Jean-Luc Mélenchon durant son discours à Aubervilliers, au lancement de la Nupes, samedi 7 mai.
Jean-Luc Mélenchon durant son discours à Aubervilliers, au lancement de la Nupes, samedi 7 mai.
Jean-Luc Mélenchon durant son discours à Aubervilliers, au lancement de la Nupes, samedi 7 mai. ©Radio France - Claire Flochel
Jean-Luc Mélenchon durant son discours à Aubervilliers, au lancement de la Nupes, samedi 7 mai. ©Radio France - Claire Flochel
Jean-Luc Mélenchon durant son discours à Aubervilliers, au lancement de la Nupes, samedi 7 mai. ©Radio France - Claire Flochel
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Résumé

Après l'élection présidentielle de 2022, une recomposition à gauche s'opère et donne à la gauche radicale, portée par Jean-Luc Mélenchon, une forme de prééminence nouvelle qui interpelle car depuis l'élection de François Mitterrand en 1981, la gauche modérée incarnée par le PS était dominante.

avec :

Nicolas Roussellier (professeur d'histoire politique à Sciences Po).

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La gauche a quelques difficultés à se définir aujourd'hui. "Il y a une aspiration à la radicalité dans la société, liée à la montée des inégalités mais aussi au réchauffement climatique", analyse le politiste Rémi Lefebvre, enseignant à Sciences Po Lille.
Il y a également aujourd'hui un certain nombre de divisions très fortes entre une gauche qui serait plutôt modérée, une gauche dite de gouvernement qui aspire à fédérer et une gauche, à l'inverse, plus conflictuelle, plus protestataire, qui a l'ambition des ruptures. La dernière élection présidentielle a montré l'opposition entre ces deux gauches, qui, à la lueur de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, ne semblent pas irréconciliables. Elles renvoient néanmoins à des stratégies, à des sociologies, à des positionnements idéologiques différents. 

Les socialistes entre déception et remise en question 

A Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord, trois amis socialistes se réunissent régulièrement pour déjeuner. Le sujet du jour est évidemment la Nouvelle Union Populaire écologique et sociale (NUPES) mais aussi l'état du Parti Socialiste après les 1,75 % des voix récoltées par Anne Hidalgo à l'élection présidentielle. Jean-Michel Stievenard, 77 ans, est socialiste depuis l'âge de 20 ans : "mon engagement a duré plus de 55 ans, il a été amorti, mais maintenant ce n'est plus le mien, ce n'est plus mon histoire", explique t-il avec une pointe de nostalgie, affirmant qu'il "va s'en aller sans fracas, sur la pointe des pieds". Son avis diverge de celui de Robert Vanovermeir, 69 ans,  dont 45 au Parti socialiste, ancien professeur d'histoire et qui cite Léon Blum "travailler à une œuvre qu'on ne contemplera pas accomplie est un honneur", selon lui. Jean-Michel Stievenard pense tout de même que "la gauche n'est pas morte". "Il faut reconstruire", conclut le socialiste.

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De gauche à droite : les socialistes Jean-Michel Stievenard, Marc Vasseur et Robert Vanovermeir autour d'un repas à Villeneuve-d'Ascq (59).
De gauche à droite : les socialistes Jean-Michel Stievenard, Marc Vasseur et Robert Vanovermeir autour d'un repas à Villeneuve-d'Ascq (59).
© Radio France - Claire Flochel

Une reconstruction nécessaire à gauche et en particulier du Parti Socialiste, c'est aussi ce que pense le "Baron noir", Julien Dray, qui a inspiré le personnage de la série Canal+ et qui veut aujourd'hui en finir avec cette image de conseiller un peu occulte qu'il a été pour François Hollande. L'ancien dirigeant socialiste a d'ailleurs lancé un mouvement de réflexion, baptisé "Réinventez!" qui a pour but de faire émerger une nouvelle génération. Pour Julien Dray, la dernière élection présidentielle marque la fin d'une époque à gauche.

