Le Suisse Tim Steiner, expose l'oeuvre tatouée sur son dos par l'artiste belge Wim Delvoye (Bâle)
Le Suisse Tim Steiner, expose l'oeuvre tatouée sur son dos par l'artiste belge Wim Delvoye (Bâle)
Le Suisse Tim Steiner, expose l'oeuvre tatouée sur son dos par l'artiste belge Wim Delvoye (Bâle) ©Maxppp - © GEORGIOS KEFALAS / EPA / Newscom/
Le Suisse Tim Steiner, expose l'oeuvre tatouée sur son dos par l'artiste belge Wim Delvoye (Bâle) ©Maxppp - © GEORGIOS KEFALAS / EPA / Newscom/
Le Suisse Tim Steiner, expose l'oeuvre tatouée sur son dos par l'artiste belge Wim Delvoye (Bâle) ©Maxppp - © GEORGIOS KEFALAS / EPA / Newscom/
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Résumé

Les multiples procès qu’engendre la pratique du tatouage - autour du droit de propriété des dessins effectués sur la peau, de la responsabilité du tatoueur pour un tatouage raté ou encore de la sécurité des encres utilisées - jettent une lumière particulière sur ce véritable phénomène de société.

En savoir plus

En 2006, un Suisse, Tim Steiner, fut tatoué dans le dos par un artiste provocateur, Wim Delvoye, au terme d’un contrat qui obligeait l’homme-objet d’art à se mettre à disposition de l’artiste trois fois par an pour être exposé au musée ou en galerie en s’asseyant des heures sur un piédestal afin de se montrer comme œuvre. Sans compter qu’il faudra statuer sur le devenir de cette peau après le décès de son support corporel, cela pose de multiples questions : le sujet doit-il être autorisé à se livrer à cette sorte d’automutilation artistique ? Cela ne heurte-il pas le principe de la dignité humaine ? Rappelons que l’article 16 du Code civil dispose que : « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci « en ajoutant dans des articles suivants que « le corps humain, ses éléments et se produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial ».

Ronan Bretel "Durant la période antique, le marquage corporel va avoir plusieurs buts : un but premier, ornemental mais aussi, éventuellement, des enjeux de santé, avec une idée de prophylaxie, voire un rôle de conjuration du mauvais sort. Mais, ça va surtout être une peine afflictive et infamante où la personne va porter sur elle la marque, soit de sa domination du fait de son rôle social, soit d'une sanction (judiciaire). En tout cas, il est très clair que dans les sociétés hellènes et romaines, le tatouage n'est pas un ornement qui est regardé comme une marque de différenciation socialement très valorisée."

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Anne Chassagnol "A Rome, le tatouage passe du statut presque de bijou de peau au statut de marque infamante qui est souvent attribuée en place publique. C'est comme un châtiment, même un double châtiment puisque la marque reste à vie."

Le droit dans la peau sera donc l’objet de cette émission en compagnie d'Anne Chassagnol, maître de conférences à l’université de Paris 8, en arts visuels et littérature jeunesse anglophones. Co-directrice, avec Brigitte Friant-Kessler, maître de conférences en illustration et arts graphiques à l'Université Polytechnique Hauts de France, le programme international La Littérature dans la peau : tatouages, imaginaires, pratiques. Deux numéros (#4 et #5 en 2020) ont été publiés sur ce thème dans la Revue des sciences sociales et humaines sur les peaux, La Peaulogie. Elles préparent ensemble, actuellement, un ouvrage sur le droit et le tatouage dans la culture populaire, et de Ronan Bretel, ATER en droit privé à l’Université Paris II Panthéon-Assas, doctorant à l'Institut des Sciences Sociales du Politique de l'ENS Paris Saclay (Université Paris Saclay), juriste en droit de l'art de la culture et du patrimoine, il achève une thèse de doctorat intitulée "L'appréhension juridique du marché de l'art : entre jeu de marché et enjeux patrimoniaux". Ses recherches sur l'intérêt culturel en droit privé l'ont amené à travailler sur la circulation des restes humains dans le commerce des antiquités, et notamment la peau humaine tatouée.

Anne Chassagnol  "Sous l'ancien Régime, et même à Rome, on peut presque parler d'une sorte d'alphabet (tatouage). Par exemple, on sait que les prostituées avaient une marque particulière, le V était pour voleur, le M pour mendiant, GAL pour galérien, TP pour travaux forcés, etc. Et le V devient un W. Effectivement, quand on récidive, donc, les lettres sont très signifiante."

Ronan Bretel "L'étymologie même du mot tatouage vient du tahitien "Tatau" qui veut dire marquer, dessiner, frapper, et qui a un rapport à la divinité. Ce mot va être francisé, notamment par le docteur Berchon, au retour du deuxième voyage de Cook, vers 1772, et on le retrouve dans le dictionnaire de l'Académie française à partir de 1798."

Pour aller plus loin

Anne Chassagnol "La grande exposition qui a été organisée au Musée du Quai Branly (Tatoueurs, tatoués - 2014/2015), a véritablement révolutionné la façon dont on s'est interrogé, dont on a regardé le tatouage, parce que, non seulement on a exposé dans ce lieu des pratiques et des esthétiques différentes de plusieurs parties du globe, mais, on a aussi repensé la façon dont cet art était lié à un métier, le tatoueur. Et je pense que le regard sur le tatouage a changé à ce moment-là."

Extraits musicaux

Morceau choisi par Anne Chassagnol

"The Tattooed Bride" de et par Duke Ellington & his orchestra - Album : "Supreme Jazz - Duke Ellington" (1948) - Label : Sony Music.

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Morceau choisi par Ronan Bretel

"Tattoo" par le groupe The Who - Album : "The Who selle out" (1967) - Label : Polydor Records.

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À écouter ou à réécouter : Chronique de nos corps tatoués
3 min
À écouter ou à réécouter : Wim Delvoye, artiste plasticien
3 min
Références

L'équipe

Antoine Garapon
Antoine Garapon
Antoine Garapon
Production
Sandrine Chapron
Collaboration
June Loper
Réalisation