Les écrans géants de Picadilly Circus rendent hommage à Elizatebeth II, le 09/09/22 à Londres
Les écrans géants de Picadilly Circus rendent hommage à Elizatebeth II, le 09/09/22 à Londres ©Radio France - Camille Magnard
Les écrans géants de Picadilly Circus rendent hommage à Elizatebeth II, le 09/09/22 à Londres ©Radio France - Camille Magnard
Les écrans géants de Picadilly Circus rendent hommage à Elizatebeth II, le 09/09/22 à Londres ©Radio France - Camille Magnard
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Disparue le 8 septembre 2022 à 96 ans, Elizabeth II restera comme la femme la plus souvent représentée dans l'histoire de l'art. Les regards posés sur elle, la multitude d'images qu'elle nous lègue sont comme les témoins des bouleversements artistiques et politiques au fil de ses 70 ans de règne.

Avant les funérailles qui réuniront les grands de ce monde, lundi à l’abbaye de Westminster, les Britanniques font leurs adieux à leur souveraine. Et en les voyant venir si nombreux se recueillir devant son cercueil, on mesure l’attachement, voire l’affection qu’ils éprouvent vis-à-vis de cette reine qu’ils ont toujours connue : Elizabeth II avait 96 ans, elle a régné 70 ans, 9 mois et 2 jours. Un règne sans pouvoir politique, mais la reine incarnait le Royaume-Uni, dont elle était la plus prestigieuse ambassadrice. En représentation permanente, elle se devait de donner d’elle la meilleure image.

Mais au-delà des timbres, des billets, et des quelque 130 portraits officiels, Elizabeth II a aussi été peinte, photographiée, chantée ou racontée de 1001 façons, plus ou moins respectueuses. Elle est même devenue, bien malgré elle, héroïne de série.

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À l’écoute de son temps, la reine a laissé faire les artistes, et appris à jouer elle aussi avec son image. Pour conquérir ses jeunes sujets, elle n’a pas hésité à prendre le thé avec l’ours Paddington, ou à sauter en parachute avec James Bond.

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6 min

La souveraine aux 130 portraits officiels

Évoquer l'image de la reine Elizabeth II dans les arts, c'est s'arrêter un moment sur cette tradition restée si vive autour de la monarchie : celle des portraits de la souveraine commandés par des institutions royales ou des organisations caritatives sous haut patronage de la reine à des artistes de renom. Au total, on estime qu'au cours de ses 70 ans de règne, Elizabeth II a posé pour plus de 130 de ces portraits officiels, dans des esthétiques très différentes et qui ont beaucoup évolué au gré des chamboulements de la société et des arts britanniques, selon Rosie Broadley, conservatrice en charge du XXe siècle à la National Portrait Gallery.

Portraits de la Reine par Cecil Beaton (à g.) en 1953, Pietro Annigoni (en haut) en 1969 et Lucian Freud (en bas) en 2001.
Portraits de la Reine par Cecil Beaton (à g.) en 1953, Pietro Annigoni (en haut) en 1969 et Lucian Freud (en bas) en 2001.
© AFP - Peter Muhly

"Dans les premières années, les artistes et la reine ont cherché à établir son image royale, à la fixer dans l'esprit de chacun de ses sujets. Par la suite, progressivement les artistes ont commencé à jouer avec cette image... enfin surtout les artistes qui avaient choisi de peindre Elizabeth II, hors de toute commande officielle. Ils ont dans ces portraits une partie de leurs opinions et de leur ressenti personnel sur la reine à cette époque. Et cela modifie complètement l'image qu'ils créent. La reine était si instantanément reconnaissable que pour les artistes, elle était comme une toile blanche sur laquelle ils pouvaient projeter quantité de sens différents. Et c'est une idée qu'elle a entretenue toute sa vie : elle ne laissait jamais paraître ce qu'elle pensait vraiment. C'est une sorte de mystique, et c'est parfait pour des artistes comme Andy Warhol parce qu'avec lui, on ne s'intéresse pas à la profondeur du personnage mais seulement à son image."

Portraits d'Elizabeth II par Andy Warhol, exposés à Belfast le 15/01/2012
Portraits d'Elizabeth II par Andy Warhol, exposés à Belfast le 15/01/2012
© AFP - Peter Muhly

La dernière peintre à avoir été sollicitée pour peindre Sa Majesté, c'est l'artiste hispano-britannique Miriam Escofet : en juillet 2019 puis février 20200, la reine a posé pour elle au cours de deux séances d'une heure environ. Le portrait avait été commandé par le Foreign Office, le ministère britannique des Affaires étrangères, et il trône aujourd'hui dans les salons du ministère.

