Les étudiants de 2ème année de l'école Nationale de l'aviation civile. Avril 2022. ©Radio France - Léa Montéjano
Les étudiants de 2ème année de l'école Nationale de l'aviation civile. Avril 2022. ©Radio France - Léa Montéjano
Les étudiants de 2ème année de l'école Nationale de l'aviation civile. Avril 2022. ©Radio France - Léa Montéjano
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Résumé

Le secteur de l’aéronautique a été l’un des plus touchés depuis le début de la pandémie. Dans ce contexte où la reprise reste encore fragile, des étudiants guidés par leur passion souhaitent malgré tout travailler dans le secteur aéronautique. Quitte parfois à être endettés.

avec :

Pierre Ageron (Professeur de géographie en classes préparatoires au lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg et spécialiste des questions de transport.), Guillaume Schmid (Vice-président du SNPL Air France (syndicat national des pilotes de ligne), pilote de ligne).

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L’aéronautique retrouve des couleurs. Airbus, qui avait dû réduire drastiquement ses cadences dès avril 2020, et qui avait annoncé 15 000 suppressions de postes, recrute de nouveau pour répondre aux commandes. Le trafic aérien a repris, et les grandes compagnies, comme Air France, ont survécu  à la crise du Covid-19, grâce à des aides de l’Etat.

Mais il faut à présent les rembourser, si bien qu’Air France a dû annoncer cette semaine une nouvelle recapitalisation. Et le secteur commence à peine à se remettre qu’il fait face à de nouvelles incertitudes, nées de la guerre en Ukraine et de l’inflation. Le transport aérien est par ailleurs critiqué pour sa contribution au réchauffement climatique.

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L’aviation commerciale a donc pris un engagement : atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050. Mais l’objectif semble difficile à tenir. C’est à un ensemble de défis économiques, environnementaux et sociétaux qu’est confronté l’écosystème du transport aérien

Le secteur saura-t-il s’adapter, se réinventer ? Et rester attractif pour les jeunes talents, qu’ils soient mécaniciens, ingénieurs ou pilotes ?

"Les métiers de l’aviation font-ils encore rêver ?" : c’est un Grand Reportage signé Hakim Kasmi.

Invités : Guillaume Schmid, vice-président du SNPL Air France (syndicat national des pilotes de ligne) et Pierre Ageron, géographe spécialiste des transports.

"On a recruté le même nombre d'élèves en 2021 que les autres années"

A Toulouse, au lycée Airbus, pas moins de 400 élèves sont scolarisés en bac professionnel ou en BTS dans les spécialités comme la soudure, la peinture ou encore l'avionique. Avant de partir en stage pratique sur les chaînes de production d'Airbus où sont fabriqués les avions, les lycéens apprennent et répètent avec leurs professeurs dans les ateliers les gestes qu'ils devront réaliser.

Au plus fort de la crise sanitaire. L'équipe pédagogique a dû s'adapter entre cours en essentiel et en présentiel. Ce qui n'a pas toujours été sans conséquence sur les candidatures pour la rentrée 2021. Nicolas Coadou, le directeur du lycée Airbus :

"Le lycée et l'entreprise Airbus ont fait preuve de beaucoup de résilience pendant cette période. Beaucoup de choses ont été faites et quand bien même on était au plus profond de la crise en août 2020, la promotion qui est sortie en août 2020 a quand même été embauchée ou a quand même pu poursuivre ses études. Derrière, on a eu naturellement une baisse de candidats en 2021 (60 % de candidats en moins). Une année avant le Covid, on était sur un volume qui était entre 500 à 800 candidats. Et l'année dernière, on a eu 250 candidats. Là aussi, une des volontés de l'entreprise et donc de son lycée, c'était de ne surtout pas baisser la capacité de son lycée. Parce que dans trois ans, tous les scénarios étaient plutôt optimistes et on se disait on va sortir de cette crise. On a recruté le même nombre d'élèves en 2021 que les autres années. Et en 2022, c'est un signe encore plus fort, c'est à dire qu'on va augmenter la capacité de notre prochaine promotion de 20 %."

Aujourd'hui que le secteur aéronautique connaît un virage très important pour réduire les émissions de CO2. Il y a beaucoup de technologies sur lesquelles les constructeurs comme Airbus a travaillé, que ce soit l'hydrogène, l'électrique ou encore les biocarburants. Est-ce que ce sont des technologies auxquelles vous vous préparez ici au lycée professionnel ? Au niveau des maquettes pédagogiques.

"Il faut vraiment qu'on ait un train d'avance si je peux parler ainsi ou un avion d'avance. Ce sont des priorités pour Airbus, dont on parle. d'avion décarboné, on parle d'hydrogène. Il faut qu'on arrive à identifier l'impact que ces nouvelles technologies vont avoir sur nos métiers manuels, c'est-à-dire en quoi cela va impacter la façon dont on va fabriquer l'avion de demain. C'est un nouveau projet, à nos jeunes de les sensibiliser, y compris pour les jeunes qui vont sortir à court terme et qui ne vont pas encore travailler sur l'avion à hydrogène par exemple."

