Le quartier financier et un centre commercial de Dubaï début février 2021.
Le quartier financier et un centre commercial de Dubaï début février 2021.
Le quartier financier et un centre commercial de Dubaï début février 2021. ©Radio France - Christian Chesnot
Le quartier financier et un centre commercial de Dubaï début février 2021. ©Radio France - Christian Chesnot
Le quartier financier et un centre commercial de Dubaï début février 2021. ©Radio France - Christian Chesnot
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Résumé

Fenêtre sur le golfe Persique, Dubaï a été conçu comme un hub aérien et portuaire international. A l’épreuve du Covid, c’est tout le modèle économique de la ville monde qui est défié.

avec :

Clément Therme (Chargé de cours à l’université Paul-Valery de Montpellier).

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Dubaï a su profiter d’une position géographique exceptionnelle pour servir de trait d’union entre l’Asie et l’Europe, entre l’Afrique et le Moyen-Orient. Dépourvu de grandes ressources pétrolière et gazière à la différence d’Abou Dhabi, l’émirat a parié sur la mondialisation avant l’heure.

Son développement a commencé dans les années 1970 avec la construction du port de Jebel Ali, gigantesque plateforme de ré-export pour le monde entier.

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Dans les années 90, le cheikh Mohamed Al-Maktoum, que l’on surnomme "cheikh Mo", fut l’architecte du décollage de Dubaï avec un slogan : "Built...and they will come !" (Construisez...et ils viendront !)

La folie des grandeurs

Toujours plus grand, toujours plus somptueux, toujours plus spectaculaire ! Telle est la recette gagnante de Dubaï. Les gratte-ciel ont poussé comme des champignons à l’image de la tour Al- Khalifa, la plus haute du monde. Des îles artificielles sont sorties de la mer pour accueillir les grandes fortunes. Tout est fait pour faciliter le business. La cité a prospéré grâce à des zones franches où les entreprises paient un minimum de taxes. 

Ici, l’impôt sur le revenu n’existe pas. Seule une TVA à 5% a été imposée il y a deux ans. Dubaï attire les capitaux des quatre coins de la planète, y compris l’argent sale des mafias internationales, hier, russe et chinoise, aujourd’hui israélienne. Sa fortune s’est aussi construite autour du tourisme de masse. Centres gigantesques, parcs d’attraction et de loisir, hôtels de luxe, Dubaï attirent une moyenne d’un million et demi de touristes par mois.

Voiture de luxe dans une rue de la ville.
Voiture de luxe dans une rue de la ville.
© Radio France - Christian Chesnot

Le tourisme touché de plein fouet

Mais, Dubaï s’est réveillé avec la gueule de bois. La baisse des cours des hydrocarbures et surtout la crise du Covid ont porté un coup sévère à son économie. L'immobilier est en berne. Le prix des loyers a baissé jusqu’à 50%. Les affiches "à louer" ont fleuri sur les façades immeubles. Le tourisme a été lui aussi touché de plein fouet. Laurent Rigaut, consultant dans l’hôtellerie, a pu constater l’impact du virus : 

Dès le confinement fin mars 2020, de nombreux hôtels ont dû fermer. Les avions ne volaient plus vers Dubaï ou très peu. Les frontières étaient fermées. Cela a fait une grosse cassure. Il faut savoir que la capacité hôtelière de Dubaï se situe entre 140 000 et 150 000 chambres.

La compagnie aérienne Emirates a plongé dans le rouge, enregistrant pour la première fois de son histoire des pertes de près de 3 milliards d’euros pour le deuxième semestre 2020.

La plage et les constructions en cours, avec au fond au milieu l'hôtel Burj Al Arab Jumeirah, maintes fois élu l'hôtel le plus luxueux au monde par un certain nombre de grandes marques de voyages et de prix.
La plage et les constructions en cours, avec au fond au milieu l'hôtel Burj Al Arab Jumeirah, maintes fois élu l'hôtel le plus luxueux au monde par un certain nombre de grandes marques de voyages et de prix.
© Radio France - Christian Chesnot

Le projet de méga aéroport abandonné

Pour 2021, Dubaï a annoncé un budget en baisse et un déficit de plus d’un milliard d’euros. Déjà avant la crise du Covid, le projet de méga aéroport qui devait s’appeler en toute modestie Dubaï World Central (DWC), c’est-à-dire Dubaï Centre du Monde, avait été suspendu et remis dans les cartons. Il devait être la plus grande plateforme aéroportuaire du monde avec une capacité annuelle de 160 millions de passagers ! 

Avec l’épidémie de Covid, c’est toute la machine économique et financière de Dubaï qui est défiée. 

Dès l’apparition des premières contaminations, les autorités ont employé les grands moyens pour maîtriser le virus. Elles ont pris l’épidémie très au sérieux. Après une période de confinement, les autorités sanitaires ont lancé une campagne massive de test. Des "drive in" ont été installés partout dans Dubaï. Le port du masque a été rendu obligatoire et des quarantaines imposées aux personnes infectées.

Dans le quartier financier de Dubaï, février 2021.
Dans le quartier financier de Dubaï, février 2021.
© Radio France - Christian Chesnot

Une campagne de vaccination massive

Et gare à ceux qui ne respectaient les règles sanitaires ! De lourdes amendes tombaient, voire des expulsions en cas de récidive. Avec de telles mesures, les gens ont pu reprendre une vie quasi normale assez vite. Il faut dire que la population est jeune, que les maisons de retraite n’existent pas et que le système hospitalier est performant et moderne. Les autorités sanitaires de Dubaï pensaient l’épidémie sous contrôle. Erreur. L’émirat a ouvert ses portes aux touristes du monde entier venus passer les fêtes de fin d’années. Résultat : début janvier le nombre de contaminations a bondi de moins de 1 000 par jour à 4 000 cas quotidiens. Les autorités ont dû resserrer les mesures de distanciation sociale, notamment dans les restaurants. 

Mais surtout, Dubaï s’est lancé dans une campagne de vaccination massive_. "La stratégie du pays est d’éviter un reconfinement qui serait dramatique pour l’économie_, explique Jean-Paul Scheuer, directeur de Sanofi pour les pays du Golfe. Il faut vacciner la population le plus rapidement possible. L’objectif est d’ici fin mars mi avril d’avoir vacciné 60 à 70% de la population."

"Drive in" de tests Covid
"Drive in" de tests Covid
© Radio France - Christian Chesnot

Le modèle économique de Dubaï est-il encore valable ?

L’émirat dispose de ressources humaines et financières pour rebondir. Mais surtout son équipe dirigeante est extrêmement réactive. Déjà avant la crise du Covid, la machine économique de Dubaï donnait quelques signes d’essoufflement. La chute du prix du pétrole avait fragilisé les monarchies pétrolières. Et puis surtout, le coût de la vie à Dubaï devenait trop cher pour les millions d’expatriés. Loyers hors de prix, écoles coûteuses pour les enfants, système de santé certes excellent mais lui aussi très cher. Bref, les étrangers commençaient à quitter la ville monde. On évalue à 30 000 Britanniques sur 100 000 qui ont déserté Dubaï. 

Pour garder sa main-d’œuvre étrangère qui a construit le miracle de Dubaï, ses dirigeants ont bien compris qu’ils devaient rester attractifs. Ils ont supprimé les permis d’achat pour l’alcool, autorisé le concubinage et même créé un visa pour ceux qui veulent passer leur retraite à Dubaï. Très symboliquement, les expatriés ne sont plus soumis à la Charia, la loi islamique, s’ils en font la demande.

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© Radio France - Christian Chesnot

Le pari des nouvelles technologies

Enfin, les autorités ont annoncé une décision qui est une petite révolution dans les monarchies du Golfe. Au niveau fédéral, les Émirats arabes unis ont adopté des amendements permettant d'accorder la citoyenneté aux investisseurs et à d'autres professionnels, notamment des scientifiques, des médecins et leurs familles. Du jamais vu ! 

Dubaï parie sur l’économie du futur, les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle pour devenir la référence dans la région. Talal Al-Garem est un jeune "startuper". Né à Dubaï, il a été étudié à New York et en Suisse. Aujourd’hui, il investit dans le secteur de l’innovation. Il voudrait dépoussiérer le secteur de l’assurance, secteur traditionnel. "On peut être innovants, explique-t-il, et proposer des solutions technologiques à de nombreux secteurs, comme le tourisme. Prenez la compagnie aérienne Emirates, vous pouvez développer des nouveaux produits qui s’adaptent à son secteur." L’épidémie de Covid peut-elle être une limite au développement de Dubaï ? "Honnêtement, non. On s’adapte, nous sommes dans une phase d’adaptation à une situation anormale, ce qui ouvre un énorme espace d’opportunités sur un potentiel inconnu aujourd’hui. Donc, vraiment, ça ne nous arrête pas du tout ! Ce qui change c’est seulement la manière dont nous allons générer une croissance rapide."

Talal Al-Garem, "startuper" émirien
Talal Al-Garem, "startuper" émirien
© Radio France - Christian Chesnot

Lune de miel avec Israël

La normalisation avec Israël est une bénédiction pour Dubaï. C’est l’occasion de créer un nouveau flux d’affaires avec un pays considéré comme à l’avant-garde des technologies du futur... quitte à rompre avec une posture diplomatique héritée du conflit israélo-arabe. 

Alex Peterfreund travaille dans le secteur du diamant. Il est aussi co-fondateur du Conseil Juif des Émirats. Pour lui, la paix entre Israël et les Émirats va ouvrir de nouveaux horizons pour son business :

Dubaï pourrait devenir le centre numéro 1 dans le monde pour le commerce de diamants. Il est très facile de voyager d’ici en Inde où se trouvent les gisements. Les Belges de la place d’Anvers et les Israéliens pourront eux aussi venir facilement à Dubaï. Donc, c’est un endroit stratégiquement très intéressant.

Alex Peterfreund travaille dans le secteur du diamant et a co-fondé le Conseil Juif des Émirats.
Alex Peterfreund travaille dans le secteur du diamant et a co-fondé le Conseil Juif des Émirats.
© Radio France - Christian Chesnot

À réécouter : Accord Israël / Émirats arabes unis : l’ère du deal au Moyen-Orient ?

L'Expo universelle, comme signal du redémarrage

Bref, Dubaï croit en son avenir. L’exposition universelle, qui doit ouvrir ses portes le 1er octobre prochain après avoir été reporté d’un an à cause du Covid, se veut un signal fort du redémarrage. "Je suis incroyablement optimiste et très excitée, lance Reem Al-Hachémi, ministre de la Coopération internationale et directrice générale de l’Exposition universelle. Avec le grand espoir qu’en octobre de cette année, l’impact du Covid sera moindre que ce qu’on voit aujourd’hui. Ce ne sera peut-être pas fini. Mais je crois qu’avec une vaste campagne de vaccination, le virus aura beaucoup moins de conséquences négatives sur les gens qui voyagent, comme on a pu le voir ces 12 derniers mois." Et de conclure : 

Ce qui est important, c’est que, même si nous ne savons pas ce que sera le futur, nous devons réfléchir et préparer un avenir meilleur, un avenir d’espoir. Nous avons la ferme intention d’inaugurer cette exposition en octobre prochain.

Car à Dubaï, le business ne peut s’arrêter de tourner. La ville veut rester à l’avant-garde de la mondialisation. Quoi qu’il en coûte...  

Pavillon français pour l'Exposition universelle.
Pavillon français pour l'Exposition universelle.
© Radio France - Christian Chesnot
Références

L'équipe

Aurélie Kieffer
Production
Arthur Gerbault
Réalisation
Christian Chesnot
Journaliste