"Quand on peint la reine, on peint la personne la plus célèbre au monde et ce n’est vraiment pas un cadeau pour un artiste. C’est plutôt un malédiction, parce qu’on croit la connaître mais en fait personne ne la connaît vraiment. On voit son image publique, et l'on se dit qu’il doit forcément y avoir une autre facette, elle ne peut pas être que cette façade aussi incroyablement protocolaire. Il doit forcément y avoir une facette plus intime, plus vulnérable et c’est cela qu’un bon portrait doit capter : la fragilité du personnage. Moi je crois avoir réussi à peindre la femme derrière la reine. Mais je ne saurai jamais vraiment."

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La Queen que le rock adorait détester

Dans les rues et les salles de concerts rock du quartier de Camden Town, on ne pleure pas vraiment la mort d'Elizabeth II. Si elle est associée au mouvement punk, c'est surtout par le célèbre "God save the Queen" chanté en 1977 par les Sex Pistols. Si le chanteur John Lydon aka Johnny Rotten a depuis avoué avoir un faible pour la reine et s'est fendu d'un message de condoléances sur les réseaux sociaux, les gardiens de la flamme punk comme Jimi McDonald continuent de dénoncer les indécents privilèges et le système aristocratique désuet qu'incarnait Elizabeth II.

Jimi McDonald en sessions acoustique au Rock'n'Roll Rescue de Camden Town, Londres le 10/09/22
Jimi McDonald en sessions acoustique au Rock'n'Roll Rescue de Camden Town, Londres le 10/09/22
© Radio France - Camille Magnard

"C'est la reine qui a subi notre colère parce qu'elle était la reine, qu'elle était riche et qu'elle avait le pouvoir. Si cela n'avait pas été elle, cela en aurait été un autre, parce qu'on en a à revendre, de la colère!"

Rien de personnel donc à chanter que "la reine n'est pas un être humain", comme le faisaient les Pistols ? Pour le chroniqueur musical et auteur de podcasts Doryan Lynskey, les "protests songs" qui s'en sont pris à Elizabeth II depuis les années 70 s'en prenaient au système incarné par la reine plus qu'à sa personne, qui est restée profondément énigmatique malgré sa surexposition médiatique et artistique.

Le chroniqueur musical Doryan Lynskey à Londres le 11/09/22
Le chroniqueur musical Doryan Lynskey à Londres le 11/09/22
© Radio France - Camille Magnard

"En chantant qu'elle n'est pas un être humain, les Sex Pistols confirment bien que pour eux, elle est une abstraction. Et parmi les chansons les plus violemment hostiles à son sujet, très peu s'en prennent vraiment à sa personne : plutôt à tout ce qu'elle représente, les privilèges, le fait de vivre dans le passé. Cette manière de parler d'une manière très critique de la reine a été une composante très puissante de l'identité de gauche au Royaume-Uni dans les années 1980. Et puis cela s'est émoussé, la colère s'est reportée sur d'autres problèmes : le réchauffement climatique, la montée de l'extrême droite et du conservatisme. La colère populaire a juste changé de cibles".

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Reine d'Angleterre, un personnage de fiction ?

Richard Fitzwilliam a consacré sa vie à chroniquer celle de cette reine qu'il aura tant aimée. Mais le commentateur royal que s'arrachent tous les médias britanniques est aussi un critique reconnu de théâtre et de cinéma qui déplore que sa souveraine ait finalement assez peu inspiré le septième art. Il note d'ailleurs que la principale pièce de théâtre sur la reine, The Audience (2013), le principal film The Queen (Stephen Frears, 2006) et l'incontournable série télévisée The Crown (depuis 2016) ont en commun un même scénariste, Peter Morgan, passé maître dans l'art de mêler intrigues politiques et dramatiques. En la matière, confirme Richard Fitzwilliam, la reine et sa famille sont des sujets en or :

"Bien sûr il y a toute une part de la royauté qui est une affaire de célébrité, d'apparence, et c'est une part du soft power britannique : le fait d'avoir la monarchie la plus en vue au monde est quelque chose de très bon pour notre pays, on le voit bien en ce moment par la manière dont le monde entier rend hommage à cette souveraine exceptionnelle. Le problème est quand les choses vont mal : à ce moment-là la célébrité devient une contre-publicité très agressive qu'il est impossible de contrer."

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