Poutine à Versailles
Poutine à Versailles ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT
Poutine à Versailles ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT
Poutine à Versailles ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT
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La guerre en Ukraine a montré, rappelé, que Vladimir Poutine a construit, parmi les élites politico-économiques françaises, et dans certains segments de l’opinion, une assise importante.

À l’orée du XXIe siècle, lorsque Vladimir Poutine s’accapare le pouvoir, son image dans l’opinion et l’élite françaises est à la fois fragile, insondable et sa popularité est faible.

Pourquoi ? Notamment, parce que les guerres de Tchétchénie inquiètent. Parce que son passé d’ancien cadre du KGB interroge. Parce que ses méthodes opaques, ses réactions brutales interpellent. Comme en août 2000, lors du naufrage du sous-marin Koursk qui coûte la vie aux 118 membres d’équipage russes. Ou lors de l’assaut contre la prise d’otage de l’opéra de Moscou, en octobre 2002, durant lequel plusieurs dizaines d’otages périssent.

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Et Maintenant ? La guerre en Ukraine a montré, rappelé plutôt, que Vladimir Poutine a construit, parmi les élites politico-économiques françaises, et dans certains segments de l’opinion, une assise relative.

Un tournant économique et géopolitique

Alors, comment le comprendre ? Que s’est-il passé… en 22 ans ? D’abord, un premier tournant, économique, dans la première moitié des années 2000 : car avec la croissance retrouvée, du moins pour un temps, la Russie redevient un marché porteur. En parallèle, un autre tournant, sur le plan géopolitique : la France et la Russie s’opposent toutes les deux à la guerre en Irak. Sur fond d’anti-américanisme, la Russie redevient alors un allié fréquentable pour une part de l’élite française dirigeante. Mais la "poutinophilie" française perce véritablement la gangue de l’opinion publique une dizaine d’années plus tard. Comme nous l’explique Olivier Schmitt, professeur de relations internationales au centre d’études sur la guerre, à l’Université du sud-Danemark, et auteur de Poutine est notre allié, paru aux éditions Hikari, en 2017.

Selon un sondage Ifop de décembre 2018 : le président Vladimir Poutine recueillait 27% de bonnes opinions auprès des Français, progressant de 7 points par rapport à 2013. Toutefois, il bénéficiait du jugement positif d’un tiers des proches de La France Insoumise et des Républicains. Chez ceux du Rassemblement National, il recueillait 50% de bonnes opinions.

Des intérêts communs

Alors : comment l’expliquer ? Quels arguments sont mobilisés par ses soutiens français ? Le premier : Vladimir Poutine serait un vrai chef, qui défendrait son peuple. Notamment, en miroir des dirigeants occidentaux, jugés trop faibles. Le deuxième : il existerait des valeurs culturelles communes entre la France et la Russie poutinienne.

Le troisième argument de la "poutinophilie" française : nos intérêts sont alignés sur ceux du dirigeant russe. Quatrième et dernier argument : parce que la Russie vaudrait bien les États-Unis. Là encore : Olivier Schmitt les décortique.

Naturellement, si la critique des États-Unis est légitime, elle ne peut suffire à adhérer au régime poutinien. Ajoutons que si la poutinophilie raconte Vladimir Poutine - son rapport au pouvoir, à l’histoire, à la géographie, ses médias d’influence, ses armées de trolls - elle raconte aussi nos propres faiblesses.  Notre naïveté, quant à laisser ses médias prospérer sur notre sol. La cécité de certains dirigeants, sur ce qui se passait déjà en Tchétchénie, en Syrie, ailleurs. Les mensonges de ceux qui assénaient sans honte qu’il demeurait un allié évident, un démocrate flagrant. Une chose est sure. Depuis des années, les agents de la poutinophilie sont bien infiltrés. Et ils ne s’en sont pas cachés.

4 min

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Anna Pheulpin
Collaboration