Friedrich Hayek à l'Université de Chicago, 1960
Friedrich Hayek à l'Université de Chicago, 1960
Friedrich Hayek à l'Université de Chicago, 1960 ©Getty - Bettmann
Friedrich Hayek à l'Université de Chicago, 1960 ©Getty - Bettmann
Friedrich Hayek à l'Université de Chicago, 1960 ©Getty - Bettmann
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Résumé

A partir de la crise de 1929, Hayek mène avec acharnement une double lutte, contre l’interventionnisme keynésien d’une part, contre le socialisme de l’autre. C'est grâce à ces controverses qu'il se forge un nom en économie, mais qu'il devient aussi, peu à peu, isolé des cercles académiques.

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On présente souvent Friedrich von Hayek comme l'antithèse de Keynes. En effet, tout oppose, au moins à première vue, les deux économistes : le rapport à l'Etat, à la création monétaire, jusqu'à la finalité de toute politique économique. Lorsque Hayek démarre sa carrière dans les années 1930, le libéralisme est en déclin et les idées keynésiennes triomphent. Le penseur autrichien isolé entame alors dans l'ombre une vaste reconquête idéologique.

Tiphaine de Rocquigny reçoit Raphaël Fèvre, historien de l’économie, Maître de conférence à l’Université Côte-d’Azur et Yann Giraud, Historien de la pensée économique, Professeur à  CY Cergy Paris Université et directeur du laboratoire AGORA.

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Le libéral controversé: Hayek se fait un nom 

Hayek s'oppose à Keynes au sujet de la théorie monétaire, débat soulevé par la crise de 1929. Le déclenchement de la grande dépression de 1929 exacerbe, en Angleterre, le débat entre les partisans d’une intervention de l’Etat dans la vie économique et les ardents défenseurs du libéralisme conservateur, prônant le laisser-faire.

Selon Yann Giraud "Hayek porte l'idée selon laquelle il doit y avoir une période optimale de production et que, en laissant flotter le taux d'intérêt, il va être possible de déterminer les investissements qui sont les plus sains. Il estime que les banques centrales pourraient être à l'origine de la crise parce que des investissements imprudents seraient réalisés, ce qui provoquerait la crise de surproduction. Dans ce cas là, il ne faudrait rien faire car la crise est une forme de purge. Keynes défend l'inverse. Les banques centrales doivent aller au secours de l'économie, en amont, et doivent continuer à maintenir un flot de monnaie très importante pour que les investissements puissent se faire. C'est effectivement totalement l'opposé"

Pour Raphaël Fèvre "ce qui est particulièrement intéressant dans ce débat entre Hayek et Keynes, c'est de voir que de prémisses philosophiques et moraux, on en arrive jusqu'à une théorie économique et des recommandations de politique économique tout à fait différentes. Keynes était vraiment dans un anti moralisme, une anti morale victorienne, qui voulait mettre en avant les vertus de l'épargne, les vertus du renoncement, de la précaution, de la prévoyance sur le très long terme, ce à quoi il s'est toujours toujours opposé. Au contraire Hayek, dans une vision plus classique, viennoise, conservatrice, considérait que l'épargne était le préalable à tout investissement productif sain dans l'économie". 

La politisation progressive de Hayek: du polémiste anti-socialiste à l’homme de l'ombre du libéralisme

Selon Hayek, la socialisation de l’économie ne peut déboucher que sur la suppression totale des libertés, y compris les libertés politiques. Par conséquent, le socialisme est structurellement incompatible avec la démocratie. Sa critique du socialisme culmine lors de la publication de La route de la Servitude en 1944. Il y développe notamment l'idée que les politiques socialistes sont le cheval de Troie des idées totalitaires.

Désireux de rassembler les forces libérales et de briser leur isolement dans un contexte international d’adhésion au keynésianisme, Hayek fonde, en 1947, la Société du Mont-Pèlerin (en Suisse). L’objectif est de rassembler les défenseurs du libéralisme, trop isolés pour se faire entendre. 

Pour Raphaël Fèvre, " ce qu'on va appeler le socialisme de marché ou un bureau central de planification doit prendre en charge l'organisation de l'économie tout en essayant de se baser sur des valeurs économiques à part entière, notamment en ayant un rôle de bureau central de planification qui propose des prix à l'enchère et à la baisse et par un par un processus de tâtonnement, d'essais et d'erreurs, d'essayer d'orienter l'économie vers une efficacité plus grande. Et c'est ce contre quoi, dans les années 1930 Hayek va devoir véritablement proposer une réponse". 

Selon Yann Giraud,"il va vraiment y voir la mise en place, sous beaucoup de formes, d'une tentative d'imposer de nouveau les idées libérales, en particulier aux Etats-Unis, via une organisation qui se met en place à l'occasion de cette première réunion de la Société du Mont-Pèlerin"

Références sonores

Entretien avec Hayek sur l'ignorance de Keynes en économie, archive de 1975

Extrait du documentaire Vingt ans de problèmes économiques (1919-39) de Edouard Bruley et G. Herbuvaux

Hayek sur le socialisme, entretien avec John O’Sullivan en 1985

Lecture d'un extrait de La route de la servitude, Friedrich Hayek, 1944

Références musicales