Baie de Doha au Qatar. Le quartier de West bay en arrière plan. ©Radio France - Aurélien Colly
Baie de Doha au Qatar. Le quartier de West bay en arrière plan. ©Radio France - Aurélien Colly
Baie de Doha au Qatar. Le quartier de West bay en arrière plan. ©Radio France - Aurélien Colly
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Résumé

C’est un véritable confetti à l’échelle de la planète mais le Qatar sait attirer les regards du monde entier. Il y a sa prochaine Coupe du monde très contestée mais aussi son influence culturelle, universitaire ou diplomatique.

avec :

Benjamin Barthe (Correspondant du « Monde » au Proche-Orient.).

En savoir plus

Le tout petit émirat du Qatar - 11 000 km carrés, moins de 2 millions et demi d’habitants, mais cinquième producteur de gaz de la planète - réussit à s’offrir depuis quelques années de véritables joyaux.

Évidemment, la Coupe du monde de football cette année, dont la date a été reportée en hiver, pour pouvoir supporter la chaleur dans d’immenses stades climatisés. D’ailleurs construits, bien souvent, par Vinci et autres entreprises du BTP, grâce à une main d’œuvre ouvrière dont les conditions de travail sont très critiquées. Le Guardian, à Londres, avait recensé il y a un an 6 500 morts sur les chantier, chiffre évidemment contesté par l’émirat qui parle d'une trentaine de morts.

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Au delà de la Coupe du monde, le Qatar c’est aussi le PSG, Neymar et MBappé achetés à très grand frais. Mais ce soft power ne se limite pas au sport. Doha accueille huit universités de rang mondial, un Musée des Arts Islamique, qui expose en ce moment Jeff Koons.

En France, l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, a été choisi par l’un des membres de la famille régnante pour héberger sa collection d’art privée. Le Qatar brille donc de mille feux, sportifs, culturels, universitaires … diplomatiques aussi, puisqu’il a réussi à sortir vainqueur du blocus que ses voisins du Golfe lui ont imposé pendant trois ans et demi, de 2017 à l’année dernière.

Mais il y a bien évidemment des facettes sombres : le financement supposé des frères musulmans ; les droits de l’homme - et surtout de la femme; la corruption, qui jette une ombre trouble sur la Coupe du monde.

Mais quoiqu’il en soit, elle aura bien lieu en plein désert. C’est un 'Grand Reportage' signé Aurélien Colly.

Le stade de Losail au Qatar, c’est ici que va se jouer la finale de la prochaine Coupe du monde de foot. Janvier 2022.
Le stade de Losail au Qatar, c’est ici que va se jouer la finale de la prochaine Coupe du monde de foot. Janvier 2022.
© Radio France - Aurélien Colly

Visite d'un stade pour la Coupe du monde qui "puise dans les références de la région"

Ce reportage commence à Losail, un des nouveaux quartiers qui est sorti de terre ces dernières années dans la périphérie Doha. C’est ici que va se jouer la finale de la prochaine Coupe du monde de foot. Les yeux seront braqués sur le Qatar et sur le stade de Losail qui vient d’être terminé. Il a la forme d’un gigantesque bol ovale, cuivré. Il représente le bol de dattes qu’on tend aux invités dans la culture du Golfe.

C’est l’un des ingénieurs, Tamim Al Abed, qui supervise le chantier qui fait la visite :

Le stade de Lusail est le plus grand des huit stades construits pour accueillir la Coupe du Monde 2022. Les architectes ont travaillé en puisant dans les références de la région. Cette Coupe du Monde est "une coupe du monde régionale" comme on dit toujours, elle représente tout le Moyen-Orient. Quand le stade est allumé la nuit, la lumière de l’intérieur, de l’extérieur, du toit, ça donne l’impression d’une belle lanterne qui brille dans l’obscurité, au milieu de cette nouvelle ville, pour les marins et pour appeler les gens à s’approcher.

