition qui va être compliquée : les agriculteurs, premiers protecteurs de la nature, sont prêts à avancer. Mais il va falloir les accompagner, changer de paradigme, et ça ne se fait pas en un claquement de doigts". Alors que l'agriculture biologique peine à s'imposer, se pose en plus le problème des financements et de la clarté des ambitions de la PAC :  "Mais qui paye dans cette histoire ? Les chemins pour y arriver ne sont pas clairement évoqués. Autre problème avec la PAC : elle est de plus en plus renationalisée. On laisse quand même aux différents Etats le soin d'aménager leurs priorités et la façon de distribuer les aides dont ils bénéficient", remarque Patricia Le Cadre. De nouveaux modes de consommation, le souci du bien-être animal de la nouvelle génération d'étudiants agronomes et les responsabilités des futurs agriculteurs élargissent le débat sur le blé et la PAC.

Références sonores 

  • Allocution radiophonique de Pierre Mendès France, RDF/RTF, 17 mars 1945
  • Interview de François Mitterrand, Le Journal de 13h, A2, 14 juillet 1992

Références musicales

Les blés d’or - André Dassary (1958