Faut-il supprimer le grand oral ?
Faut-il supprimer le grand oral ?
Faut-il supprimer le grand oral ? ©Getty - We Are
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Résumé

Alors que le grand oral du baccalauréat, qui représente 10 % de la note finale, doit se tenir pour la première fois en juin, lycéens, parents et professeurs s'inquiètent : comment préparer au mieux cette épreuve, au vu des conditions d'apprentissages liées à la pandémie ? Avec quels moyens ?

avec :

Isabelle Chataignier (Chargée du module "Public Speaking and Debating Skills" à Sciences Po Paris, chargée d’enseignement en art oratoire auprès de l’École de Guerre), Marc Guyon (Professeur de philosophie dans un lycée de l'Oise), Pierre Chiron (Historien de la rhétorique, professeur à l’Université Paris-Est, membre de l’Institut universitaire de France), Stéphane de Freitas (Réalisateur, concepteur des programmes de prise de parole Eloquentia), Mathieu Devlamienck (Président du syndicat étudiant l’UNL (union nationale lycéenne)).

En savoir plus

Beaucoup de questions se posent autour de ce grand oral car entre le maintien effectif de l’examen, son éventuel changement de coefficient et la manière de l’évaluer… la grande nouveauté du bac 2021 fait débat.

Avec nos invités - Stéphane de Freitas, réalisateur du film “A voix haute” (2016), initiateur des programmes Eloquentia et co-auteur de Mon cahier de préparation au grand oral (Le Robert, 2021), Isabelle Chataignier, chargée du module "Public Speaking and Debating Skills" à Sciences Po Paris et autrice de Le petit livre des réparties de choc (First, 2020), et Pierre Chiron, historien de la rhétorique, professeur à l’Université Paris-Est et auteur de Manuel de rhétorique. Comment faire de l’élève un citoyen (Les Belles Lettres, 2018) - nous parlerons aussi de la manière de bien préparer les oraux, ceux des bacs général et technologique évidemment mais aussi dans différents objectifs : la présentation de son chef d’œuvre en filière professionnelle ; présenter un exposé ; prendre la parole devant un public et se faire entendre et porter ses idées.

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L’occasion donc de réfléchir aux formes et à l’apprentissage de l’expression orale à tous les niveaux de la scolarité et de l’éducation.

Vous entendrez également dans cette émission les voix de Mathieu Devlamienck (entretien pré-enregistré), président du syndicat lycéen l’UNL (union nationale lycéenne) et Marc Guyon (entretien pré-enregistré), professeur de philosophie dans un lycée de l'Oise.

L’épreuve en questions

La finalité c’est de s’interroger sur ses aspirations personnelles et professionnelles, rappelle Stéphane de Freitas.

Le grand inconnu de cet oral c’est est-ce qu’il y a des canons, des codes, un abécédaire de la prise de parole ? Stéphane de Freitas

L’intérêt du grand oral c’est surtout d'apprendre à parler d’une question sur laquelle l’élève va s’engager. Marc Guyon

On aurait pu l’appeler oral de maturité. Marc Guyon

C’est faux de penser qu’il y a plus d’inégalités à l’oral qu’à l’écrit. Isabelle Chataignier

L’intérêt du grand oral c’est surtout d'apprendre à parler d’une question sur laquelle l’élève va s’engager, l’élève doit se sentir particulièrement concerné par ce qu’il a à dire. Marc Guyon

À réécouter : Le nouveau baccalauréat a-t-il besoin d’un grand oral ?

Et…remise en question 

Notre bac ne sera pas un bac sacrifié, ce sera un bac local et inégalitaire, explique Mathieu Devlamienck.

On demande l’annulation du grand oral pour deux raisons : on ne sait pas en quoi consiste cette épreuve et on n’a eu aucune préparation. Mathieu Devlamienck 

Aujourd’hui on considère qu’on fonce droit dans le mur et que la façon dont se passeront les épreuves orales sera une forme de discrimination. Mathieu Devlamienck 

Une épreuve politique

C’est une vielle pratique démocratique que l’on est en train de ressusciter, rappelle Pierre Chiron.

Cette épreuve c’est à la fois très nouveau et très traditionnel, dans la tradition rhétorique ancienne l’oral a le premier rôle. Pierre Chiron

On est là pour encourager les jeunes à porter leurs voix et leur montrer qu’elle peut compter au chapitre dans la société. Stéphane de Freitas

Dans cette négociation permanente qu’est la vie démocratique, il faut être capable de dire ce que l’on pense. Pierre Chiron

C’est un projet de société politique énorme, cet enseignement de la parole éducative. Stéphane de Freitas

À réécouter : Enseigner l'éloquence pour redonner la parole

Quelques conseils 

Tous s'accordent sur le fait qu'il faut dédiaboliser cette épreuve.

C'est important de regarder le jury, de ne pas parler trop vite et de ne pas apprendre par coeur, on doit structurer son discours dans l’interaction. Pierre Chiron

Il faut savoir quand on commence et quand on termine, la première et la dernière impressions sont très importantes. Isabelle Chataignier

Il ne faut pas rechercher à tout prix la parole parfaite, qui sclérose plus qu’elle n’aide. Isabelle Chataignier

Il faut essayer de maitriser son rythme et faire la chasse à la monotonie, c’est ce qu’il y a de pire dans un discours, il faut rendre son discours vivant. Isabelle Chataignier

Il y a autant d’éloquences et de voix que d’individu, chacun peut trouver son originalité. Stéphane de Freitas

À réécouter : Oser prendre la parole

Le rôle de l’école et la question de la formation

Tous s'accoredent sur le fait qu'il faut commencer à aborder l'oral le plus tôt possible dans le parcours scolaire de l'élève.

Il faudrait transmettre aux enfants l’idée que leur opinion compte dans leur parcours scolaire. Pierre Chiron

Dans le Capes Il n’y a pas de formation de prise de parole éducative, il y a un énorme enjeu c’est comment on accompagne le corps enseignant. Stéphane de Freitas

On fait des formations pour la prise de parole en publique à l’UNL, c’est une voie qu’on essaye d’ouvrir. Mathieu Devlamienck

À réécouter : Normale-Sup : la réussite à l’oral est-elle genrée ?

L’importance du lexique

L’apprentissage du lexique paraît essentielle à Pierre Chiron.

Pour moi la variété et la richesse du vocabulaire ce n’est pas le langage soutenu, si on a quelques centaines ou milliers de mots on a tout un registre. Pierre Chiron

Plus on a de vocabulaire et plus la palette est large, plus on est à l’aise pour parler. Isabelle Chataignier

À réécouter : Nouveau bac, crise au lycée ?

Un échange avec l’auditoire

Il y a toujours un échange dans un discours réussi.

Si la personne est très concernée par ce qu’elle vient de dire, il y a une adhésion de l’auditoire bien meilleure. Isabelle Chataignier

Ce qui est intéressant dans l’apprentissage de la parole, c’est l’apprentissage de l’écoute de l’autre. Stéphane de Freitas

À réécouter : Comment enrichir le vocabulaire des enfants ?

Lien vers l'article de Thomas Poupeau dans le Parisien du 11/04 : Bac : vers un grand oral qui comptera moitié moins ?

Retrouvez l'article de Mattea Battaglia dans le Monde du 30/03 : Dans les lycées, l’inquiétude monte concernant le « grand oral » du bac.

Lien vers la pétition Baccalauréat : suppression du grand oral 2021.

Illustration sonore

  • Nekfeu, Nique les clones, versions chantée et instrumentale (2015)