La structure du stade se compose de 280 000 mètres cubes de béton armé, surplombé d’une structure en acier qui pèse 30 000 tonnes, quatre fois le poids de la Tour Eiffel. Donc dessiner ce stade, le fabriquer, en sécurité et avec précision, a été une énorme tâche. On peut dire, en toute sécurité, que 10 000 personnes ont travaillé sur ce projet. Charpentiers, soudeurs, peintres, informaticiens, maçons, sidérurgistes. C’est la partie refroidissement des conduits d'air et des ventilateurs qui projetteront de l'air frais à haute pression sur le terrain, pour rafraichir la surface de jeu pendant le match. Vous pouvez voir ces conduits avec des buses qui font le tour de l’arène circulaire et qui seront alimentées par des unités de traitement d'air qui sont derrière, en passant sous les sièges. Cela fournira une température qui n’excèdera jamais les 26 degrés.  Vous pouvez imaginer quand il est plein. Le son, l'ambiance pour les joueurs et pour les spectateurs va être quelque chose de presque inimaginable.

Àl’entrée du stade de Losail, il y a un mur sur lequel sont imprimés des centaines de portraits. Ce sont des photos de ceux qui ont construit le stade : ouvriers, techniciens, menuisiers, électriciens, agents de sécurité, etc… Ce mur a été baptisé "mur de la gratitude", en "gage de remerciement" selon le responsable du projet, Tamim Al Abed. Comme une réponse aux critiques sur le coût humain des chantiers de cette Coupe du monde au Qatar. Selon le Guardian qui a mené l’enquête, il y aurait eu 6 500 morts sur une dizaine d’année. Les ONG comme Amnesty International ont aussi documenté des dizaines et des dizaines de décès classés "naturels" alors que tout laisse penser qu’ils sont liés aux conditions de travail, à la chaleur, au rythme.

Lola Schulmann, Amnesty International France :

On dénonce depuis maintenant plusieurs années l'absence de transparence. On n'a pas aujourd'hui un recensement fiable de la part des autorités du Qatar qui nous permettent d'avoir des informations et d'établir très concrètement quels décès sont directement liés aux conditions de travail aujourd'hui.

Les autorités du Qatar rejettent ce chiffre de 6 500 morts. Elles mettent en avant les normes de sécurité imposées sur les chantiers, l’arrêt du travail aux heures les plus chaudes de la journée et la réforme du marché du travail qu’elles ont lancée, avec création d’un salaire minimum et abolition de la Kafala. C’est le système en vigueur dans la région qui lie juridiquement le travailleur à son employeur et qui ouvre la porte aux pires abus.

Mohammed Hassan Al Obaidli, secrétaire d'État au Travail :

Pour commencer, nous accueillons favorablement ces critiques. Nous travaillons toujours de façon à améliorer les conditions des travailleurs au Qatar. Mais il y a beaucoup de rapports ou d’articles de presse publiés à l’étranger qui ne sont pas exacts. Il y a de l’exagération. Le système de la kafala qui était en place au Qatar, on a commencé à le démanteler en plusieurs étapes. L’autorisation de l’employeur pour quitter le territoire, elle a été annulée. L’autorisation écrite de l’employeur pour changer de travail, elle a été abolit. On est aussi le premier pays du Golfe à avoir instauré un salaire minimum. Et il y a 300 000 travailleurs qui en ont bénéficié, de toutes nationalités. On a créé un fond de compensation si les employés ne sont pas payés. Je vous assure en toute transparence que peut-être que la Coupe du monde a accéléré la mise en place de certaines lois mais ce n’était pas la seule motivation. Ce sont des lois qui ne seront pas annulées, qui vont rester. Nous sommes heureux de recevoir la Coupe du monde, mais le Qatar, ce n’est pas le pays parfait. Il y a des défis et des difficultés pour appliquer certaines législations récentes. Mais on travaille en coopération avec nos partenaires pour mettre en œuvre ces réformes.

