La salle de projection "Youssef Chahine" du cinéma Louxor à Paris, en mai 2020.
La salle de projection "Youssef Chahine" du cinéma Louxor à Paris, en mai 2020.
La salle de projection "Youssef Chahine" du cinéma Louxor à Paris, en mai 2020. ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN /
La salle de projection "Youssef Chahine" du cinéma Louxor à Paris, en mai 2020. ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN /
La salle de projection "Youssef Chahine" du cinéma Louxor à Paris, en mai 2020. ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN /
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Résumé

Inauguré en octobre 1921, le Louxor est l'un des plus vieux cinémas parisiens. Son histoire, liée intimement à celle du quartier de Barbès et son architecture particulière, en référence à la ville égyptienne, font de cette salle une des plus mythiques et des plus emblématiques de la capitale.

avec :

Charles Tesson (Critique et historien du cinéma).

En savoir plus

Tewfik Hakem s'entretient avec Emmanuel Papillon, directeur du cinéma Louxor, Philippe Pumain, architecte, Charles Tesson, critique et historien du cinéma, et Jean-Marcel Humbert, égyptologue et président de l'association Les Amis du Louxor.

Après avoir connu plusieurs vies et trente années de fermeture, le cinéma Louxor renaît de ses cendres en avril 2013 dans un quartier en pleine gentrification et dépourvu de salle de projection depuis longtemps. Emmanuel Papillon nous raconte le succès immense que connaissait ce cinéma dès sa création, en 1921 : 

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"A cette époque, les gens fumaient dans les salles, ils étaient à peu près entre 900 et 1000 par séance, cela n'a rien à voir avec la projection d'un film aujourd'hui. Il y avait un orchestre à demeure, la fosse d'orchestre est toujours là. C'était un vrai spectacle avec une première partie, des acrobates et des magiciens qui étaient sur scène. Ensuite, il y avait les actualités, puis le film, et tout cela durait à peu près trois heures et c'était unique. Durant cette grande époque, le Louxor faisait plus de 700 000 entrées par an, c'est énorme compte tenu du fait qu'il y avait moins de séances."

Emmanuel Papillon, directeur du cinéma Louxor, en mai 2020.
Emmanuel Papillon, directeur du cinéma Louxor, en mai 2020.
© AFP - STEPHANE DE SAKUTIN

Acteur majeur dans la rénovation du cinéma Louxor, l'architecte Philippe Pumain a fait le choix de préserver l'authenticité, le décor et la volumétrie de cette salle : 

"Pour correspondre au modèle économique d'un cinéma, il fallait créer deux salles supplémentaires. Une des premières hypothèses, peut-être la plus simple, ça aurait été de recouper la salle en deux et de créer des salles superposées, dans le volume existant. Une salle de 14 mètres de haut, on n'en construit plus. Mais, en tant qu'architecte, il me paraissait indispensable de garder cette volumétrie et on a crée les deux nouvelles salles en sous-sol, dans les anciennes caves du bâtiment haussmannien qui avait préexisté par rapport au Louxor." 

L'ancien maire de Paris Bertrand Delanoë avec Anne Hidalgo et Philippe Pumain dans la salle Youssef Chahine lors de l'inauguration du Louxor le 17 avril 2013
L'ancien maire de Paris Bertrand Delanoë avec Anne Hidalgo et Philippe Pumain dans la salle Youssef Chahine lors de l'inauguration du Louxor le 17 avril 2013
© AFP - BERTRAND GUAY

Ayant découvert le Louxor à la fin des années 1970, Charles Tesson a pu se spécialiser dans le cinéma indien grâce à la programmation du cinéma Louxor, bien différente de celles des autres salles : 

"A cette époque, les immigrants arrivaient avec le cinéma de leurs pays. (...) J'aimais beaucoup l'idée que, non seulement on migre, on vient en France, mais on amène aussi le cinéma qu'on aime, comme quelque chose qui se rapporte à la mémoire, la culture d'un pays qu'on a quitté. Et puis l'idée c'est de se retrouver, le cinéma crée des liens forts. J'étais très curieux du cinéma du monde et ce cinéma était plutôt art et essai, qu'on pouvait voir à Cannes, dans des festivals à Berlin. Mais les films populaires étaient un peu méprisés, on ne pouvait les voir qu'au Louxor et je trouvais ça très passionnant et vivant de voir ce tissu de diversité du cinéma amené grâce à l'immigration."

Avant que le cinéma Louxor ne devienne une salle d'art et d'essai d'exclusivité, le bâtiment a été sauvé de la démolition grâce à l'association Les Amis du Louxor, présidée par Jean-Marcel Humbert

"J'ai été contacté par des associations de quartier, telles que Action Barbès ou Histoire et Vies du 10e (...) pour sauver un bâtiment il faut qu'il y ait un projet et que le pouvoir politique sente qu'il y a une volonté populaire derrière ce projet. Et en 2003, tout ce qu'on a trouvé de mieux à faire, ça a été de faire une grande manifestation, on n'avait jamais vu ça pour un vieux cinéma. Je pense que cela a été un peu le déclic qui a fait que la mairie de Paris a commencé à se poser des questions. (...) Et Bertrand Delanoë, qui connaissait bien le Louxor, était sensibilisé. Si on avait connu cette situation aujourd'hui, je pense que le Louxor serait démoli parce qu'il n'y a plus de volonté politique ni d'argent." 

Actuellement, la programmation s'inscrit dans l'histoire particulière de ce cinéma emblématique : il y a des projections spéciales de films classiques, des festivales de cinéma arabe et maghrébin, le ciné-club du dimanche et des séances pour les scolaires, ce qui permet aux enfants du quartier de la Goutte d'Or de voir des films sur grand écran.

Références

L'équipe

Tewfik Hakem
Tewfik Hakem
Tewfik Hakem
Production
Gwendoline Troyano
Collaboration
Lise Côme
Réalisation