Ecole ISAE-SUPAERO (L’Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace) à Toulouse.
Ecole ISAE-SUPAERO (L’Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace) à Toulouse.
© Radio France - Alexandre Descorps

À l'École supérieure de l'aéronautique et de l'espace à Toulouse, nous avons rencontré des élèves qui se préparent à devenir ingénieurs dans le secteur aéronautique. Nous avons vu leurs motivations, ce qui les fait encore rêver malgré un contexte de crise dans le secteur aéronautique. Depuis le début de la pandémie, le secteur connaît en effet la plus grave crise de son histoire. Même si les vols commencent à reprendre, mais aussi les livraisons d'avions, il reste encore de nombreux défis pour réduire les émissions de CO2 dans l'aviation. Comment ces écoles vont rendre l'avion plus vert, notamment au niveau des formations qu'ils donnent à leurs élèves, afin qu'ils puissent travailler dans ce secteur durement frappé par la crise ?

Nicolas Gourdain, enseignant chercheur, professeur de mécanique des fluides : "Depuis une dizaine d'années, nos étudiants sont formés sur les enjeux climatiques et énergétiques. On les forme également sur les enjeux liés à la préservation de la biodiversité, des ressources en eau. Néanmoins, ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que il va y avoir probablement des ruptures technologiques qui vont arriver et donc on essaye de les préparer à ça. Ici, on essaye surtout de leur enseigner les briques de base en termes de mathématiques, de physique qui leur permettront de relever ces défis. Ensuite, pour ceux qui le souhaitent, nous pouvons leur proposer aussi une spécialisation autour des enjeux énergie, transports et environnement qui vont nécessiter effectivement une adaptation profonde aussi de nos modes de vie."

Anthony Gomes, élève pilote de ligne, de la promotion « EPL20 ».
Anthony Gomes, élève pilote de ligne, de la promotion « EPL20 ».
© Radio France - Léa Montéjano

SUPAERO est l'une des écoles d'ingénieur aéronautique les plus prestigieuses. 1 800 étudiants sont scolarisés dans 41 % viennent de l'étranger. Parmi ces étudiants passionnés dont l'aéronautique est un rêve d'enfant, Jules Cayer, originaire de Lille, qui est en première année :

Que répondez-vous aux jeunes de votre âge qui disent que l'avion contribue fortement aux émissions de CO2 et à la pollution de la planète aujourd'hui, et qu'il faut réduire l'usage de l'avion ?

Jules Coeuillet : Il y a effectivement des thématiques de décroissance qui sont aussi mises en avant par de nombreux économistes, par des experts et portés par les jeunes, qui prônent aussi une transformation de l'industrie aéronautique, un passage à des avions plus verts. Ca passe par des changements dans l'énergie qui est utilisée, des avions à l'hydrogène et à d'autres technologies plus vertes qui nécessitent de nombreux changements et de nombreux aménagements. Aussi, je pense, une réduction du trafic aérien, on en a bien conscience. De là à dire qu'il faut se débarrasser de l'avion, je pense que ce serait surréaliste. Parce qu'il permet encore aujourd'hui le transport de marchandises et de personnes.

Le secteur de l'aéronautique continue d'attirer les jeunes générations, la profession reste majoritairement masculine, en particulier chez les ingénieurs. À ISAE-SUPAERO, il n'y a que 20 % de filles. Ce que regrette Carole-Ann Barbier, en dernière année :

Je pense évidemment que c'est bien la place des femmes d'être ici et cela ne m'a jamais gêné. J'encourage justement les femmes à ne pas se brider et à continuer à faire ce genre d'études.

C'est vrai qu'on va trouver beaucoup de femmes médecins, de femmes proches de la clientèle, de femmes au contact. Les études scientifiques peuvent paraître un peu plus comme "la personne enfermée dans son bureau", un chercheur qui va pas forcément avoir beaucoup d'interactions et je pense que c'est ce manque d'interaction qui peut effrayer au départ.

Direction Carcassonne, à une centaine de kilomètres, où se trouve l'un des cinq sites de l'ENAC, l'Ecole nationale de l'aviation civile, qui forme notamment les pilotes de ligne. Après un an de cours théorique, c'est ici que les élèves pilotes commencent à apprendre à voler.

Marie-Bénédicte Claudel dans le simulateur à l'ENAC à Carcassonne. Avril 2022.
Marie-Bénédicte Claudel dans le simulateur à l'ENAC à Carcassonne. Avril 2022.
© Radio France - Léa Montéjano

En quoi est-ce important de pouvoir faire ces vols simulateur avant de faire un vrai vol dans un avion ?

Marie-Bénédicte Claudel : Il y a beaucoup de choses à apprendre, beaucoup de choses à intégrer. Et là, on a le temps d'apprendre les choses, de bien mettre en place la méthode. Et si jamais on a des questions, on peut mettre en pause le simulateur pour poser des questions.

Malgré la crise dans le secteur de l'aérien et une reprise qui reste fragile avec la hausse des prix du pétrole et un virus de la Covid-19 qui n'a pas totalement disparu. Ces élèves pilotes, qui seront diplômés à la fin de l'année, restent malgré tout motivés plus que jamais et ne craignent pas d'être au chômage.

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28 min
Références

L'équipe

Aurélie Kieffer
Production
Annie Brault
Réalisation
Hakim Kasmi
Journaliste