La pédocriminalité : une longue histoire...
La pédocriminalité : une longue histoire... ©Getty - ©  Imgorthand / Coll. E+
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Les sociétés contemporaines sont extrêmement sensibles aux violences sexuelles commises sur des enfants. Que nous dit l'histoire à ce sujet ? Nous en discutons avec Didier Lett et Claude Gauvard, deux spécialistes de ces questions d'un point de vue historique.

Avec
  • Didier Lett Professeur d’histoire médiévale à l’Université de Paris
  • Claude Gauvard Historienne, professeure émérite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste d'histoire politique, sociale et judiciaire du Moyen Âge

Plusieurs explications sont données à cette extrême attention comme, entre autres, la panique morale de sociétés libérales avancées qui cherche ses frontières morales ou le vieillissement des populations et donc la rareté des enfants. Mais est-on certain que nos sociétés font exception ? Comment réagissaient les sociétés très éloignées de nous dans le temps comme la société médiévale ? L’histoire, une fois de plus, nous invite à relativiser la position de nos sociétés ; elle permet de mesurer ce que nous avons de commun avec elles, même si les justifications morales de la condamnation des actes de pédocriminalité étaient très différentes. Esprit de justice vous propose donc un voyage dans le temps sur une question très actuelle, en compagnie de Didier Lett, professeur d’histoire médiévale à l’université de Paris et spécialiste des questions de l’enfance, de la famille, de la parenté et du genre, qui vient de signer un livre intitulé Viols d’enfants au Moyen Âge. Genre et pédocriminalité à Bologne au XIVe -XVe siècles (PUF, 2021) et Claude Gauvard, historienne spécialiste de l’histoire politique, sociale et judiciaire du Moyen Âge, à qui l’on doit un grand nombre d’ouvrages et notamment « De Grace especial » : crime, état et société en France à la fin du Moyen-Âge publié en 1991 et ré-édité en 2010 (éditions de la Sorbonne), devenu un best-seller chez les juristes.

Didier Lett "Je suis d'abord et avant tout un historien de l'enfance. J'ai commencé à travailler sur l'enfance, il y a maintenant très longtemps, 25 ou 30 ans. Je pense que l'une des raisons qui nous a bloqué pendant très, très longtemps, en tant qu'historien de l'enfance, ce sont peut-être les thèses de Philippe Morris qui remettaient en cause l'idée que le Moyen Âge aurait aimé ses enfants. Finalement, dans les premiers travaux que l'on a fait sur l'enfance, on a surtout essayé de montrer l'enfance heureuse, et il était presque interdit dans les années 80/90, de parler de l'enfance malheureuse, maltraitée."

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Claude Gauvard "J'ai travaillé sur des séries de lettres de rémission, qui sont très nombreuses, et en fait, le viol est pratiquement évanescent, c'est à dire qu'il fait à peu près 2 à 3% des crimes remis, pardonnés par le roi de France. Alors, on peut interpréter cette faiblesse des chiffres de deux façon différentes, soit c'est parce qu'effectivement on ne dénonce pas le viol, soit, au contraire, c'est un crime si terrible que le roi ne pardonne pas. [...] En plus, l'enfant n'entre pas dans la criminalité avant un certain âge. Bon, comme victime, bien sûr, on le voit, par exemple, à travers, les accidents ou les infanticides. Mais là, c'est pareil, les infanticides, on en a fort peu. Parce qu'il n'est pas pardonnable ou parce qu'il n'est pas avouable ?"

Didier Lett "Il faut bien considérer qu'au Moyen Âge, on a une enfance bien plus courte que la nôtre, que l'on est très vite projeté dans un monde d'adultes, dans le monde du travail, etc. Donc, effectivement, une enfance médiévale se termine bien plus tôt que l'enfance d'aujourd'hui, c'est clair, mais, avec cette petite différence qui porte sur l'âge de la sexualité, on est sur 12 ans/14 ans, c'est vraiment quelque chose qui revient très souvent. Il y a aussi l'âge de la majorité pénale qu'on trouve autour de 10 ans, à peu près à la fin du Moyen Âge, c'est-à-dire que l'on ne peut pas condamner un enfant en dessous de 10 ans."

Pour aller plus loin

Didier Lett "En tant que spécialiste d'histoire du genre, ce qui m'a intéressé, dans ces trouvailles dans les archives, c'est d'avoir pu mettre à jour autant de cas d'agressions à l'égard des petits garçons que des petites filles."

Didier Lett "Quand on regarde les auteurs des viols perpétrés sur des petits garçons, on se rend compte qu'il y a une part plus importante de personnes qui, sans doute, sont étrangers à la ville. En revanche, la quasi totalité des violeurs de petite fille sont du pays de connaissance, c'est-à-dire sont vraiment des proches, c'est évident. Les travaux sur l'époque moderne ou l'époque contemporaine, au 19ème siècle en particulier, montrent à peu près la même chose. [...] Sans parler, évidemment des quelques cas d'inceste sur lesquels j'ai travaillé où là, c'est un oncle, un père..."

Claude Gauvard "Un des traits de l'art de la justice médiévale est que, quand vous faites partie des élites, vous pouvez transiger, avoir des transactions plus facilement, et puis, vous êtes reconnu par les juges eux-mêmes. [...] Donc, on a évidemment une justice extrêmement différente selon les couches sociales."

Didier Lett "Pour qu'un enfant ou une femme puissent "dénoncer", il faut que ce soit dans l'intérêt des hommes, car ce sont les hommes qui, d'une manière indirecte ou directe, décident du bien fondé de la dénonciation. Si leur honneur est en jeu et s'ils savent que la dénonciation d'un viol va amoindrir leur honneur, ils préfèrent effectivement taire l'affaire."

Extraits musicaux

Morceau choisi par Didier Lett

"Petite" de Léo Ferré - Album : "Amour Anarchie" (1970) - Label : UMG.

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Morceau choisi par Claude Gauvard

"Peccadilles Importunes" d'Erik Satie (1913) Enfantines qui sont au nombre de trois : 1 - Rendre jaloux son camarade qui a une grosse tête / 2 - Lui manger sa tartine / 3 - Profiter de ce qu'il a des cors aux pieds pour lui prendre son cerceau.

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L'équipe

Antoine Garapon
Antoine Garapon
Antoine Garapon
Production
Sandrine Chapron
Collaboration
Louise André
Réalisation