Katya Tolstova and Chris Lavish relaxed in Lovesac's Cloud-Like Comfort at NYFW ©AFP
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Résumé

Nous réalisons que le confort a un coût. Et que les expériences désagréables ou négatives que nous avons perdues par son truchement avaient une valeur forte.

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Le confort est là, il est omniprésent, pour le plus grand nombre. La marche du progrès a fait son œuvre. La politique du moindre effort est l’idéal le mieux partagé, l’horizon le plus conformiste. Dans tous les domaines de la vie : on ne connaît presque plus le grand froid, les contraintes d’autrefois, la très grande fatigue de nos arrières grands-parents. Aujourd’hui, la politique du bien-être ne connaît pas la concurrence.  Son monopole est total, universel. Et le confort est au centre d’une logique économique, sociale et psychologique dans laquelle notre sentiment de bien-être repose sur l’accumulation d’objets pratiques et sur le recours systématique à la technologie.

Et Maintenant ? Nous réalisons que tout cela a un coût. Et que les expériences désagréables ou négatives que nous avons perdues par le truchement du confort avaient une valeur forte.

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Un ouvrage important, paru en Italie et intitulé Homo Confort, Le prix à payer d’une vie sans effort ni contrainte, en parle avec acuité. Il vient d’être traduit en Français, aux éditions de l’Échappée. Il est signé Stefano Boni, enseignant en anthropologie culturelle et politique à l’Université de Modène et de Reggio d’Émilie. Traduit ce mercredi 6 avril à notre micro par Antonella Vignoli, ce penseur italien nous explique ce qu’il perçoit dans l’avènement de l’Homo Confort.

58 min

En novembre dernier, une étude du Credoc a demandé à des enquêtés : "si je vous dis vendredi soir, à quoi pensez-vous ?" 37% rêvaient d’un plateau télé. 13% voulaient le passer sur leur canapé.  34% souhaitaient le mettre à mettre profit pour faire le ménage et faire quelques courses. Et 15% seulement pour sortir : au cinéma, au restaurant, au théâtre, ailleurs. Le besoin de confort est aussi renforcé par la perception déformée du monde extérieur, associé à des dangers multiples, des virus qui circulent, un monde qui s’effondre. Or les conséquences sur les individus sont majeures. La sédentarité ? Elle a des conséquences sur notre santé : 17% des Français sont en situation d’obésité.

La technologie ? Je ne dresserai pas ici la liste sans fin des conséquences émotionnelles, neurologiques, psychologiques, qui touchent notamment les plus jeunes. Stefano Boni montre dans un chapitre passionnant comment le confort, via notamment le surplus d’images, la lutte contre les mauvaises odeurs, ce qu’il appelle "la technologisation de l’ouïe", ont aussi altéré nos sens, nos façons de percevoir. Puis il explique à quel point le confort nous fait également payer un prix social élevé.

L’actualité internationale révèle aussi que notre confort a un prix géopolitique et moral, lorsque notre chauffage, notre gaz, contribuent à financer une guerre et une dictature. Et puis le confort, c’est aussi un enfermement, une aversion au risque, des chemins plus tracés, la peur de l’ailleurs, de l’étrangeté, de tout ce qui n’est pas réglé, organisé, préétabli. Une moindre chance de se lancer dans l’aventure, sur des chemins poétiques.

La difficulté du confort, ce n’est pas tant d’y renoncer. Même face au réchauffement climatique, à l’effritement du lien social, ce n’est pas l’enjeu. La difficulté, c’est de faire quelques petits pas en arrière. De tirer un trait sur le confort inutile, le bien-être contingent, les progrès qui n’en sont pas. En demeurant conscient, comme le chante Boris Vian dans La complainte du progrès, de ce que le confort a fait de nous.

5 min
Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Vivien Demeyère
Réalisation