Le 7 octobre dernier, les attaques du Hamas contre Israël ont été filmées de toutes parts : non seulement par des caméras de vidéosurveillance, mais aussi par les terroristes eux-mêmes. Comment lire ces images d’une violence inouïe ?
- Ophir Lévy Maître de conférences en Études cinématographiques à l'Université Paris 8 - Vincennes-Saint-Denis.
- Stéphane Courtois Directeur de recherche honoraire au CNRS, historien du communisme
Suite aux massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre, l’armée israélienne a collecté puis monté un ensemble d’images de ces événements pour les diffuser devant certains corps politiques nationaux, dont l’Assemblée nationale ce mardi 14 novembre 2023. Ophir Lévy, maître de conférences en Études cinématographiques à l'Université Paris 8 - Vincennes-Saint-Denis, souligne la singularité du dispositif de diffusion de ces images : “Ces images sont montrées avec la lumière allumée. Il ne s’agit pas de nous montrer un spectacle, mais bien de regarder ces images comme un document”.
Ces images viennent de diverses sources : des extraits des caméras embarquées des terroristes eux-mêmes, des images de surveillance publiques ou privées, des images des secouristes, voire des victimes israéliennes. “La manière de filmer utilisée par les terroristes est de l’ordre d’une mise en scène. Personne ne filme : "ça" filme. Là est toute la spécificité de ces images de caméras embarquées”, ajoute Ophir Lévy.
La cruauté au cœur des images
Auteur d’un ouvrage collectif paru chez Perrin et intitulé De la cruauté en politique. De l’Antiquité aux Khmers rouges, l’historien du communisme Stéphane Courtois rappelle l’étymologie du terme de "cruauté" et son adéquation aux images diffusées aujourd’hui à l’Assemblée nationale : “En latin, le terme crudelitas signifie 'la chair sanguinolente'. L’euphorie troublante des terroristes sur les images diffusées participe aussi à cette cruauté, laquelle se définit aussi par la jouissance prise dans l’acte de terreur”.
Par comparaison, cette joie exprimée par les soldats du Hamas se distingue des massacres perpétrés dans les régimes totalitaires qui, par leur systématicité, s’apparentaient davantage à un “travail” ou à une “activité professionnelle” sans plaisir, juge l’historien. Le fait de filmer ces meurtres est pour Ophir Lévy “la finalité même du meurtre” : “Ces meurtres sont commis pour être filmés. La peur répandue par le film est inhérente au meurtre”.
Un montage révélateur ?
Deux mots reviennent sans cesse dans les images diffusées par l’armée israélienne : “Juif” et “Allah akbar”, qui revient comme un mantra des centaines de fois. “Il est intéressant de noter que le mot “Israël”, ou “Israélien”, est absent des vidéos. Cela pourrait faire partie d’une non-reconnaissance de l’État d’Israël des terroristes. Le mot “Juif” révèle que les victimes sont assassinées en tant que telles, c’est-à-dire qu’on serait dans un massacre à caractère génocidaire. La récurrence d’”Allah Akbar” dans le film vise à dépolitiser les actions du Hamas, pour les associer exclusivement à une lutte eschatologique ”, souligne Ophir Lévy.
Stéphane Courtois dresse enfin un parallèle rapide avec les grandes tueries soviétiques, dans lesquelles on retrouvait parfois des slogans similaires : “Quand Staline lance un discours en 1929 en appelant à liquider les koulaks en tant que classe, le koulak devient la cible, également dans une perspective génocidaire.”
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