Julien Dray, ancien député socialiste.
Julien Dray, ancien député socialiste.
© Radio France - Claire Flochel

La gauche pour les jeunes générations est un point d'interrogation. Julien Dray.

Pour celui qui a été député socialiste sans discontinuer de 1988 à 2012, "la gauche n'a pas travaillé comme elle aurait du le faire".  Selon Julien Dray la gauche "n'a pas cherché à comprendre le monde tel qu'il avait évolué et elle s'est retrouvée pour une part importante dans une situation très défensive. C'est-à-dire que face à la globalisation, la mondialisation, l'explosion du monde numérique, elle a donné le sentiment en permanence qu'elle était en train de protéger les acquis, elle a été incapable de se projeter dans l'avenir, et, à partir de là, de proposer des nouvelles conquêtes. En ce sens là, la gauche est pour les jeunes générations un point d'interrogation".

Du côté, des communistes, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, qui a été candidat du parti à l'élection présidentielle, estime qu'il y a eu "une forte désillusion de la part de l'électorat de gauche, de la part du monde du travail, des salariés parce que quand la gauche a été au pouvoir elle a terriblement déçu", rappelant les réformes qu'il qualifie de "dures", mises en œuvre par "le dernier gouvernement de gauche" notamment "la loi El Khomri".

Fabien Roussel, député du Nord, secrétaire national du PCF.
Fabien Roussel, député du Nord, secrétaire national du PCF.
© Radio France - Claire Flochel

La France Insoumise désormais en position de force mais il ne faut pas oublier les Verts qui tirent depuis peu leur épingle du jeu. En 2020, des grandes villes sont remportées par Europe Ecologue Les Verts lors de la "vague verte" des municipales : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Marseille, Grenoble ou Poitiers dans la Vienne. Après plus de 40 ans de règne socialiste, c'est donc Léonore Moncond'huy, une écologiste qui est à la tête de la ville. Ici c'est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle avec près de 34 et demi % des suffrages Yannick Jadot lui a recueilli 7% des voix, un score décevant pour les militants EELV de Poitiers. C'est tout de même deux points et demi de plus pour le candidat écolo par rapport au niveau national.

La maire de Poitiers Léonore Moncond'huy avec des militants EELV dont Mad Joubert et Thierry Perreau.
La maire de Poitiers Léonore Moncond'huy avec des militants EELV dont Mad Joubert et Thierry Perreau.
© Radio France - Claire Flochel

Il nous faut absolument un groupe à l'Assemblée. Mad Joubert, militante EELV à Poitiers.

Mad Joubert, militante EELV à Poitiers depuis les élections européennes de 2009 explique avoir "été vraiment déçue" car pour elle Yannick Jadot a fait "une super belle campagne". "Je suis pour l'accord car nous n'avons pas le choix, je me méfie car je ne suis pas une grande fan de Mélenchon." La militante dit avoir manqué d'un groupe EELV à l'Assemblée pendant six ans.

Les insoumis : les nouveaux Hommes forts à gauche

L’union de la gauche apparait donc comme une opportunité, une chance pour les électeurs de gauche. Si l'abstention frôle des records chez les jeunes c'est aussi chez eux, notamment chez les 18/24 ans, que la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale est la plus plébiscitée.

Mathieu Rateau, étudiant à Sciences Po à Poitiers, militant La France Insoumise.
Mathieu Rateau, étudiant à Sciences Po à Poitiers, militant La France Insoumise.
© Radio France - Claire Flochel

Mathieu Rateau en fait partie. Cet étudiant de 19 ans en sciences politiques à Poitiers est militant de la France Insoumise. Il dit avoir a grandi avec la gauche de François Hollande, "une gauche qui n'en n'est pas une", selon lui. "Là avec la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale, ce qu'on voit, du fait du score de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle, c'est qu'il y a une recomposition de la gauche autour d'une gauche radicale qui porte une rupture". "Il y a donc une clarification avec cette recomposition et ça je pense que du point de vue de la vie politique française est extrêmement sain".