L'interdiction de la fessée : un mouvement mondial. - PhotoAlto
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Résumé

Il y a deux ans déjà, 33 des 47 pays membres du Conseil de l’Europe interdisaient tout châtiment corporel à l’encontre des enfants. En outre, le mouvement dépasse l’Europe : dans plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique latine, la fessée est interdite.

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"Qui aime bien, châtie bien." Qui n’a pas dégainé ce proverbe éculé pour justifier une attitude dont il n’était pas fier ? Ces mots, pourtant, s’ancrent dans une réalité historique profonde. Car longtemps, celui qui avait autorité sur ses enfants et ses domestiques (qu’il s’agisse du père ou de la mère, par délégation d’autorité paternelle) avait pour mission de les corriger… pour les éduquer.

Et Maintenant ? Un mouvement de fond, traverse les sociétés du monde… oui, du monde ! Depuis 2 ans, on le sait : la fessée, la déculottée, la branlée, et au-delà les "violences éducatives ordinaires", sont interdites en France. Il y a deux ans déjà, 33 des 47 pays membres du Conseil de l’Europe interdisaient tout châtiment corporel à l’encontre des enfants. En outre, le mouvement dépasse l’Europe : dans plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique latine, la fessée est interdite.

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Et même sur le Vieux continent, il continue de progresser. En Belgique, plusieurs propositions de loi ont été étudiées ces derniers mois. En Suisse, une commission de sénateurs vient d’examiner une motion demandant d’inscrire dans la loi le droit à une éducation non violente. Élisabeth Lusset est chargée de recherche au CNRS. Elle travaille sur l’histoire du gouvernement de l’Église au Moyen Âge, et a coordonné avec Isabelle Poutrin le Dictionnaire du fouet et de la fessée, Corriger et punir (PUF). Elle nous raconte le mouvement qui, en France, a conduit à l’interdiction de la fessée.

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Nouvelle législation, mais pas de pacification : en France, l’imaginaire de la correction reste très fort. Selon un sondage de 2017 mené par l’Observatoire de la violence éducative ordinaire "85 % des parents français reconnaissent avoir recours à la fessée, 71 % à des 'petites gifles', dont la moitié frapperait leur enfant avant l’âge de 2 ans et les trois-quarts avant l’âge de 5 ans." Élisabeth Lusset nous explique d’ailleurs que les sanctions à l’encontre des enfants sont très dissemblables selon le temps et l’espace.

Pour bien mesurer l’ancrage du droit de correction, et saisir sa force persistante, il faut comprendre que ce droit a longtemps circulé. Du père à la mère, mais également de la maison au lieu de travail.

Les lois nouvelles n’entendent pas interdire la fessée comme acte isolé. Elles veulent condamner la violence systémique faite sur les enfants : la violence banalisée, tolérée, légitimée. "La fessée n’a jamais fait de mal à personne est faux" ? Toutes les études démontrent l’inverse. Ainsi une méta-étude publiée il y a quelques mois dans la revue The Lancet compile 69 travaux menée dans 9 pays, et démontre que ce châtiment corporel est nuisible au développement et au bien-être des enfants. Alors, donnons la parole aux concernés. Archive INA de 1971, un journaliste demande à une enfant : que lui fait-on lorsqu’il n’est pas sage à la maison ?

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Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Félicie Faugère
Réalisation
Anna Pheulpin
Collaboration