Art australien aborigène dans les grottes de la péninsule de Burrup au Nord-Ouest de l'Australie.
Art australien aborigène dans les grottes de la péninsule de Burrup au Nord-Ouest de l'Australie.
Art australien aborigène dans les grottes de la péninsule de Burrup au Nord-Ouest de l'Australie. ©AFP - © GREG WOOD
Art australien aborigène dans les grottes de la péninsule de Burrup au Nord-Ouest de l'Australie. ©AFP - © GREG WOOD
Art australien aborigène dans les grottes de la péninsule de Burrup au Nord-Ouest de l'Australie. ©AFP - © GREG WOOD
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Résumé

La justice est souvent associée à la religion, à l’apparition de l’économie ou, bien sûr, à l’État. Voici que ce présupposé est remis en cause dans la justice aborigène. Nous en parlons avec Christophe Darmangeat et Jean-Paul Demoule.

avec :

Christophe Darmangeat (Anthropologue, enseignant-chercheur et Maître de conférences à l’Université de Paris, spécialisé en anthropologie sociale, préhistoire et marxisme.), Jean-Paul Demoule (Archéologue et préhistorien français. Professeur émérite de protohistoire européenne à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, membre honoraire de l'Institut universitaire de France et ancien président de l'Inrap).

En savoir plus

Dans l’Australie précoloniale, en effet, les études anthropologiques prouvent l’existence de véritables procédures de justice chez les chasseurs-cueilleurs qui ne s’apparentent ni à l’ordalie, ni à des formes archaïques de délibération mais qui sont associées à la guerre. Voici un constat riche d’enseignements qui remet en cause beaucoup d’idées reçues sur le prétendu pacifisme de notre préhistoire, et qui pourrait bien montrer le caractère primaire de la justice comme catégorie autonome du social.

Ce que nous apprend les formes de justice les plus anciennes des Aborigènes sera donc le sujet d’une discussion entre Christophe Darmangeat, anthropologue, maître de conférence à l’université de Paris, qui tient le blog La hutte des classes, et qui vient de signer Justice et guerre en Australie aborigène (Éditions Smolny, Toulouse, 2021) et Jean-Paul Demoule, archéologue et préhistorien, auteurs de nombreux ouvrages parmi lesquels Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire : quand on inventa l'agriculture, la guerre et les chefs (Fayard, 2017). Jean-Paul Demoule, qui sera avec nous depuis Arles, a rédigé la préface du livre dont il sera question aujourd’hui.

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A propos des chasseurs-cueilleurs

Jean-Paul Demoule "Une économie et une alimentation fondées sur la chasse, la pêche et la cueillette, cela a été le lot de l'humanité pendant quasiment toute son histoire. Si l'on fait remonter l'humanité à 7 millions d'années, l'agriculture ne date que de 10 000 ans. Et si l'on se contente d'Homo sapiens, qui est apparu il y a à peu près 300 000 ans, l'agriculture, c'est 4% de la durée d'Homo sapiens. Donc, les humains ont pour l'essentiel vécu de chasse, de pêche et de cueillette, ce qui leur permettait, dans certains écosystèmes, d'être sédentaires."

Christophe Darmangeat "l'Australie, pour un anthropologue social, est une mine d'or, c'est extrêmement intéressant puisque c'est le plus vaste ensemble de chasseurs-cueilleurs qu'on ait jamais pu observer. Mais ce sont des chasseurs-cueilleurs qui n'avaient pas, contrairement à partout ailleurs dans le monde, été repoussés vers des environnements hostiles, justement du fait de l'arrivée de l'agriculture, les chasseurs-cueilleurs australiens étaient partout. Il y a des climats qui ressemblent à ceux de l'Angleterre ou de l'Écosse, des climats subtropicaux, des déserts, il y a un peu de tout en Australie. [...] C'est grand comme 15 fois la France ou comme les Etats-Unis actuels, [...] et on estime que quand les Européens s'établissent sur le continent à la fin du 18e siècle, il y a entre 500 000 et un million d'Aborigènes qui y vivent à ce moment-là."

