Convoi russe
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Convoi russe ©AFP - Maxar
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Résumé

Déjà, dans le conflit syrien, l’OSINT a commencé à se faire une place dans le travail journalistique. La guerre en Ukraine lui confère une légitimité nouvelle auprès de la presse.

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Le brouillard de la guerre : c’est ainsi que des militaires désignent l’incertitude qui plane au-dessus d’un conflit. Un brouillard que les services de renseignement, les militaires, les journalistes de terrain ont longtemps été seuls à pouvoir dissiper. Puisque personne d’autre n’avait accès aux théâtres d’opération ou aux informations qui les traversaient.

Et Maintenant ? Le conflit ukrainien marque un tournant. Sur Tik Tok ou Twitter : sur des images de qualité variable, on découvre des défilés de chars, la panoplie d’armes de l’assaillant, le déploiement de troupes russes à la frontière… tout cela, avant même que l’invasion de l’Ukraine n’ait démarré. Plus tard, on suit le tracé des avions qui quittent la Russie.  Et alors que la guerre fait rage, des internautes signalent des ponts et des hôpitaux détruits. Des détectives autoproclamés repèrent, grâce à Street View, les coordonnées des attaques qui frappent les villes et les vies d’Ukraine.

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Alors : face à la diffusion en direct de l’offensive russe, les journalistes ne sont pas contournés ou mis de côté. Car pour certains, l’open source intelligence ou l’OSINT, est devenue une spécialité. Cette nouvelle discipline, dont la presse s’empare peu à peu, a un principe simple. Utiliser des ressources publiques, accessibles sur Internet, pour enquêter, vérifier, analyser. Des ressources, telles que des photos, des vidéos, des bases de données en ligne, des images satellites datées et stockées dans l’historique de Google Street View ou de Google Earth.

Déjà, dans le conflit syrien, l’OSINT a commencé à se faire une place dans le travail journalistique. La guerre en Ukraine lui confère une légitimité nouvelle auprès de la presse, comme l’explique Olivier LE DEUFF, maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication à l’Université Bordeaux Montaigne.

Dans le même temps, de plus en plus de spécialistes de l’OSINT œuvrent en collaboration avec les rédactions. Ou s’organisent en collectifs : comme Bellingcat, site web de journalisme d'investigation spécialisé dans l’OSINT, fondé par le journaliste britannique Eliot Higgins en juillet 2014. Pour Olivier LE DEUFF, le travail fin des journalistes spécialisés dans l’OSINT est complémentaire de celui des journalistes de terrain.

Dans les formations au journalisme, l’OSINT prend aujourd’hui une place de plus en plus importante. Pour apprendre à respecter un protocole de recoupement, d’analyse minutieuse et non biaisée, d’archivage des données. Car l’OSINT consiste en un véritable travail journalistique… qui ne souffre pas les pratiques à la petite semaine.

Les risques sont là, c’est vrai : donner trop d’importance à de fausses informations, révéler des identités, des éléments privés… Mais dans la guerre en Ukraine, la valeur de l’OSINT est inestimable. Pour s’inscrire dans le thème de cette matinale : contrairement à Staline, qui œuvrait sans honte derrière le rideau de fer, Poutine œuvre sans honte, sur un théâtre quasi transparent. La libre circulation des informations reste bien son pire adversaire.

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Anna Pheulpin
Collaboration