43 min

Dans l'un des immenses centres commerciaux construits ces dernières années à Doha, on trouve tous les magasins, toutes les marques, toutes les chaines internationales, de restaurants ou cafés. A l'image du pays, on trouve aussi toutes les nationalités. Sur 2,7 millions d'habitants, 2,3 millions sont des étrangers venus au Qatar pour travailler.

Je m’appelle Anna, je viens des Philippines. J’ai 38 ans. Je suis arrivée ici il y a bientôt trois ans. Je peux vous assurer que mon salaire ici est plus élevé que dans mon pays. On suit la loi qatarienne, des journées de huit heures. On a un jour de congé par semaine. Le Qatar, c’est bien. J’aime la culture et le mélange de tous ces gens autour.

Je m’appelle Yacine, je suis du Maroc. J'ai 30 ans. Je suis arrivé en 2011, j’ai trouvé un travail de magasinier, très très bas. Tout va bien aujourd’hui, je suis vendeur de parfum. J’ai un bon salaire, entre 6 et 8 000 ryals. C’est un gros salaire au Maroc ! Ce que j’ai fait ces dix dernières années ici, si j’avais passé cinquante ans au Maroc, je ne l’aurais pas fait. Donc bien sûr, je suis heureux.

Des conditions de travail encore incertaines

Si les choses se sont améliorées ces dernières années sur le marché du travail, les salaires dans la construction ou les services restent très bas et les dérives sont loin d’avoir disparu. A l’instar de ce ressortissant kenyan, employé dans un centre commercial. Il est logé avec d’autres employés à plusieurs kilomètres de Doha, dans des conditions « désastreuses » et « surveillé par un superviseur ». Il témoigne de manière anonyme par crainte de « problèmes » avec son employeur ou les autorités du Qatar qui n’aiment pas la mauvaise publicité.

Je vais retrouver un Kenyan, qui travaille dans un centre commercial. Il est logé à plusieurs kilomètres de Doha, avec d’autres employés. Dans des conditions désastreuses et surveillé, m’a-t-il dit, par une espèce de superviseur. Il m’a demandé de venir le ramasser discrètement en voiture, parce qu’il a peur d’avoir des problèmes si on le voit parler à un journaliste. Problèmes avec son employeur ou avec les autorités du Qatar qui n’aiment pas la mauvaise publicité.

On a payé une agence au Kenya, pour obtenir un travail au Qatar, avec un salaire. Mais on a travaillé pendant trois mois, et on n’a pas reçu de salaire. On s’est plaint au tribunal du travail, ils nous ont dit qu’ils allaient s’en occuper. Après six mois, toujours pas de salaire. On est retourné voir le tribunal. Ils nous ont dit "aller voir votre ambassade". L’ambassade nous a dit "retournez voir le tribunal ". On est retourné voir le tribunal. Ils nous ont dit d’aller voir les organisations de droits de l’homme.

C’est comme s’ils jouent à un jeu qu’on ne comprend pas, parce qu’on est juste venu au Qatar pour travailler, pour nos familles. En plus, on est obligé par la compagnie d’aller travailler tous les jours. Si on refuse d’aller travailler, ils disent qu’ils vont appeler la police pour nous embarquer. On commence le matin, vers 5h et on termine le soir, autour de 22h. Certains dorment sur des lits - s’ils en ont un- mais d’autres dorment par terre. Ces habits qu’on porte, on ne peut pas les laver pendant deux, trois jours. Et la compagnie a décidé de prendre tous nos papiers d’identité. Même la nourriture, ça ne suffit pas.

Ils disent que c’est le pays le plus riche, mais je te promets, y’a pas de droits de l’homme. On souffre ici. Les indiens souffrent, les népalais, les africains. S’ils pouvaient nous payer nos salaires, comme prévu par nos contrats, j’apprécierai et je pourrai rentrer chez moi.

