Le niveau scolaire a-t-il été mis à mal par le confinement ? ©Getty - Klaus Vedfelt
Le niveau scolaire a-t-il été mis à mal par le confinement ? ©Getty - Klaus Vedfelt
Le niveau scolaire a-t-il été mis à mal par le confinement ? ©Getty - Klaus Vedfelt
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Résumé

Alors que les inégalités se sont creusées pendant le confinement et que les élèves vont être évalués la semaine prochaine, Être et savoir s’interroge : le niveau des élèves a-t-il baissé et d'ailleurs, qu’est-ce que le niveau scolaire ?

avec :

Patrick Rayou (Professeur de sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, membre du laboratoire Circeft-Escol), Sandra Adèle (Enseignante spécialisée en Rased), Jean-Rémi Girard (professeur de français au lycée et président du SNALC, syndicat national des lycées et des collèges), Rachid Zerrouki (Professeur des écoles en SEGPA à Marseille).

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Troisième volet de nos numéros de rentrée dans Être et savoir, avec un sujet qui va occuper le premier trimestre, comment rattraper le temps perdu lors du confinement ? Car à l’école ce n’est pas comme dans les chansons de Barbara : le temps perdu se rattrape. Mais pas à la même vitesse et peut-être pas pour tout le monde, même si des dispositifs déjà existants sont aujourd’hui renforcés par le ministère de l’Éducation : 2 sessions de stages de "réussite" se sont en effet tenues cet été, d’autres auront lieu en automne et les évaluations nationales des élèves de CP, CE1, sixième et seconde ont été avancées à la semaine prochaine. 

Et voilà qui nous renvoie à la question plus globale du niveau scolaire et des inégalités d’apprentissage, question très concrète que se posent les professeurs, par exemple devant l’hétérogénéité de leur classe… ou des parents qui trouvent que le niveau baisse par rapport à leur génération. Le sujet est des plus importants, il a donné lieu à de grandes réflexions pédagogiques sur ce que l'on doit apprendre à l’école : tout le monde ne l’a pas en tête mais, depuis 2005, les élèves sont censés savoir et maîtriser un socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

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Derrière cette question s’en pose une autre, comment enseigne-t-on à ceux qui ne l’ont pas – justement – ce fameux niveau attendu ? Rachid Zerrouki évoquera avec nous son expérience de professeur en SEGPA, classe spécialisée au collège, avec des élèves qui sont souvent considérés comme des "Incasables". Incasables c’est le titre de son livre, un des ouvrages marquant de la rentrée de l’éducation en librairie.

Mais on commence par l’actualité de ce début de semaine, les fermetures de classe pour cause de COVID-19.

Avec :

  • Rachid Zerrouki (par téléphone), professeur des écoles en SEGPA (Section d'enseignement général et professionnel adapté) à Marseille et auteur de Les incasables (Robert Laffont, 2020).
  • Patrick Rayou, professeur de sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, membre du laboratoire Circeft-Escol, co-auteur avec Elisabeth Bautier de Les inégalités d’apprentissage (PUF, 2013), il a également dirigé le collectif L’origine sociale des élèves (Retz, 2019). 
  • Jean-Rémi Girard, président du SNALC (syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur) et professeur de lettres en lycée à Asnières-sur-Seine.
  • Sandra Adèle (entretien pré-enregistré), enseignante spécialisée en RASED (réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficultés) dans les Yvelines, elle participe aux “stages de réussite” proposés par l’éducation nationale aux élèves éprouvant des difficultés d’apprentissage durant les vacances d’été et d’automne.

J'aurais tendance à dire que tous les élèves ont pris du retard durant cette période, c'était inévitable. Sandra Adèle

Je ressens chez mes élèves de SEGPA une profonde frustration, j'ai en face de moi des élèves qui estiment valoir moins que les autres. Rachid Zerrouki

Dans la pratique le socle commun c'est de la foutaise ! Jean-Rémi Girad

De mon point de vue les compétences ne sont pas détachables des connaissances. Patrick Rayou

Il n'y a jamais vraiment un seul facteur de décrochage scolaire, et il n'y a pas de portrait robot de l'élève qui arrive en SEGPA. Rachid Zerrouki

Ce n'est pas tant le retard qui inquiète les collègues, ce qui inquiète les enseignants se sont les élèves décrocheurs et qui ont été laissés sur le bord du chemin. Sandra Adèle

S'il y a un message que le SNALC souhaite faire passer aux parents c'est qu'il faut que parents et enseignants se soutiennent mutuellement, il faut que les enfants sentent une cohérence. Jean-Rémi Girard

Il ne s'agit pas de différencier les objectifs mais les manières d'y arriver. Patrick Rayou

Je suis assez partagé concernant l'inclusion, j'ai eu des expériences très différentes les unes des autres à ce sujet. Rachid Zerrouki

Les insultes envers les élèves de SEGPA comme "segpa lire, segpa écrire", c'est violent. Jean-Rémi Girard

Aucun enseignant volontaire pour encadrer le stage de réussite ne prétendra lever toutes les difficultés d'un élève là où un enseignant a essayé tout au long de l'année, d'où l'importance de cibler les compétences à travailler. Sandra Adèle

On a appris à donner à manger aux élèves mais pas à leur donner faim. Rachid Zerrouki

C'est le rapport culturel à l'école et aux notes qui diffère entre les élèves. Patrick Rayou

Si on demande l'impossible à des élèves on les mène vers un échec assuré, mais l'adaptation ne doit pas sombrer dans le manque d'exigence. Rachid Zerrouki

Pour en savoir plus… 

Illustration sonore 

  • Ain't got no - I got life, Nina Simone (1968).