Au fil de l’Histoire, les géographes ont inventé de nouvelles manières de représenter le monde, selon leurs besoins spécifiques.
Au fil de l’Histoire, les géographes ont inventé de nouvelles manières de représenter le monde, selon leurs besoins spécifiques.
Au fil de l’Histoire, les géographes ont inventé de nouvelles manières de représenter le monde, selon leurs besoins spécifiques. ©Getty - Hiroshi Watanabe
Au fil de l’Histoire, les géographes ont inventé de nouvelles manières de représenter le monde, selon leurs besoins spécifiques. ©Getty - Hiroshi Watanabe
Au fil de l’Histoire, les géographes ont inventé de nouvelles manières de représenter le monde, selon leurs besoins spécifiques. ©Getty - Hiroshi Watanabe
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Résumé

Utilisées pour faire comprendre le monde à travers une lecture instantanée, les cartes sont partout. À la croisée de la science, de la technique, du langage et de l'art, elles transposent des visions plurielles. Comment sont-elles conçues et comment bien les interpréter ?

avec :

Jules Grandin (cartographe (Le Monde)).

En savoir plus

Sur nos écrans, à la radio, dans l’ensemble du champ médiatique, leurs formes ciselées et artistiques paraissent, surgissent, pour tenter d’expliquer le monde, pour nous offrir des clefs, afin de décrypter une actualité frénétique, qui mêle et imbrique constamment les échelles locales, régionales, nationales, continentales, internationales.

Combien de cartes pour expliquer l’évolution de la pandémie du Covid, sa progression à travers les pays, son impact inégalitaire sur le sol français ?

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Combien de plans de la guerre en Ukraine, de cette région que nous découvrons aussi, beaucoup, par le truchement de projections ?

Combien d’hexagones et de départements d’outre-mer colorés, pour tenter de dessiner, de deviner la manière dont les Français voteront ce dimanche ?

Pas la peine d’ajouter un dessin. Les cartes sont omniprésentes. Mais savons-nous les lire ? Savons-nous comment elles sont construites ? Les partis-pris, les représentations qu’elles véhiculent ? Connaissons-nous aussi leurs pouvoirs et leurs limites, leur potentiel radical et politique ? Autant de questions qui traverseront ce soir notre exploration cartographique et géomatique.

Pour en parler, Quentin Lafay reçoit le cartographe Jules Grandin, la chercheuse en cartographie Juliette Morel et la chercheuse en histoire Nepthys Zwer

Les raisons du succès

Depuis plusieurs années déjà, les cartes sont en vogue, notamment dans les médias. L’actualité mouvementée du moment en favorise l’usage. Pour la chercheuse en cartographie Juliette Morel, ce phénomène s’explique par la volonté de rassembler et d’organiser la masse de données qui nous entourent. En cela, les cartes ont un réel pouvoir didactique. "On produit plein de données, notamment géolocalisées, des données que l’on va justement pouvoir mettre en cartes. (…) Le pouvoir didactique des cartes est beaucoup dû au fait que ce sont des images synthétiques de phénomènes qui peuvent être complexes". 

Par exemple, la cartographie de la répression ci-dessous est une forme de collection de cartes visant à représenter l’évolution des violences policières au fil des différents actes qui ont jalonné le mouvement des Gilets jaunes en France, entre 2018 et 2019. 

"Cartographie de la répression" réalisée par Philippe Rivière, tirée de l'ouvrage de Juliette Morel "Les cartes en question"
"Cartographie de la répression" réalisée par Philippe Rivière, tirée de l'ouvrage de Juliette Morel "Les cartes en question"
© Radio France - Philippe Rivière

La carte est aussi une façon de s’informer sur son territoire pour le cartographe Jules Grandin. "C'est un outil qui permet aux gens de se repérer dans leur contexte par rapport au contexte national et savoir comment ça se passe chez eux"

La subjectivité des cartes

La construction d’une carte est avant tout l’expression d’un point de vue particulier. S’y intéresser, c’est aussi se rendre compte de l’instrumentalisation qui peut en être faite. La chercheuse en histoire Nepthys Zwer revient sur le caractère prétendument objectif que l’on prête aux cartes. "Depuis Cassini, depuis la triangulation de la France, on s'imagine que la carte doit être le reflet fidèle analogique du territoire. Ce n'est pas le cas. Il y a une intention malveillante, bienveillante, inconsciente très souvent, tout simplement parce que la carte est une image et une image très particulière."

Du renouvellement des cartes

Évolutives, les cartes se sont progressivement émancipées des codes conventionnels et se renouvellent. La cartographie radicale, une expression de la cartographie engagée, apparaît aux États-Unis dès les années 1960, tandis que la cartographie critique se développe dans les années 1970 et 1980. La McArthur Universal Corrective Maps of the World (1979), une carte qui inverse les orientations Nord/Sud, apparaît dans ce contexte. Elle a été réalisée par un Australien qui souhaitait mettre en valeur son pays habituellement situé dans la partie inférieure des planisphères.   

McArthur Universal Corrective Map of the World (1979), tirée de l'ouvrage de Juliette Morel "les cartes en question"
McArthur Universal Corrective Map of the World (1979), tirée de l'ouvrage de Juliette Morel "les cartes en question"
© Radio France

En Europe, les artistes, urbanistes, architectes s'approprient la carte et en révisent les codes plus tard dans les années 2000. L’Iphone a ainsi fait l’objet d’une carte revendicative en 2020 : le cartographe Pierre Massat a souhaité en représenter les méfaits d'un usage excessif. 

"La face gâchée du smartphone" réalisée par Pierre Massiat, une carte tirée de l'ouvrage de Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz.
"La face gâchée du smartphone" réalisée par Pierre Massiat, une carte tirée de l'ouvrage de Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz.
© Radio France

Jules Grandin et Clara Dealberto quant à eux ont cartographié des phénomènes non géographiques comme les douze premiers mois d’un bébé dans leur ouvrage Bébégraphe. 

"Gestion du bébé et du matelas à langer", tiré de l'ouvrage "Le Bébégraphe" par Clara Dealberto et Jules Grandin (Ed. Les Arènes)
"Gestion du bébé et du matelas à langer", tiré de l'ouvrage "Le Bébégraphe" par Clara Dealberto et Jules Grandin (Ed. Les Arènes)
© Radio France

Autre particularité : l’accessibilité des cartes s’est accrue avec l'essor du numérique. Jules Grandin souligne l’intérêt contemporain pour les cartes collaboratives. "Avec OpenStreetMap, qui est un peu le Wikipédia de la cartographie, les gens se mettent ensemble pour cartographier le monde entier"

Pour aller plus loin

Extraits sonores 

  • Mix d'extraits d'émissions de télévision où l'on entend plusieurs journalistes, présentateurs, animateurs commenter des cartes, parmi lesquels Cyril Hanouna, Jean-Pierre Pernaut et Jules Grandin. 
  • Interview du géographe Jacques Bertin_,_ La cartographie et le graphisme RDF / RTF (23/11/1950) 
  • Interview de Barbara Pompili sur la cartographie des éoliennes, BFM TV (07/2021)
  • Chanson : Ai-je perdu le Nord ? Clio (2020)
Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Sandrine Chapron
Collaboration
Louise André
Réalisation