Carte de la ville d'Edo, Japon (1792)
Carte de la ville d'Edo, Japon (1792) - Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier
Carte de la ville d'Edo, Japon (1792) - Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier
Carte de la ville d'Edo, Japon (1792) - Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier
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À l'occasion d'une exposition à Singapour au National Library Building, décentrons notre regard et explorons le monde vu de l'Asie. Comment l'Asie se perçoit-elle ? Comment observe-t-elle le monde ? Et que nous apporte la cartographie dans la compréhension des mondes asiatiques ?

Avec
  • Philippe Pelletier Géographe, professeur à l’Université Lyon 2
  • Sophie Makariou Présidente du musée national des arts asiatiques - Guimet. Conservateur général du Patrimoine
  • Pierre Singaravélou Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Bienvenue dans Géographie à la carte. Avec pour ligne d’horizon une question : comment l’Asie perçoit-elle le monde ?

Et pour le comprendre, partons justement des cartes. Car les cartes sont des œuvres et des objets de pouvoir. A travers les marges et les centres qu’elles définissent, elles traduisent des représentations et des imaginaires, des rapports de force et de connaissance ; une vision du monde.

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Les centres dont nous parlerons ce soir ne sont pas les nôtres. Ils ne se situent pas en Europe ou au cœur de la mer Méditerranée. Ils ne sont pas localisés non plus à Jérusalem ou à La Mecque, ou dans une grande capitale économique, outre-Atlantique.

Les centres dont nous parlons ce soir sont situés en Inde ou en Chine, au Japon et en Corée, parfois en Indonésie. Ils sont réels ou mythiques, se trouvent sur terre ou gravitent dans le ciel, découverts par les explorateurs et les pèlerins, les commerçants et les savants ou imaginés, rêvés, fantasmés, au-delà de nos mondes.

Quelle est la perception que l’Asie a d’elle-même et du reste du monde ?

Pour le comprendre, déplions les cartes asiatiques, celles d’hier et d’aujourd’hui. Et acceptons de partir à la recherche de centres nouveaux. De vivre dans les marges, les périphéries, telles que d’autres les conçoivent.

Pour en parler, 3 invité·e·s :

  • Sophie Makariou, présidente du musée national des arts asiatiques - Guimet
  • Pierre Singaravélou, professeur d'histoire au King's College de Londres et à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la colonisation et de la mondialisation
  • Philippe Pelletier, géographe spécialiste du Japon, professeur émérite à l'Université Lyon II
En savoir plus : La carte
4 min

De quelle Asie parlons-nous ?

Sophie Makariou, présidente du musée national des arts asiatiques, souligne que l'Asie est bien sûr un espace hétérogène et composite, et qu'il est donc préférable de parler des Asies et non de l'Asie : « Il n’y a pas une Asie, il y a des Asies, qui se recouvrent. Il y a une Asie géographique dont on peut considérer d’ailleurs qu’elle va jusqu’à la Méditerrannée, bien sûr, c’est pourquoi aussi on parle d’Asie mineure. Le domaine que couvre le musée national des arts asiatiques, donc au pluriel, c’est celui de plusieurs aires de civilisation asiatiques (…) C’est une espèce de mille-feuilles civilisationnel ».

La notion d'«Asie » a été en partie renforcée par l'anticolonialisme, ainsi que le raconte l'historien Pierre Singaravélou au sujet du panasiatisme : « Le panasiatisme, c’est cette idée que les différentes populations d’Asie partageraient une culture commune, mais aussi une matrice religieuse, qui serait en partie fondée sur le bouddhisme qui s’est étendu dans une grande partie de l’Asie. Et donc ce panasiatisme va avoir un rôle très important au tournant du siècle, puisqu’en fait il va structurer une partie des luttes coloniales : l’un des points communs de tous les pays d’Asie en cette fin du XIXe siècle c’est en effet qu’ils ont été colonisés par des puissances étrangères, notamment occidentales. Donc le panasiatisme se fonde sur cette idée qu’il faut résister en étant unis, en unifiant les populations asiatiques contre l’oppression étrangère et en l’occurrence occidentale ».

Les arts cartographiques asiatiques

La cartographie asiatique déplace les frontières entre science et art telles qu'elles sont établies dans le monde « occidental ». Avant d'être outils de savoir, elles sont de véritables oeuvres d'art dont la conception appliquée nécessite de nombreux savoir-faire artistiques, comme le décrit Pierre Singaravélou : « Ces cartes asiatiques, dans leur grande diversité, sont de manière évidente des oeuvres d’art, parce qu’elles déroutent le spectateur, elles ont une puissance d’évocation extraordinaire, vraiment la force du poème, qui est la définition d’ailleurs de la carte en général (…) Les cartes en Chine par exemple mobilisent toutes les formes, les méthodes artistiques : la calligraphie, la peinture, le dessin ».

Philippe Pelletier, géographe, évoque le cas du Japon et de ses traditions cartographiques : « La cartographie au Japon depuis le XVIe siècle est conçue sans arrêt comme quelque chose d’hybride (…) le rapport à la cartographie est distancié, critique, mais en même temps on prend ce qui nous intéresse, c’est-à-dire que la cartographie japonaise est faite de curiosités. L’une des choses incroyables est que tout ce qui était chrétien était banni sous le Shogunat Tokugawa, sauf les cartes ».

Pour aller plus loin :

Extraits sonores :

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Sandrine Chapron
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation
Anna Pheulpin
Collaboration