200e anniversaire de Marx à Trèves
200e anniversaire de Marx à Trèves
200e anniversaire de Marx à Trèves ©AFP - Thomas Frey
200e anniversaire de Marx à Trèves ©AFP - Thomas Frey
200e anniversaire de Marx à Trèves ©AFP - Thomas Frey
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Résumé

Pour les uns, il était le grand prophète. Pour les autres, il incarnait le mal absolu. Durant tout le XXe siècle, Marx et sa pensée sont déformés, caricaturés, puis oubliés pour devenir méconnaissables.Traversée d'un siècle de marxismes sans Marx. Une série de Christine Lecerf et Franck Lilin.

avec :

Alix Bouffard (doctorante en philosophie), Frank Hirschmann (historien), Eberhard Illner (historien), Pierre Bergounioux (écrivain), Gareth Stedman Jones (historien), Christian Jansen (historien), Gerald Hubmann (directeur de l'édition complète des oeuvres de Marx et Engels), Michelle Perrot (historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot.), Lucien Sève (philosophe), Götz Langkau (chercheur, International Institute of Social History, Amsterdam), Ingo Schulze (Ecrivain), Beatrix Bouvier (historienne), Isabelle Garo (philosophe, enseignante en classes préparatoires), Manfred Flügge (essayiste, auteur de 'Je me souviens de Berlin' (Grüntal).), Jacques Paparo (archiviste), Jürgen Herres (historien), Richard Leukefeld (libraire), Rolf Hecker (économiste), Michael Sanders (professeur de littérature du XIXe siècle, University of Manchester), Michael Krätke (économiste), Michel Husson (économiste à l'IRES, membre du conseil scientifique d'Attac et de la Fondation Copernic), Monique Van der Pal (archiviste), Pauline Clochec (maîtresse de conférences en philosophie), Jacques Attali (économiste et écrivain), Jean-Numa Ducange (Maître de conférences en histoire politique et sociale des XIXe et XXe siècles en Europe à l’université de Rouen), Johann Chapoutot (Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne - Paris IV).

En savoir plus

Qui est Marx ? Comment s’en approcher sans se heurter à ce que le XXe siècle a fait de sa vie et de son œuvre ? Des statues de bronze, des manuels idéologiques et des slogans sur des drapeaux. Chercher Marx, c’est d'abord traverser le champ de ruines laissé par tous les régimes communistes qui se sont réclamés de lui. Et c’est aussi ajouter son nom à la liste de tous ceux dont la mémoire a été saccagée par le nazisme. Chercher Marx au XXe siècle, c’est constater son absence dans un siècle qui l’a totalement trahi.

Affiche de propagande soviétique, Marx, Engels, Lénine, Staline, 1953
Affiche de propagande soviétique, Marx, Engels, Lénine, Staline, 1953
© Getty - Apic

Le stalinisme a été l'un des processus politiques les plus effroyables du 20ème siècle. Que cela se soit fait au nom de Marx, c'est un fait.                                                                                      
(Jean-Numa Ducange, historien)

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Le massacre fondamental que Staline a fait de Marx ? Ça s'appelle “Matérialisme dialectique et matérialisme historique”. Un tripatouillage insensé de la pensée de Marx.              
(Lucien Sève, philosophe)

L’œuvre de Marx gît elle aussi sous les décombres du XXe siècle. Pendant très longtemps, Marx n’a pas été lu dans son texte original. Versions tronquées, textes manipulés, éditions arrangées sont imprimés en masse à des fins idéologiques. Marx devient le théoricien dogmatique d’une œuvre politico-économique à laquelle on dénie toute dimension philosophique. L'auteur d'une œuvre qui n’est pas la sienne.

Facsimilé d’une page de l’Ideologie allemande de Marx et Engels © IISG Amsterdam
Facsimilé d’une page de l’Ideologie allemande de Marx et Engels © IISG Amsterdam
© Radio France - Christine Lecerf

Marx et Engels avaient choisi de ne pas publier les manuscrits de l’Idéologie Allemande. C’est une construction du XXe siècle, une pure fiction.              
(Gerald Hubmann, directeur scientifique de l’édition des œuvres complètes de Marx et Engels, MEGA)

Quelle place avait Marx chez celles et ceux qui l'ont découvert au XXe siècle ? Historiens, philosophes et écrivains racontent leur première rencontre avec  Marx. Qu’ils aient grandi dans la France d’après-guerre ou dans l’Allemagne divisée, tous se souviennent d’une expérience profondément marquée par l’Histoire : la guerre des blocs durant la guerre froide, l’effervescence partagée du printemps 1968, l’effondrement du socialisme réel après la chute du mur.
Marx est lu mais reste toujours un inconnu.

Buste de Karl Marx
Buste de Karl Marx
© Getty - Alexander Demianchuk

Après 1989, on a complètement fait table rase de tout l’univers de Marx. J’ai moi-même succombé à cette vague générale d’oubli, à cet endormissement collectif. (Ingo Schulze, écrivain)

En Allemagne de l’Ouest, on nous apprenait qu’il y avait deux Marx. Le bon, c’était le jeune Marx philosophe. Le mauvais, c’était le Marx économiste. Celui qui appartenait à l’Est et qui voulait abolir le capitalisme.              
(Beatrix Bouvier, historienne)                                                                                      

En 1989, dans les pays de l’ex-bloc communiste, on déboulonne les statues de Marx. A l’Ouest, Marx est jeté aux oubliettes en même temps que le marxisme jugé fautif et dépassé. Depuis plusieurs décennies, la progression inexorable du capitalisme tend à normaliser Marx, à en faire une marchandise. Même à Trèves, dans sa ville natale où il était persona non grata depuis 150 ans, Marx est désormais partout, sur les tee-shirts, les paillassons et même sur les feux tricolores !

Trèves, 2020
Trèves, 2020
© Radio France - Christine Lecerf

Aujourd’hui, Marx est partout, jusque sur les feux tricolores. Un Marx rouge pour s’arrêter. Un Marx vert pour avancer.              
(Richard Leukefeld, libraire à Trèves)

Archives :
Daniel Bensaïd, 2009
Maurice Thorez, Ina, 1936
Joseph Goebbels, Ina, 1933
Trèves, SWR, 1968
Louis Althusser, Ina, 1968

Voix : Catherine Baugué, Gabriel Dufay, Laurent Lederer, Mohamed Rouabhi et Andrea Schieffer

Traductions : Lou Héliot

Documentation : Maria Contreras, Romain Couturier

INA : Clary Monaque

Remerciements : Anne Longuet-Marx et le Goethe Institut de Paris

Prise de son : Olivia Branger et Alain Joubert

Mixage : Claude Niort