Un ouvrier casse la croûte. Derrière Doha, immense chantier depuis 20 ans.
Un ouvrier casse la croûte. Derrière Doha, immense chantier depuis 20 ans.
© Radio France - Aurélien Colly

Max Tunon dirige le Bureau de l'Organisation Internationale du Travail à Doha, au Qatar :

C’est l’un des problèmes auquel on fait face : quand un travailleur dépose une plainte, le temps qu’il faut pour qu’elle soit reçue est trop long. Le bureau a été ouvert en 2018, il y a presque quatre ans. Cela a commencé en 2014, après une plainte déposée par des organisations syndicales internationales contre le gouvernement du Qatar, pour non-respect des standards internationaux sur le travail et sur les inspections. En 2017, il a été décidé de lancer des discussions sur un programme de travail et d’ouvrir un bureau au Qatar pour mettre en œuvre ce programme. La plainte a été retirée. C’était un signe du gouvernement du Qatar qu’il était prêt à commencer à coopérer avec l’OIT pour traiter le problème.

En 2022, on aimerait vraiment voir la mise en œuvre complète de la réforme du système de kafala. Il y a encore trop d’obstacles que les employés rencontrent quand ils veulent changer d’employeurs. Des employeurs font des représailles, confisquent les papiers, menacent d’expulsion. On cherche aussi la manière d’être plus efficace sur les salaires non-payés. Par exemple, les tribunaux du travail, créés en 2018, ne sont pas parfaits… Mais je pense qu’on peut quand même souligner le progrès qu’ils représentent. Introduire ces améliorations prend du temps. Mais aujourd’hui, ces infrastructures sont en place, même si bien sûr il y a besoin d’accélérer, de s’assurer que ces institutions peuvent devenir plus efficaces dans un future proche.

Moushereb : là où la ville de Doha est née

Il y a le quartier de Losail, avec son stade pour la finale de la Coupe du Monde. Il y a aussi celui de Pearl, construit sur une île artificielle avec ses immeubles résidentiels pour expatriés fortunés. Il y a encore celui de West Bay pour les affaires, avec ces dizaines de tours en verre qui accueillent les ministères, les ambassades, les multinationales, notamment les grands groupes qui participent à l’exploitation du gaz qui a fait du Qatar l’un des pays les plus riches du monde. Ces nouveaux quartiers sont sortis de terre ces vingt dernières années, comme le métro de Doha qui les connecte : quarante stations, 75 km de voie, entièrement automatique. Le Qatar a dépensé trois milliards de dollars pour ce bijou technologique. Une myriade de sociétés ont participé à sa construction, notamment le français Vinci. Les rames sont japonaises. L’exploitation a été confiée à la RATP et Keolis. Les trois lignes du métro se rencontrent toute dans le centre-ville de Doha, le quartier de Moushereb.

Situé en bord de la mer, c’est là que la ville de Doha est née, que les tribus bédouines venaient l’été, que la pêche et le commerce des huitres perlières ont fleuri au XIXe siècle, que l’Anglo-Persian Oil Company a ouvert son premier bureau pour exploiter le pétrole en 1954, que l’électricité est arrivée au Qatar dans les années 50. C’est le quartier historique de Doha, que les autorités ont décidé de réhabiliter entièrement.

Michahal Abdallah, travaille au département marketing de Moushereb Property, le promoteur du nouveau centre-ville de Doha, que l’on appelle Moushereb :

L’idée avec cette reconstruction du quartier est de maintenir l’héritage et l’âme de nos grands-pères. Donc tout le design du quartier s’inspire de l’environnement du Qatar. Quand vous regardez un bâtiment, vous pouvez voir qu’il est moderne, mais il y a toujours une touche du passé. La plupart des immeubles sont tournés vers le Nord et ne bloquent pas le vent. Et chaque immeuble fait aussi de l’ombre aux autres. Donc quelque soit l’endroit où vous marchez dans le quartier de Moushereb, vous trouvez de l’ombre. Et vous trouverez aussi de l’air, parce que rien ne bloque le vent qui vient directement de la mer, du nord. vous restez au frais presque toute l’année.

