Ecoles ouvertes : la France fait-elle le bon choix ? ©Getty -  Westend61
Ecoles ouvertes : la France fait-elle le bon choix ? ©Getty - Westend61
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Résumé

Alors qu'un nouveau protocole vient d'être annoncé et que de nombreux pays ont fermé leurs établissements scolaires face à la 3ème vague de l'épidémie et l'apparition de variants du Covid 19, la France maintient depuis septembre ses écoles ouvertes : mais avec quels moyens et à quel prix ?

avec :

Eric Charbonnier (Economiste, expert en éducation à l'OCDE), François Dubet (Sociologue, directeur de recherche à l'EHESS), Sabine Duran (Directrice d'une école élémentaire à Pantin et représentante de Sud Education).

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Pour le gouvernement comme pour le conseil scientifique Covid-19, la fermeture des écoles en France arriverait en "dernier recours". Notre ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, avance que la France est un des pays qui a le plus laissé ses écoles ouvertes depuis le début de l’épidémie. Mais depuis la rentrée de septembre, et alors que le virus circule davantage aujourd’hui, un débat agite la communauté éducative et met en colère une partie des enseignants, en grève mardi dernier pour certains : trop d’écoles resteraient ouvertes.

Dans ce numéro d’Être et savoir nous voulions donc poser quelques questions simples, des questions qui suscitent d’intéressantes réflexions : Cas contacts, fermeture de classe et d’école, qu’est-ce qui est vraiment appliqué sur le terrain, et avec quels effets ? Comment cela se passe dans les autres pays ?

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Enfin, que dit notre "règle" du maintien de l’ouverture des établissements scolaires du rapport de notre société à son école ? Se joue-t-il quelque chose de particulier en France en ce moment ?

Trois invités avec nous ce soir pour y réfléchir : Sabine Duran, directrice d’école à Pantin, Éric Charbonnier, analyste de la direction de l’éducation et des compétences de l'OCDE et François Dubet, sociologue de l'éducation qui travaille depuis de nombreuses années sur la question des inégalités.

La réalité du terrain

La réalité sur le terrain fait que le protocole n’est pas appliqué et que les élèves sont brassés, rappelle Sabine Duran.

Il n’y a pas un seul protocole mais plusieurs protocoles, et les décisions sont prises à géométrie variable. Sabine Duran

La question des tests systématiques est assez centrale et elle permettrait quand même de dénouer la situation. Sabine Duran

Les enseignants veulent être en sécurité sur leur lieu de travail, de bonnes conditions d’apprentissage pour les élèves et que cessent les déclarations d’intention. Sabine Duran

Il faut savoir qu’on n’est pas toujours au courant qu’un enfant est positif, il faut que la famille nous le signale. Sabine Duran

11 min

Inégalités accentuées

Cette crise accentue les mécanismes et les travers que l’on connaissait déjà, analyse François Dubet.

Il n’ y a pas qu’en France que les inégalités se sont accentuées avec l’apprentissage à distance, ces inquiétudes se retrouvent aussi à l'étranger. Éric Charbonnier

Dans quelques années l’école va être coincée entre l’appauvrissement des familles en amont, et le désert du marché du travail en aval. François Dubet

Le problème essentiel c’est ce qu’il va advenir de ceux qui n’auront pas réussi à l’école. François Dubet

À l’école on grandit 

Selon François Dubet, les enfants n’ont pas tant souffert de l’absence de cours que de l’absence de vie sociale de l’école. 

Priver les enfants de société c’est plus tragique que de les priver de connaissances, qui peuvent  toujours se rattraper. François Dubet

Il faut regarder tout ça pas seulement comme un problème scolaire, mais surtout comme un problème social majeur. François Dubet

Le modèle français 

La fermeture de classes ne signifie pas la même chose dans tous les pays, explique Éric Charbonnier.

Avec notre fonctionnement très centralisé on a l’impression qu’on est toujours un peu en retard sur la mise en place des mesures. Éric Charbonnier

On a quand même l’impression que le modèle centraliste français va en prendre un coup après cette crise. François Dubet

En France on est toujours un peu en retard sur la formation au numérique, le taux d’enseignants qui l’utilisent en classe n’est que de 36%. Éric Charbonnier

Des effets positifs ?

S’il y a des vertus à cette crise, c’est qu’elle nous oblige à voir ce qu’on ne voulait pas voir, analyse François Dubet.

Les enseignants français se sentent mal considérés par la société, si on veut voir un message positif c’est qu’aujourd’hui les enseignants n’ont jamais été autant reconnus par les familles. Éric Charbonnier

Il va falloir réfléchir sur la valeur du diplôme. Éric Charbonnier

La question des moyens 

Sabine Duran rappelle que le manque de moyens reste le cœur du problème.

La précarité s’est aggravée pour des familles qui étaient déjà très fragilisées. Que peut faire l’école pour ces familles, mais la vraies question c’est surtout : quels sont les moyens que l’on va mettre ? Sabine Duran

Il y a une énorme attente de la part des famille sur l’école et d’un autre côte il y a les moyens qu’on ne lui donne pas, ce qui crée beaucoup d’incertitudes. Sabine Duran

Pour en savoir plus … 

Illustrations sonores 

  • Feu Chatterton, Monde nouveau (2021).
  • Extrait du discours d'Emmanuel Macron sur TF1 le 12/03/20.