Un enfant de onze ans sur deux est déjà présent sur les réseaux sociaux, selon l'association Génération Numérique.
Un enfant de onze ans sur deux est déjà présent sur les réseaux sociaux, selon l'association Génération Numérique. ©Getty - Maskot
Un enfant de onze ans sur deux est déjà présent sur les réseaux sociaux, selon l'association Génération Numérique. ©Getty - Maskot
Un enfant de onze ans sur deux est déjà présent sur les réseaux sociaux, selon l'association Génération Numérique. ©Getty - Maskot
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Cyberharcèlement, dévalorisation de l’image de soi, addiction… Cela fait des années que des spécialistes alertent sur les dangers potentiels des réseaux sociaux. Aujourd'hui, certains réclament une véritable régulation, quitte à interdire totalement leur accès aux plus jeunes.

Avec
  • Axelle Desaint spécialiste de l’éducation au numérique, coordinatrice du programme "Internet sans crainte"
  • Jocelyn Lachance socio-anthropologue de l'adolescence, maître de conférences à l’Université de Pau, membre de l’Observatoire Jeunes et Société du Québec, spécialiste des nouveaux usages numériques

«#Anti2010 ». C'est le mot-dièse qui a fleuri sur les réseaux sociaux à la rentrée dernière. Être né cette année-là suffisait à déclencher moqueries et attaques virtuelles en tout genre, de la part des générations précédentes. Face au phénomène, le ministre de l'Education en personne s'en est mêlé, en lançant son propre hashtag : « Bienvenue aux 2010 ».

Les élèves de 6e n’ont pourtant – officiellement – rien à faire sur les réseaux sociaux : la loi française n’autorise leur fréquentation qu’à partir de 13 ans. Entre 13 et 15 ans, ils doivent avoir l'autorisation de leurs parents. Une disposition votée dans le cadre de la loi relative à la protection des données personnelles (la RGPD).

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Mais grâce notamment aux smartphones, offerts en moyenne dès 9 ans, Tik Tok, Snapchat et Instagram ont largement conquis les plus jeunes :  A en croire un sondage commandé par l’association « Génération numérique », 63% des enfants de 11-12 ans ont au moins un compte sur un réseau social. Le succès est tel que Facebook a décidé de s’adresser directement à cette nouvelle cible avec Instagram Kids, dédié aux moins de 13 ans.

Mais le projet est provisoirement suspendu, mis à mal par les révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen : selon elle, Facebook aurait pleinement conscience des risques pour la santé mentale d’adolescentes déjà complexées. De "fausses accusations", répond le PDG de Facebook France.

Dévalorisation de l’image de soi, cyber-harcèlement, addiction… Le débat public sur les dangers potentiels des réseaux sociaux pour les plus jeunes est relancé et certains intellectuels réclament même une interdiction pour les mineurs de moins de 16 ans.

55 min

Interdire pour prévenir ? On connaît finalement peu de chose, des risques à long terme que peuvent avoir sur la santé mentale des plus jeunes. Les études sont rares en France, elles posent de gros problèmes méthodologiques : comment récolter les données issus du téléphones des enfants ? Comment faire la différence entre ceux qui utilisent ces applications passivement et ceux qui y postent du contenu ? Ou même plus simplement, comment étudier sur le long terme des pratiques qui évoluent si vite ?

Pour tenter de comprendre tout cela, il faut se rendre dans les locaux de la faculté de psychologie de Bordeaux où l’on mène actuellement l’étude Cyberlife : un projet lancé l’année dernière dont le but est d’étudier durant trois ans, les effets des réseaux sociaux sur la santé de plusieurs milliers de collégiens de Gironde.

La faculté de psychologie de l'université de Bordeaux où l'on mène l'étude Cyberlife.
La faculté de psychologie de l'université de Bordeaux où l'on mène l'étude Cyberlife.
© Radio France - Damien Mestre
Mathilde Husky, à l'origine du projet Cyberlife.
Mathilde Husky, à l'origine du projet Cyberlife.
© Radio France - Damien Mestre

Nous étudions les collégiens pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il semblerait qu'entre la sixième et la troisième, l'implication dans le harcèlement traditionnel diminuerait avec le temps... En revanche sur cette même période se développerait le cyberharcèlement. Par ailleurs, cette période est aussi celle de la puberté, du corps qui se transforme — mais également celle où apparaissent les premières addictions et les conduites à risque.

Au delà de l'interdiction, quelles solutions appliquer pour rendre moins hostile ces réseaux sociaux ? Comment faire la part des choses entre un usage bénéfique et une utilisation toxique ? Modérer davantage encore les commentaires ? Supprimer les likes ? Imposer un nombre maximal d'abonnés pour les mineurs ? Autant de questions abordées par les créateurs de contenus eux-mêmes, à l'image de Athena Sol, une professeur de français de 29 ans qui partage des vidéos sur sa vie, son métier, ses passions et son engagement en faveur des droits LGBT+.

Athena Sol, professeur de français et tiktokeuse, chez elle dans son appartement à Bordeaux.
Athena Sol, professeur de français et tiktokeuse, chez elle dans son appartement à Bordeaux.
© Radio France - Damien Mestre

Toutes les dérives sur les réseaux sociaux sont bien réelles. Mais derrière cela, il faut aussi prendre en compte le fait que des adolescents parfois mal dans leur peau, parce exemple ceux qui sont harcelés au collège parce qu'ils sont homosexuels, vont pouvoir trouver sur les réseaux sociaux des gens qui leur ressemblent. Cela apporte un petit havre de paix. Il y a donc vraiment plein de choses très chouettes en terme de contenu sur TikTok. Là où c'est généralement problématique c'est quand cela concerne les commentaires en ligne... Plus on est clivant et provocateur et plus on a des _likes : c_ela pousse les plus jeunes à dire des choses parfois très dures . S'exprimer sur les réseaux sociaux c'est bien, pouvoir le faire en pleine conscience c'est mieux. Et c'est vrai qu'à treize ans on n'est pas forcément en mesure de le faire.

Toutes ces questions, les plateformes elles-mêmes se les posent. Facebook, par exemple, développe actuellement une intelligence artificielle capable de repérer les enfants qui trichent sur leur âge lors de l’inscription. L’entreprise assure avoir supprimé plus de 600 000 comptes, de mineurs de moins de 13 ans, rien que durant les trois derniers mois sur son application Instagram. Une campagne de lutte contre le cyberharcèlement vient également d’être lancée. L’enjeu est énorme pour ces plateformes… Leur image et donc leur rentabilité économique à long terme, passe aussi par le bien être des adolescents qui les utilisent chaque jour.

Rediffusion de l'émission du 22 octobre 2021

L'équipe

Aurélie Kieffer
Aurélie Kieffer
Aurélie Kieffer
Production
Riyad Cairat
Réalisation
Damien Mestre
Journaliste