On a aussi plus de 138 magasins qui ont ouvert avant la Coupe du Monde. Notre participation à la Coupe du Monde signifie l'accueil de plus de 2 500 personnes, les médias non-officiels, de la FIFA, dans ce quartier de Moushereb. Je me souviens de Moushereb. Ma famille m’y emmenait il y a très longtemps. Pour le ramadan, on avait l’habitude d’acheter des bonbons, il y avait beaucoup de restaurants, de magasins ici, à Moushereb. Cela montre aussi qu’on peut accueillir le monde entier, mais aussi partager un peu de notre culture avec le public, avec les visiteurs.

Nouveau Qatar culturel : deux pièces maîtresses des architectes Pei et  Nouvel

Dans ce nouveau centre-ville, l’ancien souk qui avait disparu a aussi été reconstruit. Un vrai-faux souk que les qatariens, les expatriés et les touristes adorent pour ses boutiques et ses restaurants du monde entier. Les autorités du Qatar ont également pris soin de réhabiliter quatre maisons traditionnelles qui racontent l’histoire de Doha et du Qatar : celle d’une famille traditionnelle qatarienne, celle d’un marchand d’esclaves, le siège de la première société pétrolière et la maison aussi du fils du fondateur du Qatar, dont descend la famille régnante des Al Thani. Pièce maitresses enfin de ce nouveau centre-ville, de ce nouveau "Qatar culturel", le musée d’Art islamique qui trône dans la baie de Doha et qui a  été dessiné par l’architecte Pei, et le musée national du Qatar en forme de rose des sables, installé sur la corniche et signé du Français Jean Nouvel.

Musée National du Qatar dessiné par Jean Nouvel.
Musée National du Qatar dessiné par Jean Nouvel.
© Radio France - Aurélien Colly

Younès Yahbi, Tunisien, 70 ans :

Je suis arrivé au Qatar le mardi 2 octobre 1990. Il y avait deux feux rouges. Cela ressemblait à un bourg, un gros village, où l'on se connaissait facilement, même si on ne se connait pas, on se salue. Maintenant, c'est devenu une ville comme les grandes villes du monde. Malheureusement. Il y a beaucoup d'anonymat qui commence à peser sur cette ville de Doha. Elle s'agrandit, elle monte très haut les gratte-ciel. Elle s'élargit et s'éparpille. C'était une évolution inévitable. Vous voyez, il y a une grande concurrence entre les pays du Golfe. Alors Doha veut devenir comme Abou Dhabi, comme Dubaï. Doha ne peut pas rester à l’écart dans un Golfe qui évolue, qui monte.

Comme pour la Coupe du monde de football, le Qatar a dépensé des millions de dollars ces dernières années pour exister dans la culture, au sens large. De l’argent dépensé au Qatar mais aussi à l’extérieur, pour bâtir des réseaux, de l’influence et de la légitimité internationale, grâce à des partenariats, du mécénat et des investissements. C’est particulièrement le cas en France, où le Qatar a racheté des hôtels, où il est entré au capital de grands groupes de luxe (LVMH), où il a investi dans les médias (Lagardère) et dans le sport (PSG). Depuis la présidence Sarkozy le Qatar fait ses courses en France, mais il le lui rend bien. Les entreprises et les marques françaises sont partout au Qatar, de Total pour le gaz liquéfié, à la RATP pour le métro, en passant par Dassault pour l’armement, Carrefour, Monoprix ou Le Nôtre pour l’alimentation. Il y a aussi l’école de commerce HEC qui est installée à Doha depuis douze ans, avec les meilleurs universités américaines que le Qatar a convaincu de venir s‘installer sur place : Virginia, George Town, Texas AM, Carnegie Mellon… Alors qu’il y avait une seule université au Qatar en 2000, il y en a huit aujourd’hui. Quatre mille étudiants y sont inscris, des Qatariens autant que des étrangers.

