Le Secours Populaire mobilisé durant la crise du Coronavirus
Le Secours Populaire mobilisé durant la crise du Coronavirus ©AFP - Thomas SAMSON / AFP
Le Secours Populaire mobilisé durant la crise du Coronavirus ©AFP - Thomas SAMSON / AFP
Le Secours Populaire mobilisé durant la crise du Coronavirus ©AFP - Thomas SAMSON / AFP
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Des Restos du cœur à la Croix-Rouge en passant par le Samu Social, le tissu associatif a été extrêmement mobilisé depuis le mois de mars dernier. Quel rôle a-t-il précisément joué ?

Avec
  • Jacques Bailet Président de la fédération française des banques alimentaires

Au sein de la crise sanitaire, les associations de lutte contre la pauvreté et l'exclusion ont joué un rôle capital. Elles ont été présentes pour aider de nombreuses personnes en situation de précarité. Comment se mobilisent-elles à un moment où les besoins augmentent et où les stocks rétrécissent ?

Les associations de soutien alimentaire

Les chiffres sont très parlants. Au niveau national, depuis le début du confinement, le Secours populaire a enregistré une hausse de 45% de bénéficiaires supplémentaires. Les Restos du coeur font le même type de constat, et servent 40% de nouveaux arrivants.  

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Les travailleurs précaires, ou étudiants, entre autres, ont été nombreux à subir la crise de plein fouet, et à devoir s'orienter vers ces associations, parfois pour la première fois, afin de pouvoir s'alimenter.  Rachid Abdellouche, par exemple, est l'un d'eux :

Une aide associative nécessaire et rassurante, selon Rachid Abdellouche, bénéficiaire

2 min

Rachid Abdellouche attend d'être livré par le Secours populaire
Rachid Abdellouche attend d'être livré par le Secours populaire
- Ilan Malka

Les associations ont dû faire face à cette nouvelle affluence avec des équipes renouvelées, car les bénévoles habituels (en général retraités, donc personnes à risques) n'étaient plus là. 

Les Restos du cœur et le Secours populaire ont donc dû recruter de nouveaux bénévoles, plus jeunes. Ces deux associations se sont totalement réorganisées pendant la crise, pour pouvoir servir leurs bénéficiaires sans prendre de risques, en mettant fin au système du libre-service et en respectant les distances de sécurité. Elles ont également dû, de mars à mai, interrompre de nombreuses activités (cours de français, aide au logement, aide juridique...) pour se concentrer sur l'essentiel : pouvoir apporter de la nourriture à tous ceux qui en avaient besoin.  

La Croix-Rouge, de son côté, a imaginé un nouveau dispositif baptisé Croix-Rouge chez vous pour livrer aliments et médicaments aux personnes vulnérables isolées chez elles, ne pouvant pas sortir. Il s'agit d'un numéro vert, 09 70 28 30 00, que les gens bloqués à leur domicile peuvent composer pour passer des commandes, ou pour parler avec un écoutant s'ils se sentent angoissés.  

Dès le 20 mars, une plateforme a été mise en place pour recevoir les appels. Elle a reçu depuis son lancement 169 000 appels au niveau national. Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix-Rouge, estime que "cet outil permet de repérer des situations sociales parfois dramatiques" :

Présentation du dispositif Croix-Rouge chez vous par Jean-Christophe Combe

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Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix-Rouge française
Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix-Rouge française
- Ilan Malka

Les associations d'aide aux sans-abris

La période du confinement a pu être un moment d'angoisse profonde pour de nombreux sans-abri. C'est ce que décrit l'association parisienne la Goélette, qui a organisé cinq maraudes par semaine pendant le confinement dans les rues de la ville (au lieu des deux habituelles). Les bénévoles venaient apporter de la nourriture, mais aussi des produits d'hygiène et des masques, aux sans domicile fixe.  

Céline Mendak, Romain Merienne et Sylvia Leroy, bénévoles pour La Goélette
Céline Mendak, Romain Merienne et Sylvia Leroy, bénévoles pour La Goélette
- Ilan Malka

Céline Mendak, bénévole pour la Goélette (à gauche sur la photo), raconte ainsi les peurs qui lui ont été confiées :

Quand nous avons rencontré les sans-abri sur le secteur au début du confinement, nous les avons trouvés dans un état de réelle détresse, pour certains dans un état de sidération. Découvrir cette catastrophe mondiale, et cette ville surtout, qui était terriblement silencieuse, était quelque chose de très angoissant. Ils étaient tout à coup privés de tous types d'interactions, du monde, du bruit autour d'eux.

De son côté, l'association Emmaüs Solidarité héberge 3 770 personnes en situation de grande précarité en Île-de-France. Bruno Morel, son directeur général, s'est appuyé sur tout un réseau associatif pour soutenir les personnes hébergées durant cette crise.  

"Il y a eu, nous dit-il, un formidable foisonnement d'initiatives... une plateforme a mis à disposition 60 thérapeutes intervenant dans des langues variées pouvant apporter un soutien psychologique, une autre plateforme gérée par Enfant Présent a pu apporter un soutien sur la parentalité, Bibliothèques Sans Frontières a mis à disposition des livres pour les enfants... Au sein du milieu associatif, cela fait partie de nos gênes de travailler entre nous, mais durant cette période cela a été encore plus exacerbé".  

Emmaüs s'est efforcé d'organiser de nombreux ateliers pour les hébergés, afin de rendre le confinement plus agréable: fabrication de masques, ou même activités musicales... en témoigne ce clip du Collectif Confiné Solidaire, réalisé par Pierre-Étienne Michelin, dans lequel figurent, parmi les chanteurs, des personnes accueillies dans les CHRS (Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale) Lancry et Pereire.

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Et maintenant ?

Durant la crise sanitaire, les associations ont pu compter sur de nombreux dons et de très nombreux bénévoles volontaires, qui leur ont permis de pouvoir faire face à l'afflux de nouvelles demandes.  

Vont-elles pouvoir tenir le choc de la crise économique qui s'annonce, alors que les stocks alimentaires se réduisent et que les jeunes personnes recrutées vont probablement reprendre leurs emplois ? Philip Modolo, secrétaire général des Restos du cœur, s'en inquiète...

Les inquiétudes des Restaurants du cœur pour gérer la crise à venir

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Philip Modolo, secrétaire général des Restos du cœur
Philip Modolo, secrétaire général des Restos du cœur
- Ilan Malka

Grâce entre autres à l'orientation du Samu Social de Paris, quelques 45 300 personnes sans-abri sont actuellement logés dans des hôtels en Île-de-France. En temps normal, ce chiffre est de 40 000, mais des places d'hébergement d'urgence ont pu être ouvertes au cœur de la crise.  

Dans quelques semaines, ces établissements vont à nouveau accueillir des touristes. 

Pascal, jeune sans-abri, est actuellement hébergé dans un hôtel parisien. Le 30 juin, il devra trouver, comme des centaines d'autres, une nouvelle solution.

Pascal, 32 ans, sans abri, lutte pour un avenir meilleur

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Pascal, hébergé dans un hôtel parisien
Pascal, hébergé dans un hôtel parisien
- Ilan Malka

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