Une forêt de hêtres en hiver ©Getty -  © Santiago Urquijo
Une forêt de hêtres en hiver ©Getty - © Santiago Urquijo
Une forêt de hêtres en hiver ©Getty - © Santiago Urquijo
Publicité
Résumé

Une heure, deux heures, trois heures, la neige continue à tomber. Quatre heures, la nuit, on allume les âtres, il neige.Cinq heures.Six, sept; on allume les lampes ; il neige. Dehors, il n’y a plus ni terre ni ciel, ni village, ni montagne.

En savoir plus

1843. Décembre. Chaque jour la bise; les nuages s'entassent dans le fer à cheval entre l’Archat, le Jocond, la Plainie, le mont des Pâtres et l’Avers. Aux nuages d’octobre déjà noirs ne sont ajoutés les nuages de novembre encore plus noirs, puis ceux de décembre par-dessus, très noirs et très lourds. Tout se tasse sur nous, sans bouger. La lumière a été verte, puis boyau de lièvre, puis noire avec cette particularité que, malgré ce noir, elle a des ombres d’un pourpre profond. Ce matin, on voit, bien entendu encore, les vingt à vingt-cinq maisons du village avec leur épaisse barre d’ombre pourpre sous l’auvent, mais on ne voit plus la flèche du clocher, elle est coupée ras par le nuage, juste au-dessus des Sud, Nord, Est, Ouest. D’ailleurs, tout de suite après il se met à tomber de la neige. A midi, tout est couvert, tout est effacé, il n'y a plus de monde, plus de bruits, plus rien. Des fumées lourdes coulent le long des toits et emmantellent les maisons ; l’ombre des fenêtres, le papillonnement de la neige qui tombe l’éclaircit et la rend d’un rose sang frais dans lequel on voit battre le métronome d'une main qui essuie le givre de la vitre, puis apparaît dans le carreau un visage émacié et cruel qui regarde.
Une heure, deux heures, trois heures ; la neige continue à tomber. Quatre heures ; la nuit ; on allume les âtres ; il neige. Cinq heures. Six, sept; on allume les lampes ; il neige. Dehors, il n’y a plus ni terre ni ciel, ni village, ni montagne ; il n'y a plus que les amas croulants de cette épaisse poussière glacée d’un monde qui a dû éclater.
Un jour, deux jours, trois jours, vingt jours de neige ; jusqu’aux environs du 16 décembre. On ne sait pas exactement la date, mais enfin, 15, 16 ou 17, c'est un de ces trois jours-là, le soir, qu’on ne trouva plus Marie Chazottes.

Adaptation et réalisation : Laure Egoroff
Conseillère Littéraire : Emmanuelle Chevrière

Publicité

Avec Vincent Viotti, Marc Bodnar, René Hernandez, Bonnafet Tarbouriech, Alexis Rangheard, Hervé Colombel, Guillaume Bursztyn, Jean-Charles Di Zazzo Et Nicolas Vial, Béatrice Michel, Anne Lise Kedvès, Emmanuel Monteil, Suzanne Llabador, Liza Tamazit, Juliette Drigny, Alois Le Noan, Pascal Lifschutz et Myren Astrée.

Création sonore : Floriane Pochon
Bruitages : Elodie Fiat et Sophie Bissantz
Prise de son, montage, mixage : Bernard Lagnel, Matthieu Le Roux
Assistantes à la réalisation : Louise Loubrieu et Romane Chibane

Une nouvelle édition d’Un Roi sans divertissement, de Jean Giono, paraîtra le 12 mars aux éditions Gallimard, dans la bibliothèque de la Pléiade

Références

L'équipe

Emmanuelle Chevrière
Conseiller(e) littéraire
Blandine Masson
Blandine Masson
Blandine Masson
Coordination
Mary Simon
Collaboration