Dr Pablo Martin De Hollan, doyen de "HEC Paris in Qatar" :

Le Qatar voulait HEC Paris, parce que cela fait vingt-cinq ans qu’ils accueillent des universités étrangers. L’idée d’avoir de l’excellence au Qatar date. C’était une évolution logique pour HEC parce qu’ils n’avaient pas de Business school. C’est un pays qui se développe qui a besoin de ressources humaines. Les hommes trouvent, les femmes aussi. Le Qatar gagne aussi de l’influence.

Campus fondation, avec ses universités de prestige.
Campus fondation, avec ses universités de prestige.
© Radio France - Aurélien Colly

Depuis la fin des années 90, le Qatar investit sa rente gazière dans le sport, les musées, les universités, les médias. Cette frénésie de dépense lui a permis de se développer, de se diversifier, de s’ouvrir au monde mais aussi d’exister, de bâtir des réseaux, de peser politiquement. Tout ça pour compenser ses faiblesses : le Qatar est un nain militaire et géographique, isolé entre de deux poids lourds et rivaux de la région : l’Arabie saoudite et l’Iran. Pour sa stabilité, sa sécurité, le Qatar a donc misé sur l’occident - base militaire américaine sur son territoire, achat de rafales français, liens économiques et politiques. Il a aussi misé sur le pouvoir religieux pour développer son influence en soutenant l’islam politique, plus précisément les frères musulmans. Un choix plus ou moins assumé par le Qatar, qui en fait tantôt un allié sulfureux comme en Libye lors de la chute de Kadhafi, tantôt un allié bien utile comme en Afghanistan, où le Qatar est devenu l’intermédiaire entre occidentaux et talibans.

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Entretien avec Louloua Al Khater - Vice-ministre des Affaires étrangères : 

Que fait le Qatar en Afghanistan ?

En Afghanistan, nous jouons un rôle de médiation entre les autorités de facto, c’est-à-dire les talibans et la communauté internationale et plus précisément les États-Unis. Nous vivons dans une région qui traverse de nombreuses crises. Nous sommes géopolitiquement un petit État entouré de grandes puissances. Parlez à tout le monde est très important pour nous. Si nous ne nous positionnons pas comme médiateur, nous pourrions être coincés entre ces pouvoirs. Regardez notre voisin, le Koweït, qui dans les années 1990 a été soudainement envahi. Et c'est pourquoi nous pensons que faire partie de la scène géopolitique n'est vraiment pas une option. Nous essayons d'anticiper les crises avant qu'elles ne viennent à nous. Nous essayons de nous positionner dans un espace neutre. C'est pourquoi nous avons commencé à jouer beaucoup ce rôle de médiation.

"Parlez à tout le monde" d’accord, mais les talibans, ce n’est pas n’importe qui ? Ils ont accueilli Oussama ben Laden, Al-Qaïda, un groupe terroriste.

Pour l'extrémisme, c’est très clair. Nous ne soutenons pas cela. En fait, tout ce que nous faisons en tant qu'État du Qatar va à l'encontre de cela. Prenez notre programme d'éducation. Toutes les universités américaines que nous avons. Je veux dire, regardez la position des femmes ici au Qatar. Il y a donc une frontière entre l'extrémisme et les personnes qui expriment des opinions conservatrices. Nous ne soutenons pas nécessairement cela. Mais cela ne veut pas dire que nous les excluons. Nous poursuivons donc le dialogue avec ceux qui sont plus conservateurs. S'il s'agit d'extrémistes violents, cela devient une autre question.

On vous reproche d’avoir un double agenda… de soutenir, de financer des organisations extrémistes, affiliés à des courants radicaux… islamistes… en particulier les Frères Musulmans.

Qu'on le veuille ou non, depuis les années 1979, le monde assiste à la recherche de la religion dans la sphère publique. On ne peut donc pas exclure des gens et en fait, mon avis est que la meilleure façon de démocratiser les mouvements islamiques est de les inclure dans le processus. C'est aussi une façon de rationaliser le discours islamique en général.

Références

L'équipe

Tara Schlegel
Production
Annie Brault
Réalisation
Caroline Bennetot
Collaboration
Aurélien Colly
Journaliste