Comment faire avec notre rapport tourmenté au plaisir ?
Comment faire avec notre rapport tourmenté au plaisir ?
Comment faire avec notre rapport tourmenté au plaisir ? ©Getty - HUM Images
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Résumé

Antoine Garapon reçoit le philosophe Michaël Foessel, auteur d'un ouvrage paru en février "Quartier rouge. Le plaisir et la gauche". Quels sont les nouveaux atours de la normativité ? Et comment articuler plaisir et émancipation ?

avec :

Michaël Foessel (philosophe, spécialiste de la philosophie allemande et de la philosophie contemporaine, et professeur à l'école Polytechnique).

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Esprit de justice vous propose d’aborder la question de la normativité de nos sociétés contemporaines par un angle inédit, celui du plaisir. 

La vie de nos contemporains ne se partage plus en effet entre l’otium et le negotium, entre la vie réglementée et la vie libre, l’activité consacrée à la cité et la part personnelle où ce que l’on fait n’a pas de vis-à-vis comptable : tout désormais est soumis à un impératif de productivité. Tout, y compris le plaisir car celui-ci se mesure au rendement et à la performance ! Nos sociétés ne répriment plus le désir, elles s’appuient dessus au contraire pour contrôler nos vies, ce que Marcuse appelait la « désublimation répressive ». 

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Peut-on prendre du plaisir dans un monde injuste, sans être méprisant ou pire - complice - des injustices ? Les normes néolibérales d’intensification permanente sont relayées par une conscience malheureuse du monde où chaque geste a un impact sur l’ensemble de l’écosystème. La conscience des conséquences néfastes inhibe toute joie du monde. Pire, cette négativité ne fait plus dialectique avec la beauté, ni la responsabilité avec la liberté. Comment expliquer que le désir d’émancipation se soit converti en une normativité tatillonne ? Que la libération ait muté en un ascétisme qui s’éloigne du monde moins de peur d’être contaminé par lui que par peur de le polluer encore un peu plus ? 

Visiter à travers la question du plaisir les nouveaux régimes de normativité de notre modernité, tel sera le thème d’Esprit de justice ce soir en compagnie de : 

Michaël Fœssel, philosophe, professeur à l’école polytechnique à qui l’on doit un certain nombre d’ouvrages : La privation de l’intime. Mises en scène politique des sentiments (Seuil, 2008), Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique (Seuil, 2012), La Nuit. Vivre sans témoin (Autrement, 2017) et qui vient de publier Quartier Rouge. Le plaisir et la gauche (PUF, 2022). 

Plaisir et nouvelles normativités 

Michaël Foessel, dans son dernier ouvrage, s'est intéressé à la question du plaisir en politique et plus particulièrement au sein de la gauche : "Il y a peut être une forme de réflexivité inhérente à la gauche, c'est-à-dire, à mes yeux en tout cas, au parti de l'égalité, une réflexivité qui rend le plaisir problématique parce que le plaisir pris dans un monde injuste, peut être considéré comme une complicité avec ce monde, comme une sorte de soutien avec lui".

Pour le philosophe, il est nécessaire, à gauche, de réinvestir politiquement cette question. Et d'imaginer une politique du sensible, qui s'inscrit par ailleurs dans une histoire plus longue : "Il m'a semblé qu'il y avait d'autres expériences du plaisir, celles justement qui étaient valorisées dans une certaine tradition qui remonte d'ailleurs bien en deçà de 68, qu'on retrouverait même dans La Commune par exemple, l'idée d'un luxe communal, c'est-à-dire l'idée que le plaisir n'est pas toujours pris aux pauvres, en un sens, il n'est pas toujours pris sur le malheur du monde : il peut être aussi une reconfiguration sensible de ce qu'un autre monde est possible, mais il faut une reconfiguration qui passe par les corps".

Des mouvements comme #MeToo sont intéressants du point de vue du droit, qui doit s'adapter aux nouvelles normativités. Pour Michaël Foessel, "Le droit est confronté non seulement à de nouveaux dispositifs techniques comme les réseaux sociaux, mais aussi à de nouvelles exigences normatives, celles qui émanent ici des femmes et de leurs droits élémentaires, mais qui n'ont pas toujours été respectés."

33 min

Extraits musicaux : 

  • Le Temps des Cerises, Cora Vaucaire

Un choix de Michaël Foessel : "Le destin de cette chanson qui n'est pas une chanson politique au départ, c'est d'avoir été et d'être devenue une sorte de refrain, de ritournelle, aurait dit Deleuze, de La Commune. Et donc, c'est intéressant aussi de réfléchir à la manière dont, je ne dirais pas tout est politique, mais dont beaucoup de choses sont politisables".

  • Qu'est-ce qu'on attend pour faire la fête ?, Ray Ventura

Pour aller plus loin :

Références

L'équipe

Antoine Garapon
Antoine Garapon
Antoine Garapon
Production
Sandrine Chapron
Collaboration
June Loper
Réalisation
Anna Pheulpin
Collaboration