Deux visages du Wisconsin d'aujourd'hui : Sarah Lloyd, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union, et Gregory Bennett, travailleur social.
Deux visages du Wisconsin d'aujourd'hui : Sarah Lloyd, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union, et Gregory Bennett, travailleur social. ©Radio France - Omar Ouahmane
Deux visages du Wisconsin d'aujourd'hui : Sarah Lloyd, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union, et Gregory Bennett, travailleur social. ©Radio France - Omar Ouahmane
Deux visages du Wisconsin d'aujourd'hui : Sarah Lloyd, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union, et Gregory Bennett, travailleur social. ©Radio France - Omar Ouahmane
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Le Wisconsin a très longtemps voté démocrate, avant de basculer dans le giron de Donald Trump à la surprise générale. Un mois avant la présidentielle américaine, reportage dans cet État clé où les agriculteurs sont en grande difficulté, et où la question raciale est revenue au premier plan.

Avec
  • Marie-Cécile Naves Politologue, spécialiste des Etats-Unis. Directrice de recherche à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) où elle dirige l’Observatoire Genre et Géopolitique.

La ville de Kenosha, à une heure de route au nord de Chicago, n’a plus rien de cette petite bourgade paisible au bord du lac Michigan meurtrie après plusieurs jours de violences. 

Durant plusieurs jours à la fin de l’été, la ville s’est barricadée, la population a vécu au rythme des manifestations et des violences nocturnes, une éruption de violences après une énième bavure policière. Quelques mois après la mort tragique de George Floyd, le cas de Jacob Blake a embrasé Kenosha et le reste des États-Unis.  

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Voitures calcinées à Kenosha
Voitures calcinées à Kenosha
© Radio France - Omar Ouahmane

"La police est brutale"

Un policier de la ville a tiré 7 balles dans le dos cet afro-américain de 29 ans, alors qu'il remontait dans son véhicule après son interpellation. La vidéo a fait le tour du monde.  

Très vite, Kenosha est devenu le théâtre de violences et de manifestations. D'un côté, les militants de Black Lives Matter, de l’autre, les partisans du président Donald Trump. La haine portée à ébullition rendant tout dialogue impossible.  

Gregory Bennett, un travailleur social de 40 ans natif de Kenosha, ne sort jamais sans son arme et son gilet par balles : 

En fait, j’ai participé à l’invasion de l’Irak avant de démissionner de l’armée. Une partie de moi est toujours là bas. La police est brutale, elle tue les afro-américains tous les jours.

Gregory Bennett, travailleur social
Gregory Bennett, travailleur social
© Radio France - Omar Ouahmane

Les soldats de la garde nationale se sont déployés en masse, la veille deux manifestants anti Trump ont trouvé la mort, tués par un militant d’extrême droite de 17 ans venu prêter main forte à la police locale. L’appel à prendre les armes a été lancé sur Facebook par Kevin Mathewson, une armoire à glace de 36 ans, ancien détective privé et père de deux enfants.  

J’étais armé, oui, et c’était la première fois que je portais un fusil automatique comme celui-ci en public, la première fois de ma vie. Je me suis senti davantage en sécurité, car c’était une vraie zone de guerre. La ville était attaquée, nous étions envahi par des gens qui au nom de la justice ont causé des destructions et ont fait du mal à la population.

Kevin Mathewson
Kevin Mathewson
© Radio France - Omar Ouahmane

Un vote afro américain déterminant

Quatre années se sont écoulées depuis la victoire, à la surprise générale, de Donald Trump dans cet État clé du Wisconsin, terre démocrate de longue date. A l’époque de nombreux électeurs afro américains, qui votent d’habitude pour les démocrates, avaient boudé les urnes, cette année ils comptent bien se mobiliser. 

Et pour prendre sa revanche dans cet État du Wisconsin, le parti du candidat Joe Biden compte sur la mobilisation afro américaine, notamment dans la ville de Milwaukee, la plus peuplée du Wisconsin, la communauté noire y représente près de la moitié de la population.  

Signe que ce vote afro-américain est très disputé, le parti républicain de Donald Trump a ouvert un bureau de campagne en plein cœur des quartiers nord de Milwaukee, avenue Martin Luther King, dans l’un des secteurs les plus déshérités de la ville, du jamais vu. A peine inauguré il y a 7 mois, les locaux ont été dégradés. Une mauvaise surprise pour Tim Rogers, candidat au Congrès américain pour le parti présidentiel et maître des lieux. 

Tim Rogers, candidat au Congrès américain pour le parti présidentiel.
Tim Rogers, candidat au Congrès américain pour le parti présidentiel.
© Radio France - Omar Ouahmane

Certains nous ont dit 'Pourquoi êtes-vous ici ?' J’ai répondu 'On est là parce que vous êtes là. On veut montrer que les républicains s’intéressent, on a tous été républicains un jour. Je crois que c’est le bon côté c’est pour cela que je suis de ce côté. Certains noirs pensent qu’en raison de ma couleur je devrais être de l’autre côté mais si l’autre camp ne fait rien pour ta communauté, s’il te maintient dans la pauvreté c’est donc le mauvais côté. On a tous le droit de réussir dans la vie.

La crémerie de l’Amérique fragilisée par les guerres commerciales de Donald Trump

Mais le Wisconsin, c’est avant tout la crémerie de l’Amérique, l’État qui compte le plus de vaches aux États-Unis, plus d’un million réparties sur plus de 8 000 fermes laitières. 

Mais les guerres commerciales de Trump, notamment contre la Chine, ont fait chuter les exportations et provoqué une surproduction. Le prix du lait a été divisé par deux.  

Sarah Lloyd 48 ans, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union
Sarah Lloyd 48 ans, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union
© Radio France - Omar Ouahmane

Selon, Sarah Lloyd 48 ans, du syndicat paysan Wisconsin Farmers Union, la situation est intenable pour de nombreux agriculteurs, des centaines de fermes laitières ont dû mettre la clé sous la porte, leur nombre a été divisé par deux ces dernières années. Cette farouche démocrate possède une exploitation nichée au milieu d’un paysage vallonnée et magnifique, 4 ans après elle est toujours en colère contre Hillary Clinton qui n’avait pas fait le déplacement dans le Wisconsin contrairement à Donald Trump. 

Notre dépendance au marché de l’export est en constante augmentation. Par conséquent, lorsque Trump se met à twitter en plein milieu de la nuit et provoque une guerre commerciale, cela ne nous aide pas car nous sommes dépendants de ces marchés financiers, ça a causé beaucoup de fluctuations du prix du lait.