Quand apprendre à obéir ou à désobéir pour aider à grandir?
Quand apprendre à obéir ou à désobéir pour aider à grandir?  ©Getty -  Malte Mueller
Quand apprendre à obéir ou à désobéir pour aider à grandir? ©Getty - Malte Mueller
Quand apprendre à obéir ou à désobéir pour aider à grandir? ©Getty - Malte Mueller
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A l'occasion de la thématique de fin d'année de France Culture, et dans un contexte de résurrection de la désobéissance civile, Etre et savoir se penche sur la place de l'obéissance - et donc de la désobéissance - dans l'éducation. Que transmettre à nos enfants?

Avec
  • Arthur Cattiaux Professeur des écoles
  • Frédéric Gros Philosophe, essayiste, professeur de pensée politique à Sciences-po Paris
  • Sophie Richardot Maîtresse de conférences en sciences de l'éducation à l'Université Picardie Jules Verne, docteure en psychologie sociale.
  • Stéphane Bonnet Docteur en philosophie, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo à Paris.

Comment penser la place de l’obéissance dans l’éducation – et celle de la désobéissance d’ailleurs ? C’est la question que nous avons choisi de nous poser pour cette dernière émission de 2019, elle nous semble en effet constamment d’actualité.

La question de l’obéissance concerne les familles, les enseignants et tous les éducateurs, en somme tout ce qui touche à nos valeurs individuelles et collectives.

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Et cette question de l’obéissance nous oblige, en effet, à nous interroger : que voulons-nous transmettre aux enfants et aux adolescents – elle est importante cette question de l’adolescence -  concernant le rapport à la règle et à la loi ?Mais aussi, et cette interrogation n’est pas moins importante : qu’avons-nous à dire de la capacité qu’il faut acquérir à s’y conformer intelligemment, comment faut-il le dire ? Et à quel âge ?

Enfin, que devons-nous dire et enseigner de la possibilité qu’on doit s’accorder à désobéir… Si on pense bien entendu que la désobéissance est parfois légitime.

Une ambition éducative compliquée à assumer en pratique, que l’on choisisse un style plutôt autoritaire ou plutôt démocratique face aux enfants – mais nos invités sont là pour nous aider à y réfléchir, une réflexion très riche vous allez l’entendre.

Avec :

  • Stéphane Bonnet, docteur en philosophie, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo à Paris, membre associé du CHPM de l'Université Paris1-Panthéon- Sorbonne et auteur de Les lois de la désobéissance (à paraître le 15 janvier 2020 aux PUF).

Dès lors qu'on fait intervenir quelque chose de l'ordre de la récompense, on ajoute un élément qui ne relève pas strictement de l'obéissance.

On peut aussi désobéir à une loi que l'on s'est formulée à soi-même.

Il me semble que les individus, enfants, adultes, sont pris en permanence dans un système de contraintes et ces contraintes ils les réfléchissent et les transforment en impératifs, Stéphane Bonnet. 

  • Sophie Richardot, maîtresse de conférences en sciences de l'éducation à l'Université Picardie Jules Verne, docteure en psychologie sociale, membre du Centre Universitaire de Recherche sur l'Action Publique et le Politique (CURAPP-ESS UMR 7319, CNRS).

On pourrait dire qu'il y a sans doute deux formes de désobéissance, en tout cas à l'âge adulte : une première forme qui est connotée négativement, l'élève qui perturbe la classe par exemple, ce qui entrave le dysfonctionnement social et perturbe le collectif - mais il y a aussi un aspect de la désobéissance qu'on oublie et qui est très positif, où on va dire non non pas pour des raisons éthiques, mais au nom de certaines valeurs liées à la démocratie, à la liberté, à l'égalité...

L'expérience de Milgram est une expérience qui a fait grand bruit et qui a donné lieu a beaucoup de polémiques, mais ce qui est intéressant ce sont toutes ces variantes qui montrent qu'on n'est pas soi-même un être obéissant ou pas, mais que ce sont les circonstances qui nous amènent à être l'un ou l'autre.

Il y a un mouvement social assez général qui a tendance à faire basculer l'obéissance du côté du négatif, Sophie Richardot.

  • Frédéric Gros (entretien pré-enregistré), philosophe, professeur de pensée politique à l'Institut d'études politiques de Paris et chercheur au CEVIPOF, auteur notamment de Désobéir (Champs essais, 2019 – réédition avec nouvelle préface).

Antigone est devenue le personnage emblématique de la bonne désobéissance, c'est une figure du courage féminin.

Le problème de l'obéissance se pose surtout dans la pédagogie de l'éducation. C'est très important d'apprendre aux enfants à obéir pour vivre ensemble. Mais on ne peut pas attendre d'eux qu'ils obéissent aveuglément. 

La loyauté est un mot très étrange, il s'y joue quelque chose qui est de l'ordre de la confiance, mais elle peut devenir aveugle et déraisonnable dans une certaine forme d'obéissance qui s'appelle le zèle.

On joue quelque chose comme une certaine demande affective dans l'obéissance.

Je crois que l'avenir de la désobéissance se joue dans la façon dont elle va être ressaisie par les femmes, Frédéric Gros.

  • Arthur Cattiaux (entretien pré-enregistré), professeur des écoles.

Mon métier ce n'est pas d'apprendre aux élèves à obéir. C'est de commencer la formation des futurs citoyens et ça n'aurait pas de sens de leur apprendre à obéir aveuglément.

Concrètement en classe il y a une différence qui est faite entre la loi et la règle.

Si je demande le silence, j'en appelle à la conscience collective de la classe, Arthur Cattiaux.

Retrouvez l'article de Sophie Richardot Jusqu'où obéir? (Journal du CNRS, 2016).

Lien vers la bande-annonce du film Experimenter de Michael Almereyda (2016). 

Lien vers la bande-annonce du film I comme Icare d'Henri Verneuil (1979).

Illustrations sonores :

  • "Résiste", France Gall (1981).
  • Extrait de la pièce Bonheur Antigone de Nicolas Briançon (2003), avec Barbara Schulz dans le rôle d'Antigone et Robert Hossein dans celui de Créon.
  • Archive Ina avec Vladimir Jankélévitch (Radio Sorbonne, 1962).

Pour aller plus loin :

32 min
34 min
8 min
59 min
45 min

La leçon de choses de Sophie Bober : 

Avec Sarah Kaminsky, auteur de Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire (Calmann Levy) et  à l'occasion de l'exposition Adolfo Kaminsky, faussaire et photographe (jusqu'au 19 avril au MAHJ).

L'équipe

Louise Tourret
Louise Tourret
Louise Tourret
Production
Avril Ventura
Collaboration
Philippe Baudouin
Réalisation
Sophie Bober
Collaboration