La Bretagne est une péninsule de fin de terre avec une superficie de 34 000 km2.
La Bretagne est une péninsule de fin de terre avec une superficie de 34 000 km2.
La Bretagne est une péninsule de fin de terre avec une superficie de 34 000 km2. ©Getty - Laurent Renault
La Bretagne est une péninsule de fin de terre avec une superficie de 34 000 km2. ©Getty - Laurent Renault
La Bretagne est une péninsule de fin de terre avec une superficie de 34 000 km2. ©Getty - Laurent Renault
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Résumé

Péninsule en fin de terre d'une superficie de 34 000 km2, la Bretagne, une région riche en paysages et traditions culturelles, peut produire un sentiment d'appartenance. Comment la géographie permet-elle d'expliquer cet attachement ?

avec :

Philippe le Guillou (écrivain), Joël Cornette.

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Une émission consacrée aujourd’hui à la Bretagne sans être réservée aux Bretons. Car à travers cette région plurielle et sublime, c’est un sentiment particulier auquel nous allons nous attacher. Le sentiment géographique. Autrement dit : l’identité régionale, un sentiment d’appartenance par le territoire, par l’espace, par le paysage. Et a priori, ce sentiment est particulièrement vif et vivant en Bretagne.

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Un seul chiffre : selon le Baromètre des territoires 2021, élaboré par l’Institut Montaigne et Elabe avec la SNCF, près de 80% des Bretons se disent attachés à leur région, le taux le plus élevé de France avec un écart de 21 points avec la moyenne nationale.

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Alors comment naît, grossit, perdure, ce sentiment singulier ? Est-il une réalité effective, un bloc recomposé, un mirage sans réalité ? Sur quoi se fonde-t-il pour exister ?

Et en quoi la géographie peut-elle nous permettre de mieux saisir le concept souvent malmené d’identité ? Autant de questions qui traverseront ce soir Géographie à la carte.

Pour en parler, Quentin Lafay reçoit la géographe Florence Gourlay, l'historien Joël Cornette, et l'écrivain Philippe Le Guillou.

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Une région singulière et plurielle, à l’origine de représentations multiples

Originaire du Finistère, Philippe Le Guillou, écrivain explique la fascination qu’il avait déjà petit pour la géographie de la Bretagne : "Je dessinais la Bretagne les cartes, les baies, les côtes, et j’étais très sensible justement à ce qui pour moi est essentiel, c’est-à-dire cette interpénétration de la terre et de la mer car aux confins de la rade de Brest, la terre entre dans la mer. (…) Il y avait aussi toute une poésie des noms de lieux, des rivières". Les échos de cette passion première sont à retrouver dans son dernier livre Le Testament breton (Ed. Gallimard, 2022).

Florence Gourlay, géographe, souligne quant à elle la dimension paradoxale de la situation de la Bretagne, "à la fois périphérique au sein de l’espace français, mais aussi au cœur des échanges et ouverte sur le monde". Pour elle, "la géographie de la Bretagne est tiraillée, avec des côtes à falaises, la presqu’île de Crozon, la côte Sud, la côte Nord, l’espace rennais continental, l’espace brestois tourné vers la mer…". De cette pluralité de paysages naît une diversité de représentations de la Bretagne selon la géographe.

À cette singularité géographique s’ajoute une singularité historique. Joël Cornette, historien, a étudié en profondeur cette histoire bretonne qu’il dit recouverte par l’histoire hégémonique, parisienne, française. "L’une des originalités de la Bretagne, c’est que dans la très longue durée, les frontières de cette région sont restées pratiquement inchangées, et ce de l’an 1000 jusqu’en 1941".

L’identité bretonne et l’identité française : de l’opposition à la cohabitation

L’identité se construit aussi en réaction à un regard que l’on porte sur nous. Pendant longtemps, les Bretons ont été perçus très négativement en France. En témoigne le poème écrit en 818 par l’ecclésiastique Ermold le noir, compagnon de route de Louis Le Pieu dans son expédition bretonne pour déchoir le premier roi de la Bretagne unifiée. Il y décrit la Bretagne comme "une nation menteuse, orgueilleuse, et rebelle, perfide". Si cette négativité perdure pendant de nombreux siècles, un renversement s’opère en 1975 avec la parution de l’ouvrage de Pierre-Jacquez Hélias, Le Cheval d’orgueil. Un livre qui rend hommage à la Bretagne et en particulier au pays Bigouden, au Sud-Ouest du Finistère. Florence Gourlay précise que cette parution coïncide avec une transformation du territoire breton dans les années 1970 : "Au sein d’une région économiquement arriérée, on va voir se mettre en place la modernisation de l’agriculture, le plan breton - un plan routier visant à désenclaver la Bretagne via un réseau de routes à quatre voies – et la transformation du paysage et du modèle social". L’exode rural dès la fin du 20è siècle a par ailleurs nourri une identité construite depuis l’extérieur de la Bretagne pour Florence Gourlay, ce qui l’amène à penser qu’ "il n’y a pas une identité, mais des opérations d’identification".

L’historien Joël Cornette rappelle qu’ "il y a pourtant des événements porteurs d’identité", comme la révolte des bonnets rouges en 1675 où les Bretons se sont insurgés contre l’impôt du roi, ou en 2013 lors d’un nouvel épisode des bonnets rouges, en référence au précédent, où les Bretons ont manifesté contre l’écotaxe. "Pendant longtemps on a opposé les deux identités, française et bretonne, pendant longtemps les Bretons ont vécu cette espèce d’hégémonie franco-française terrible. Aujourd’hui, on peut désormais être à la fois français et breton".

Si des désaccords persistent autour du bilinguisme ou du rattachement de Nantes (actuellement dans le Pays de la Loire) à la Bretagne, l’identité bretonne et française semblent désormais faire bon ménage. Philippe Le Guillou se sent d’ailleurs "passionnément breton et souverainement français" (référence à un passage du livre de Joël Cornette L’histoire de la Bretagne illustrée pour les Nuls, Ed. First, 2022).

Pour aller plus loin

Extraits sonores et musicaux 

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Sandrine Chapron
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation