Des patients font la queue devant le cabinet médical de famille, pendant que l’infirmière fait du porte-à-porte dans le quartier de Place de la Révolution à La Havane. Février 2021
Des patients font la queue devant le cabinet médical de famille, pendant que l’infirmière fait du porte-à-porte dans le quartier de Place de la Révolution à La Havane. Février 2021
Des patients font la queue devant le cabinet médical de famille, pendant que l’infirmière fait du porte-à-porte dans le quartier de Place de la Révolution à La Havane. Février 2021 ©Radio France - Domitille Piron
Des patients font la queue devant le cabinet médical de famille, pendant que l’infirmière fait du porte-à-porte dans le quartier de Place de la Révolution à La Havane. Février 2021 ©Radio France - Domitille Piron
Des patients font la queue devant le cabinet médical de famille, pendant que l’infirmière fait du porte-à-porte dans le quartier de Place de la Révolution à La Havane. Février 2021 ©Radio France - Domitille Piron
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Résumé

La médecine cubaine est une fierté. Les Cubains vantent les mérites de leur système de santé gratuit et universel et sont surtout très fiers que leur pays soit capable en pleine pandémie d’envoyer dans le monde des milliers de professionnels de santé et de développer son propre vaccin anti Covid-19.

avec :

Nils Graber (sociologue et anthropologue de la santé, chercheur post-doctorant à l’université de Lausanne, au sein du laboratoire d’étude des sciences et des techniques, auteur d'une thèse sur la médecine cubaine).

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Les pénuries s’aggravent, il faut faire la queue plusieurs heures pour espérer acheter un paquet de poulet, il peut se passer plusieurs jours sans que l’eau ne soit acheminée dans les maisons et les coupures de courant sont assez fréquentes, mais les Cubains pourront toujours compter sur une attention médicale. 

Dès l’arrivée du coronavirus sur l’île en mars 2020, les blouses blanches ont envahi les rues de la Havane. Médecins, infirmiers et étudiants en médecine ont réalisé un porte-à-porte hebdomadaire, pour s’enquérir de l’état de santé de la population, en quête de cas suspects de Covid-19. Dès les premiers symptômes, les personnes suspectées sont immédiatement et obligatoirement transférées en centre d’isolement, où un test PCR leur est réalisé. Les cas positifs sont alors placés en instituts spécialisés ou cliniques, les conditions de soins y sont rudimentaires, les équipements médicaux vieillissants et la nourriture pour les patients est réduite au strict nécessaire, mais les patients sont pris en charge, le système de santé tourne normalement. Et jusqu’en décembre 2020 le pays n’a pas dépassé les 10 000 contaminations, pour une population de 11 millions d’habitants et Cuba déplorait 146 décès à la fin de l’année. 

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Parmi ses voisins américains, le pays se démarque pour ses bons résultats, de quoi faire douter de la véracité des chiffres avancés par la Havane. "Nous avions du mal à y croire en Europe, vu nos situations là-bas, donc c’était important pour moi de venir vérifier ces données" expliquait en novembre 2020, Franco Cavalli, le président de MediCuba Europe (ONG indépendante). "Et de fait je suis très impressionné par ces bons résultats", confirmés également par l’Organisation Panaméricaine de la Santé.

Depuis son cabinet médical de quartier, Marta Gambez Cabrera, a su maîtriser la propagation du virus grâce à un contrôle strict et une surveillance de la population.
Depuis son cabinet médical de quartier, Marta Gambez Cabrera, a su maîtriser la propagation du virus grâce à un contrôle strict et une surveillance de la population.
© Radio France - Domitille Piron

Si Cuba a su gérer l’épidémie de Covid-19, c’est aussi grâce au quadrillage de son territoire et à la surveillance de la population. Rapidement, le port du masque a été rendu obligatoire, partout, tout le temps et pour tout le monde, même les enfants. Et personne n’a contesté la mesure, surtout parce qu’elle s’accompagne d’amendes salées, pouvant atteindre l’équivalent d’un mois de salaire pour un Cubain. Les récalcitrants eux ont fait l’objet d’accusation de "propagation d’épidémie", quelques-uns ont été condamnés à des peines de prison ferme.

La présence de nombreux médecins repartis dans tout le pays explique également la bonne gestion de la crise. Cuba compte 82 médecins pour 10 000 habitants, soit 2,5 fois plus qu’en France. Ce vivier de médecins a d’ailleurs bénéficié à d’autres pays. 

La crise du coronavirus a effectivement permis à Cuba de revenir sur le devant de la scène internationale, grâce à l’envoi de brigades médicales d’urgence. Mexique, Haïti, Afrique du Sud, Niger… 39 pays ont fait appel aux médecins cubains au plus fort de la pandémie, un record pour Cuba qui n’avait jamais envoyé autant de professionnels de santé dans le monde en même temps. Fierté également pour l’île communiste des Caraïbes, pour la première fois, des médecins cubains ont été envoyés en renfort dans des pays développés. Ce fut le cas de l’Italie, l’Andorre et la France, dans le département de la Martinique.

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Cérémonie de départ aux allures militaires pour cette "armée de blouses blanches", à l’Unité centrale de coopération médicale à la Havane. Février 2021
Cérémonie de départ aux allures militaires pour cette "armée de blouses blanches", à l’Unité centrale de coopération médicale à la Havane. Février 2021
© Radio France - Domitille Piron

Et même si une campagne pour octroyer le prix Nobel de la Paix aux brigades médicales cubaines, est en cours, celles-ci n’échappent pas aux critiques. L’ONG Prisoners Defenders considère la coopération médicale cubaine comme de "l’esclavage moderne" et a d’ailleurs déposé une plainte devant la CPI. Son président Javier Larrando, estime que "l’État garde entre 70 et 90% du salaire des médecins en mission. C’est une industrie très lucrative pour le régime cubain." Par ailleurs, l’ONG considère que c’est une erreur d’interprétation que de parler "d’aide médicale ou de Cérémonie de départ aux allures militaires pour cette 'armée de blouses blanches', parce qu’il s’agit en fait d’une industrie. Par exemple, quand des médecins sont envoyés au Cap Vert, c’est le Luxembourg qui paye la mission à Cuba, en Guinée Bissau c’est le Portugal qui paye. Donc nous ne pouvons pas parler de solidarité mais bien d’une industrie très lucrative", selon Javier Larrando.

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Mais vu depuis l’île, toutes ces critiques ne sont que le fruit d’une campagne de dénigrement orchestrée par l’ennemi historique de la Révolution cubaine : les États-Unis. Et Cuba se défend donc à coup de chiffres : plus de 4 000 professionnels de santé envoyés dans le monde durant la pandémie ; des faibles taux de contaminations et de décès liés à la Covid-19 sur l’île, alors que le grand voisin nord-américain affiche des données prouvant son "inhumanité" selon le discours cubain ; et bientôt "toute la population cubaine vaccinée d’ici la fin de l’année" promettait encore dernièrement le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez. 

Pour cela, Cuba développe son propre vaccin contre la Covid-19. Soberana 02 entre en ce mois de mars dans sa dernière phase d’essais cliniques et pourrait bientôt être administrés à la population, avant d’être proposés "en option" aux touristes en voyage sur l’île. Une avancée scientifique indiscutable qui relève presque du miracle dans ce pays en crise qui manque de tout. Certains Cubains sont donc sceptiques et critiquent le fait que d’importants moyens sont alloués au développement de ce vaccin, pour en faire une valeur d’échange sur le marché mondial et un instrument de propagande, alors que sur place la population manque de médicaments.

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