Les Prix Nobel de la Paix, Dalaï-lama (1989) et Rigoberta Menchu (1992), assistent à la cérémonie du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme à la maison de l'Unesco le 8 décembre 1998 à Paris, France.
Les Prix Nobel de la Paix, Dalaï-lama (1989) et Rigoberta Menchu (1992), assistent à la cérémonie du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme à la maison de l'Unesco le 8 décembre 1998 à Paris, France.
Les Prix Nobel de la Paix, Dalaï-lama (1989) et Rigoberta Menchu (1992), assistent à la cérémonie du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme à la maison de l'Unesco le 8 décembre 1998 à Paris, France.  ©Getty - Jean-Pierre Rey
Les Prix Nobel de la Paix, Dalaï-lama (1989) et Rigoberta Menchu (1992), assistent à la cérémonie du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme à la maison de l'Unesco le 8 décembre 1998 à Paris, France. ©Getty - Jean-Pierre Rey
Les Prix Nobel de la Paix, Dalaï-lama (1989) et Rigoberta Menchu (1992), assistent à la cérémonie du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme à la maison de l'Unesco le 8 décembre 1998 à Paris, France. ©Getty - Jean-Pierre Rey
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Résumé

Gros plan sur les décisions prises par le Dalaï-lama sur la scène internationale, avec notamment le choix de l'autonomie au sein de la République Populaire de Chine en 1988, et la reconnaissance du monde pour son combat pour la non-violence, avec le Prix Nobel de la Paix en 1989.

avec :

Matthew Kapstein (Spécialiste du bouddhisme, indianiste et tibétologue américain).

En savoir plus

Après la mort de Mao Zedong en 1976, Deng Xiaoping commence à se faire connaître, avec sa politique dite de "redressement des torts", initiée dès sa prise de fonctions en décembre 1978. Il se positionne également en faveur d'un renouement du dialogue avec le Dalaï-lama. En mars 1979, l'émissaire du Dalaï-lama est ainsi reçu à Pékin. Cette visite est suivie de l'amnistie de plus de 300 émeutiers et la réhabilitation de plus de 6000 hommes placés sous surveillance militaire. Un an plus tard, en mars 1980, Hu Yaobang, Secrétaire Général du Parti Communiste chinois, fait une tournée d'inspections au Tibet. Là, il tient un forum sur le travail à Lhassa, où il fait six propositions, dont les suivantes :

  • le Tibet doit jouir d'une autonomie réelle, avec une culture tibétaine renforcée
  • exemption de redevances et de taxes pour les éleveurs tibétains
  • nécessité de passer d'une politique économique idéologique à une économie pragmatique
  • les cadres chinois doivent démissionner au profit des cadres tibétains

En savoir plus : Du « soft power » au « ruan shili » : la diplomatie culturelle selon Pékin

Malgré cette volonté d'ouverture et cet assouplissement temporaire de la politique chinoise au Tibet au début des années 1980, les choses ne se passent pas si bien, comme le souligne le XIVe Dalaï-lama Tenzin Gyatso dans son autobiographie Au loin la liberté :

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En contradiction flagrante à l'engagement pris par Hu Yaobang de retirer 80% de fonctionnaires chinois du Tibet, une nouvelle phase d'encouragement massif à l'immigration commença. Au nom du développement, 60 000 ouvriers, qualifiés ou non, furent envoyés sur place pour entamer le processus, encouragés par des primes de départ, les promesses de logement et d'emploi. Avec la liberté de déplacement nouvellement introduite en Chine, d'autres les imitèrent, appâtés par l'idée de trouver du travail. Et ce fut le début d'un afflux massif, qui se poursuit encore aujourd'hui, et qui donne parfaitement raison au dicton tibétain selon lequel "Lorsqu'on voit un Chinois, on peut être sûr que dix autres vont suivre".

Dès 1987 des troubles éclatent dans la capitale Lhassa : des moines se rebellent et réclament l’indépendance du pays, estimant que les Chinois essaient de détruire la culture tibétaine. Le Dalaï-lama les soutient. Devant la Commission de Droits de l'Homme au Congrès des États-Unis à Washington, il propose un plan en cinq points :

  • transformation de l'ensemble du Tibet en une zone de paix
  • abandon par la Chine de sa politique de transfert de population, qui met en danger l'existence des Tibétains en tant que peuple
  • respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques des Tibétains
  • restauration et protection de l'environnement naturel du Tibet
  • engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet

En savoir plus : Les diasporas chinoises

Le Dalaï-lama comprend cependant rapidement qu'il est inutile d'insister sur la question de l'indépendance du Tibet. Conscient d’être dans une impasse, il opte pour la politique de la "main tendue" et surprend tous les observateurs avec son discours au Parlement de Strasbourg en 1988 : il renonce à l’indépendance et accepte une large autonomie du Tibet au sein de la République Populaire de Chine.

Si vous prenez le temps de bien considérer la situation, vous réalisez que le Tibet est un pays qui accuse un grand retard sur le plan matériel, et nous avons besoin de changement. Ce qui nous faut, c’est beaucoup d’effort, beaucoup d’argent pour le développement. Pour cette raison, si le gouvernement chinois nous accorde une autonomie significative, une autonomie qui assure la préservation de la culture tibétaine, du bouddhisme tibétain et de l’environnement. Alors, pour ce qui est du développement matériel, nous pouvons demeurer à l’intérieur de la République Populaire de Chine. Cela nous serait d’un grand bénéfice »

Cette "voie du milieu" choisie par le Dalaï Lama divise au sein des figures contestataires tibétaines. Par ailleurs, elle semble d'emblée inacceptable pour le pouvoir chinois. On entend Matthew Kapstein expliquer que cette stratégie est loin de faire l'unanimité : 

Cette politique a fait peut-être plaisir aux occidentaux, et sûrement à personne d’autre. […] Du point de vue de la politique chinoise, c’était une proposition inacceptable. Matthew Kapstein

Un an plus tard, en 1989, le monde change : manifestations de la place Tian Anmen en juin, chute du mur de Berlin en novembre et Prix Nobel de la Paix pour le Dalaï-lama. Ce dernier récolte la reconnaissance internationale pour avoir défendu, comme Gandhi avant lui, une politique de non-violence.

Avec :

Extraits lus :

  • Au loin la liberté, Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï-lama (1990)

Extraits audio :

  • Discours du Dalaï-lama au Parlement de Strasbourg (1988)
  • The sun behind the clouds, Tenzin Sonam
Références

L'équipe

Michel Pomarède
Production
Gilles Mardirossian
Réalisation