A propos des guerres

Christophe Darmangeat "Moi, je cherchais (à étudier) la guerre, et je l'ai trouvée bien au-delà de mes espérances. Je ne m'attendais pas du tout à trouver plus de 50 cas de guerre. Mais surtout, ce que j'ai trouvé, c'est pourquoi les gens se battaient. [...] Ces gens ne se battent pour aucune des raisons qui font les guerres dans nos propres sociétés, et c'est aussi ça qui fait que l'on a eu si facilement tendance à penser qu'ils n'avaient aucune raison de faire la guerre, mais ils en ont d'autres."

Jean-Paul Demoule "Le problème pour les guerres préhistoriques, c'est effectivement les motifs. Alors tout ce qui peut concerner les problèmes juridiques ou de droit, évidemment, jusqu'à preuve du contraire, on ne peut rien dire. En revanche, une des raisons, [...] c'est l'enlèvement des femmes. Et ça, on l'a au moins dans les sources historiques anciennes, avec l'enlèvement des Sabines (fondation de Rome) en Italie, et, en Grèce, l'enlèvement d'Hélène, qui est un thème récurrent de la guerre de Troie. [...] On sait très bien que cette question des femmes est récurrente dans les guerres, y compris jusqu'aux viols de guerre."

A propos de la justice

Christophe Darmangeat "Je suis entré dans un palais extraordinaire auquel je ne m'attendais pas en faisant la liste des procédures par lesquelles les Aborigènes réglaient leurs différends. On a facilement le préjugé sur les chasseurs-cueilleurs que ce sont des sociétés simplettes où les choses se font de manière informelle et où, à 40 ou à 50 (personnes), on ne va pas se mettre à faire des choses compliquées. C'est exactement l'inverse : les aborigènes ont un système de procédures judiciaires extrêmement riche qui n'avait pas été réellement étudié jusque-là, au sens où des anthropologues avaient relevé différentes formes, mais personne n'avait vraiment cherché à savoir si tout ça pouvait obéir à une logique."

"Les Aborigènes supportent à la fois des violences et des douleurs qu'aucun Européen ne serait capable de supporter. Et ils les acceptent parce que ça fait partie de leur vie." C. Darmangeat

A propos de la violence

Jean-Paul Demoule "Les cas de violence collective chez les chasseurs-cueilleurs du paléolithique avant l'invention de l'agriculture sont très faibles. En revanche, dès que l'agriculture sédentaire apparaît et qu'il y a, à la fois, territorialisation et accumulation de richesses, on a une explosion démographique. Et bien là, on voit assez rapidement que les villages se fortifient et on a abondance de massacres."

Pour en savoir plus 

Extraits musicaux  

  • Premier extrait choisi par Christophe Darmangeat

Extrait du film "10 canoës, 150 lances et 3 épouses", film australien de Rolf de Heer et Peter Djigirr, sorti en 2006, qui évoque la vie et les mythes des premiers habitants de l'Australie, bien avant la colonisation.

  • Morceau choisi par Jean-Paul Demoule

"Danza de la paloma enamorada" par Atahualpa Yupanqui - Album : Soy libre ! Soy bueno ! (1950) Label : Le chant du monde.

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  • Second morceau choisi par Christophe Darmangeat

"Il était une fois dans l'Ouest - L'homme à l'harmonica" par Ennio Morricone - thème de la B.O. du film "Il était une fois dans l'Ouest" de Sergio Leone (1964).

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À écouter ou à réécouter : Nuits magnétiques - Les aborigènes d'Australie (1ère diffusion : 05/10/1983)

Références

L'équipe

Antoine Garapon
Antoine Garapon
Antoine Garapon
Production
Vivian Lecuivre
Réalisation
Sandrine Chapron
Collaboration