prendre le temps de lire : un éloge de la lenteur
prendre le temps de lire : un éloge de la lenteur
prendre le temps de lire : un éloge de la lenteur ©Getty - Malte Mueller
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Résumé

Ralentir, enfants! A l'occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil qui fait cette année l"éloge de la lenteur", Etre et savoir s'intéresse au thème du temps dans la littérature jeunesse et à la lecture comme acte de résistance, la résistance par la décélération.

avec :

Victor Pouchet (Auteur), Sylvie Vassalo (directrice du SLPJ de Montreuil), Rébecca Dautremer (Illustratrice jeunesse, autrice de bande dessinée), David Le Breton (Anthropologue, sociologue, membre du Laboratoire Cultures et Sociétés en Europe au CNRS).

En savoir plus

Ralentir enfants !

Le rythme que le monde, le monde du travail en particulier, imprime à la vie des adultes est-il adapté aux enfants ? Tous les spécialistes, pédiatres, pédopsychologues, nous appellent à ralentir et ce dans l’intérêt de tous… 

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Mais le temps des enfants est aussi une contrainte pour les parents, des premiers jours sans sommeil, aux infinies grasses matinées des adolescents en passant par les couchers à 20 heures "parce qu’il y a école demain", et soumettre notre progéniture à nos horloges semble faire pleinement partie du travail éducatif contemporain.

C’est pour ces raisons, entre autres, que le sujet du prochain Salon du livre et de la presse jeunesse qui s’ouvre mercredi à Montreuil nous a beaucoup intéressé et ce sujet c’est l’éloge de la lenteur… Cela mérite qu'on s'y arrête non ?  

Dans une époque où la moindre parcelle de temps de cerveau disponible aurait vocation à être mise à la disposition des images et les écrans, lire s’affirme comme une résistance, une résistance par la décélération. Et puis si lire est en soi une expérience qui dilate, accélère ou modifie la densité du temps, le temps est aussi un grand thème de la littérature, notamment de la littérature jeunesse dont nous parlons aujourd’hui.

Avec :

  • Sylvie Vassalo, directrice du Salon du Livre et de la Presse jeunesse en Seine Saint-Denis à Montreuil.

On a envie de défendre l'idée que la lenteur existe dans la lecture, l'écriture et l'expérience littéraire.

Il y a dans l'industrie du livre une accélération incontestable, au niveau du nombre de publications, et notamment au travers du phénomène des séries pour adolescents. On avait envie de prendre le temps de voir cette diversité-là.

Ce temps partagé entre les parents et les enfants autour de la lecture est un refuge que la société peut nous pousser à oublier. L'enfant est à la fois avec le parent et en même temps dans sa propre expérience, il construit sa propre personnalité.

Quand les enfants aiment un livre, ils aiment y revenir et y découvrir des choses que les adultes ne voient pas.

On a voulu savoir comment cette littérature, parce qu'elle offre aux enfants du temps de lecture, participe à cet enjeu de société, Sylvie Vassalo.

  • Victor Pouchet, auteur et programmateur à La Maison de la Poésie, il a publié Pourquoi les oiseaux meurent (Finitude, 2017) et Le tsarévitch aux pieds rapides (L’Ecole des Loisirs, 2019).

Ce livre je l'ai pensé à partir de cette observation qui concerne les adultes comme les enfants, c'est cette difficulté du rythme qui est intrinsèque à nos existences. 

L'éloge de la lenteur c'est faire en sorte que le rythme s'apaise mais que l'intensité ne faiblisse pas.

L'enfant n'a pas encore acquis la contrainte sociale du temps, il a encore son propre temps. 

On est de plus en plus impatients et l'industrie audiovisuelle et musicale répond à cette impatience.

Il y a une forte exigence de la littérature jeunesse car l'enfant ne fait pas que lire, il relit. Il faut donc faire un livre assez précis et riche qui supporte la relecture, Victor Pouchet.

  • David Le Breton (entretien enregistré), anthropologue, sociologue, professeur à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et chercheur au laboratoire Dynamiques Européennes, auteur notamment de Marcher, éloge des chemins et de la lenteur (Métailié, 2012 – édition de poche) et Du silence (Métailié, 2015).

Quand on va trop vite, on n'a pas le temps de prendre en compte la complexité des choses.

Le temps des adultes est toujours projeté vers l'avenir, notamment l'avenir de leurs enfants, leur réussite sociale, alors que l'adolescent a du mal à voir au-delà de l'instant ou du jour-même.

Lorsqu'on emmène des jeunes mineurs en difficulté faire de très longues marches, ils s'ouvrent au monde et à la conversation au regard des fulgurances des réseaux numériques.

Ne pas prendre le temps c'est se priver de la rêverie qui est tellement importante pour un adolescent, qui doit fantasmer et plonger dans son monde intérieur.

Ce qui me parait très caractéristique du temps adolescent c'est la désynchronisation, c'est à dire un refus des temporalités adultes et une volonté de vivre un temps à soi. Il y a une contradiction nette entre le temps des adolescents et celui des parents, David Le Breton.

  • Rébecca Dautremer (par téléphone), auteure et illustratrice jeunesse, notamment de Midi pile : une aventure de Jacominus Gainsborough (Sarbacane, 2019).

La fragilité de mon livre en fait la beauté, c'est un livre qui se déguste avec le temps.

J'essaye de faire en sorte que celui qui me lit s'offre une parenthèse dans son temps à lui.

Je m'exprime avec une technique qui prend beaucoup de temps, et plus je consacre de temps à mon travail et plus j'ai envie que le lecteur m'en donne.

Réaliser mes images est un moment un peu méditatif, Rébecca Dautremer.

Retrouvez la page de l'opération Des livres à soi sur le site du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Retrouvez l'entretien complet de David le Breton avec Louise Tourret.

Lien vers la tribune de Guillaume Nail publiée dans le Monde le 28 novembre : La littérature jeunesse est-elle de la "vraie" littérature?

Illustrations sonores :

  • Extrait du film Alice au pays des merveilles de Walt Disney (1951).
  • "Le temps", Charles Aznavour.
  • Extraits des dessins animés La petite taupe et Pyjamasques.
  • "Time in a bottle", Jim Croce.

La leçon de choses de Sophie Bober : 

Avec le forain Firmin Gruss, à l'occasion du nouveau spectacle "Les Folies Gruss", jusqu'au 05 janvier à Paris.

Références

L'équipe

Louise Tourret
Louise Tourret
Louise Tourret
Production
Avril Ventura
Collaboration
Philippe Baudouin
Réalisation
Sophie Bober
Collaboration