Militants du BJP se photographiant avec un masque de Modi, lors d'un meeting du Premier Ministre. Meerut en Uttar Pradesh, 28/04/19
Militants du BJP se photographiant avec un masque de Modi, lors d'un meeting du Premier Ministre. Meerut en Uttar Pradesh, 28/04/19
Militants du BJP se photographiant avec un masque de Modi, lors d'un meeting du Premier Ministre. Meerut en Uttar Pradesh, 28/04/19 ©AFP - STR
Militants du BJP se photographiant avec un masque de Modi, lors d'un meeting du Premier Ministre. Meerut en Uttar Pradesh, 28/04/19 ©AFP - STR
Militants du BJP se photographiant avec un masque de Modi, lors d'un meeting du Premier Ministre. Meerut en Uttar Pradesh, 28/04/19 ©AFP - STR
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Résumé

Assassinats ciblés, emprisonnement sans motifs, émeutes inter-religieuses : en Uttar Pradesh, le nouveau pouvoir nationaliste hindou ose des recettes politiques pour le moins violentes. Mais l'opposition s'organise pour tenter de le contrer, dans l'optique des élections générales.

avec :

Christophe Jaffrelot (Directeur de recherche au CERI-Sciences Po/CNRS et co-directeur de l'Observatoire franco-allemand de l'Indo-Pacifique).

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Près de 900 millions d’électeurs sont appelés aux urnes et plus de 8 000 candidats se présentent ! La plus grande démocratie du monde élit ses députés. Renouveler la Chambre basse du Parlement indien est un défi logistique, et le scrutin qui s’est ouvert le 11 avril ne s’achèvera que le 19 mai.

Pour le Premier ministre Narendra Modi, l’enjeu est capital : au pouvoir depuis 5 ans, il convoite un deuxième mandat. Or il a reçu un signal inquiétant en décembre : son parti, le BJP, a perdu dans trois Etats : Rajasthan, Madhya Pradesh et Chhattisgarh.

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Aujourd’hui, les regards se tournent vers un autre Etat clé : l’Uttar Pradesh - Etat le plus peuplé du pays, plus de 200 millions d'habitants, autant qu'au Brésil. C'est logiquement lui qui envoie le plus de députés à la Lok Sabha à Delhi : 80 sur 544. Le vote des électeurs d'Uttar Pradesh est donc susceptible de faire basculer la majorité. 

Aux dernières élections générales, en 2014, le BJP avait gagné la quasi totalité des sièges dans cet Etat et il y a deux ans, le parti nationaliste hindou a fait son grand retour au pouvoir en Uttar Pradesh, raflant 80% des sièges de l'Assemblée régionale. Depuis, le BJP a nommé à la tête du gouvernement à Lucknow, une personnalité pour le moins controversée : un moine-soldat extrémiste, Yogi Adityanath. 

Le moine Yogi Adityanath, chef du gouvernement d'Uttar Pradesh , lors d'un meeting électoral du BJP, le 26/03/19
Le moine Yogi Adityanath, chef du gouvernement d'Uttar Pradesh , lors d'un meeting électoral du BJP, le 26/03/19
© AFP - SAM PANTHAKY

Yogi Adityanath est d'abord un religieux : il a succédé à son guru à la tête du monastère de Gorakhpur et de la secte des Naths dans les années 90. Mais il a aussi remporté six fois le siège de député, dans la circonscription de Gorakhpur sous l'étiquette du BJP. Et il a fondé, dès cette époque, une milice nationaliste baptisée la Hindu Yuva Vahini - la brigade des jeunesses hindoues - qui a pris pour cible les musulmans, les chrétiens, les mariages inter-religieux et les consommateurs de viande bovine. Malgré les violences qui sont attribuées à sa milice et malgré les quinze poursuites judiciaires que le précédent gouvernement d'Uttar Pradesh a lancé contre lui, Yogi Adityanath a été choisi en 2017 pour diriger cet Etat, le plus peuplé de toute l'Inde. De fait, l'Uttar Pradesh est donc devenu un laboratoire des pratiques nationalistes hindoues extrémistes. 

Dans ces élections générales, les deux grands partis régionaux de l'opposition semblent décidés à contrer les nationalistes hindous. Ils se sont alliés pour la première fois depuis 1993 en vue de ces législatives.  Rivaux depuis 25 ans, le SP - le parti socialiste d'Akilesh Yadav - et le BSP le parti de la leader intouchable Mawati vont présenter un candidat unique dans chaque circonscription face au BJP. 

Maywati (à gche) la leader dalit du BSP et Akilesh Ydav (à dte) le patron du parti socialiste, annoncent leur alliance électorale à Lucknow, le 12 janvier 2019.
Maywati (à gche) la leader dalit du BSP et Akilesh Ydav (à dte) le patron du parti socialiste, annoncent leur alliance électorale à Lucknow, le 12 janvier 2019.
© AFP - STR

Ces deux partis sont assis sur des bases électorales fortes : le Samajwadi Party- le parti socialiste d'Akilesh Yadav - s'appuie sur les basses castes (qui représentent au moins 44% de la population d'Uttar Pradesh) et plus particulière sur la caste des Yadav (traditionnellement les éleveurs de bovins environ 9% de la population)- auxquels s'ajoutent souvent d'autres électeurs de basse caste et de la communauté musulmane (environ 18% des habitants d'Uttar Pradesh). 

Le BSP, le Bahujan Samaj Party, de Mayawati fédère le vote des intouchables (21% de la population) et d'autres électeurs de basse caste. Cette alliance inédite a donc pour vocation d'entraver le succès du BJP en Uttar Pradesh, mais un troisième acteur essentiel dans le jeu électoral indien n'a pas été convié à en faire partie. Il s'agit du parti du Congrès de Sonia, Rahul et Prinka Gandhi, qui ne peut pas faire l'impasse sur l'Uttar Pradesh. Un Etat qu'il a dirigé pratiquement sans discontinuer jusqu'aux années 90 et qui est le fief historique de la famille Nehru-Gandhi.

Le chercheur en sciences politiques et professeur à l'université d'Ashoka , Gilles Vernier résume les enjeux de la bataille électorale en cours.

Une élection va coûter plusieurs dizaines de millions d'euros par candidat, l'Inde se situe juste derrière les Etats-Unis en terme de coût.

6 min

Rahul Gandhi (en blanc), le président du parti du Congrès fait campagne avec sa soeur Prinaka (en rouge) dans sa circonscription à Amethi, Uttar Pradesh 10/03/19
Rahul Gandhi (en blanc), le président du parti du Congrès fait campagne avec sa soeur Prinaka (en rouge) dans sa circonscription à Amethi, Uttar Pradesh 10/03/19
© AFP - SANKAY KANOJIA
Références

L'équipe

Aurélie Kieffer
Production
Annie Brault
Réalisation
Éric Chaverou
Collaboration
Mathilde Valan
Journaliste