L'héritage : un sujet délicat...
L'héritage : un sujet délicat...
L'héritage : un sujet délicat... ©Getty - © Tim Macpherson / Coll. Stone
L'héritage : un sujet délicat... ©Getty - © Tim Macpherson / Coll. Stone
L'héritage : un sujet délicat... ©Getty - © Tim Macpherson / Coll. Stone
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Résumé

La réforme de l’héritage est un véritable serpent de mer politique. On l’a vu réapparaître au début de la dernière campagne présidentielle, puis il a disparu des radars. Antoine Garapon en discute avec Vanessa Wisnia-Weill et Patrick Avrane.

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Il faut dire que le sujet devient très vite polémique en touchant à la fois à notre rapport à l’argent, à la mort, à la filiation… et à l’égalité ; autant dire à tous les tabous de la société française. Réformer l’héritage est une entreprise délicate car elle place la politique au niveau de l’intime : au nom de l’égalité des chances, l’État risque de taxer deux fois le labeur de toute une vie, voire d’attenter au sacrifice que les morts ont fait pour leur descendance. Sans compter que neuf Français sur dix rejettent toute taxation de l’héritage.

Patrick Avrane "L'héritage, c'est une histoire de famille. En règle générale, on hérite de la famille, et on oublie que les héritiers en ligne directe, sont précisément ceux avec qui on ne peut pas se marier. [...] On ne peut épouser ni ses enfants, ni ses parents, ni son frère, ni sa sœur. C'est une histoire de famille et ça devient parfois, facilement, des conflits de famille parce que, au sein de l'héritage, il y a des partages à faire !"

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Vanessa Wisnia-Weill "On a connu, après guerre, une longue période, dite "de grandes compressions", qui a complètement diminué la part du patrimoine détenue par les plus grandes familles. Et cette question du patrimoine n'est pas dissociable de la question de l'héritage, parce que, en même temps que cette compression avait lieue avec l'émergence des classes moyennes, la part des rentiers a diminué et cela signifie que les revenus sont devenus plus importants, et cela s'est accompagné d'une grande décroissance des inégalités."

Comment donc traiter des tourments de l’héritage ? Certainement pas en abordant la question en stricts termes économiques, ni en la réduisant à une fausse évidence qui paraît de bon sens, à savoir à la recherche d’une égalité simple. Non, Esprit de justice propose de restituer à la question de l’héritage sa complexité humaine, anthropologique avec le regard d’un psychanalyste, et de porter cette complexité également sur les plans des conceptions de la justice mobilisées. C’est à cette fin que l'on a réuni pour en débattre Vanessa Wisnia-Weill, ancienne élève de l’école polytechnique et des ponts et chaussées, autrice d’un essai sur la justice sociale, Les nouveaux pouvoirs d’agir (Seuil, 2020) dans la collection république des idées, et Patrick Avrane, psychanalyste et écrivain qui a récemment publié aux PUF, Hériter. Une histoire de famille.

Patrick Avrane "C'est effectivement un des rares moments, actuellement, où un sujet, au moment de l'héritage, rencontre sa filiation dans les termes les plus simples, c'est-à-dire confronté à sa généalogie. La question de l'égalité, pour un psychanalyste, ça ne rentre pas en jeu. La question de l'égalité au sens de la répartition de façon égale de l'ensemble des héritages, n'est absolument pas présente dans la question de la succession telle qu'elle se pose pour chaque individu."

Vanessa Wisnia-Weill "En réalité, ce projet de réforme de l'héritage ne concerne que très peu de personnes en terme de taxation. Effectivement, compte-tenu des niveaux de patrimoine moyen et de succession moyenne, et compte-tenu des abattements qui existent, une immense majorité des héritages ne sont pas taxés ou quasiment pas taxés."

Pour aller plus loin

Patrick Avrane "A ce moment-là, ce n'est pas simplement toute l'histoire qui revient, c'est aussi les relations que l'on a pu avoir avec ceux dont on hérite, et, éventuellement, tout ce qui peut ressortir de non-dits, de secrets, de choses découvertes... [...] Il y a toute cette dimension imaginaire qui est présente dans ce que l'on reçoit au cours d'un héritage. Et c'est là où il y a une antinomie entre le psychanalyste et le notaire, car le notaire, il ne se base que sur la valeur des choses, c'est comme ça que se répartissent les héritages, tandis que le psychanalyste, il entend, ce que supportent ces choses, leur dimension fantasmatique."

Vanessa Wisnia-Weill "A partir de la Révolution française, l'égalité des droits, ça change le sens de l'héritage puisque effectivement à ce moment-là, on rentre dans une possibilité pour les héritiers de s'approprier quelque chose. Il y a bien transmission, mais ils en font ce qu'ils veulent, d'une certaine manière."

Bibliographie

Extraits musicaux

  • Choix de Patrick Avrane : "L'héritage" de Félix Leclerc - 1959 - Label : Mercury.
  • Choix de Vanessa Wisnia-Weill : "Succession" composée par Nicholas Britell. Musique originale de la série Succession.
3 min
Références

L'équipe

Antoine Garapon
Antoine Garapon
Antoine Garapon
Production
Sandrine Chapron
Collaboration