Que nous apprend PISA? ©Getty -  Kontrec
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Résumé

Alors que la nouvelle enquête PISA - l'enquête triennale de l'OCDE sur les systèmes éducatifs dans le monde - doit être publiée le mardi 03 décembre, Etre et savoir s'interroge sur la pertinence de ces évaluations des systèmes scolaires, et des classements nationaux et internationaux.

avec :

Hugo Harari-Kermadec (Economiste, maître de conférences à l'Ecole Paris Saclay), Thomas Schauder (professeur au lycée Jean Prévost de Montivilliers), Eric Charbonnier (Economiste, expert en éducation à l'OCDE), Fabienne Rosenwald (directrice de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) au ministère de l’Éducation nationale).

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Ce mardi sera publiée l’étude PISA – programme international pour le suivi des acquis des élèves de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) –  qui évalue les systèmes éducatifs à travers le niveau scolaire des élèves de 15 ans, et c’est plus de 79 pays qui sont ainsi comparés et classés. Nous verrons ces listes publiées dans les journaux et circuler sur les réseaux sociaux la semaine prochaine, le rang de la France sera donné et suscitera de nombreux commentaires ; ce fut le cas en 2016 et encore 3 ans avant, puisque PISA est publiée tous les 3 ans.

Les évaluations des grandes écoles, des universités – avec le classement de Shangaï par exemple – des lycées et même des collèges prennent une place de plus en plus importante, en particulier dans la presse, et semblent devenir des indicateurs incontournables. 

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Tout cela s’opère dans un monde où nous pouvons tous noter les lieux que nous fréquentons : restaurants, boutiques, supermarchés, et donc les gens qui y travaillent. Mais surtout dans un contexte social bien particulier où les directeurs d’école et les professeurs alertent sur leurs conditions de travail – sur leurs futures retraites notamment – et où des statistiques parues cette semaine indiquaient que la profession enseignante recrutait de moins en moins. 

Mais surtout, pour revenir à cette fameuse étude PISA et à ce qui en est fait, cela pose une bonne question : pour jouer un peu avec le titre de Georges Pérec, Penser-classer - , classer les systèmes scolaires n’empêche-t-il pas de penser les vrais problèmes de l’école ?

Avec :

  • Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

PISA ce n'est pas une évaluation scolaire, c'est comment à partir de ses connaissances on est capables de développer ses idées et de produire des analyses.

On ne voit pas de pays miracle, chacun a ses forces et ses faiblesses. 

La dimension de bien-être est très importante, il ne suffit pas d'être performant pour être un citoyen dans le monde de demain. 

PISA c'est aussi une étude coopérative.

Aujourd'hui il faut réfléchir à l'évolution du métier d'enseignant, quand on s'engage à devenir enseignant on s'engage à y passer toute sa carrière. 

C'est plus qu'un classement PISA, on évalue aussi l'équité sociale et le climat scolaire.

  • Hugo Harari-Kermadec, économiste de l’éducation, maître de conférences à l'ENS Paris-Saclay dans le laboratoire interdisciplinaire IDHES, et auteur de Le classement de Shanghai : l’université marchandisée (Le Bord de l’eau, 2019).

Ce qui m'intéresse c'est qui fait les classements, de quoi veulent parler ceux qui les font, et qu'est-ce que cela produit en terme de pouvoir. 

Evaluer, classer, ça produit un effet, ce n'est pas juste neutre.

Je pense que les classements ne vont pas nulle part mais vers une représentation qui va devenir monétaire.

Ce que j'observe dans l'enseignement supérieur c'est qu'on ne privatise pas les établissements mais qu'on les met en compétition, donc c'est comme si on avait marchandisé. 

  • Fabienne Rosenwald, directrice de la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance).

PISA c'est une enquête qui a beaucoup de dimensions. 

Les élèves sont plutôt heureux à l'école en France. Mais à performance équivalente les élèves défavorisés se sous-estiment.

Ce qu'on voit c'est que les inégalités sociales en France se construisent très tôt, d'où le travail qui est fait sur l'école primaire.

L'école c'est multidimensionnel, à partir de là il n'y a pas un seul classement. 

Si un pays veut progresser dans PISA ce n'est pas compliqué. 

  • Thomas Schauder (par téléphone), professeur de philosophie et chroniqueur pour la rubrique Phil' d'actu dans Le Monde Campus.

Les classements c'est un débat qu'il faudrait avoir démocratiquement et auquel il faudrait faire participer toutes les parties prenantes, et ce débat n'a jamais lieu. 

Aujourd'hui ce qu'on observe au niveau du lycée c'est quand même un énorme déficit en culture générale, au niveau de la maîtrise du français, de l'Histoire. On forme les élèves à être d'excellents techniciens mais on ne les forme pas suffisamment à avoir un esprit critique et un amour du savoir, à développer une curiosité envers le monde qui les entoure.

Retrouvez la tribune de Thomas Schauder publiée dans le Monde du 19 novembre dernier : A quoi sert l'école aujourd'hui?

Retrouver l'article de Mattea Battaglia publié dans Le Monde du 29 novembre : A l'école du "grand écart" : le niveau des élèves français est-il si mauvais?

Illustrations sonores :

  • Extrait d'un reportage de France 24 sur PISA (2016).
  • "Un zéro", Les Rita Mitsouko (2000).
  • "Growing up", Macklemore et Ryan Lewis (2016).

La Leçon de choses de Sophie Bober :

Avec l'actrice Ariane Ascaride, à l'occasion de la sortie du film _Gloria Mund_i, de Robert Guediguian (27/11).

Pour aller plus loin : 

En savoir plus : Que nous apprend PISA?
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Références

L'équipe

Louise Tourret
Louise Tourret
Louise Tourret
Production
Avril Ventura
Collaboration
Philippe Baudouin
Réalisation
Sophie Bober
Collaboration