France Culture
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@ Camille Waldschmidt, Radio France
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Statue de Thomas Sankara érigée à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso
Statue de Thomas Sankara érigée à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso
Comment Thomas Sankara est-il devenu ce bâtisseur de nations indépendantes ? Pour le savoir, il faut revenir sur ses années de formation à Madagascar où tout s'est joué, et sur sa découverte, fondamentale, de l'œuvre de Karl Marx, qui scella son destin de leader.
1h 00
Le capitaine Thomas Sankara devient Président du Burkina Faso en août 1983, après un coup d'état révolutionnaire
Le capitaine Thomas Sankara devient Président du Burkina Faso en août 1983, après un coup d'état révolutionnaire
Entre 1980 et 1983, l’Afrique connaît de vives tensions, et la Haute-Volta deux coups d'État qui vont mener Thomas Sankara au pouvoir. Plus populaire que jamais auprès de la jeunesse et du monde ouvrier de son pays, le jeune leader y libère la parole. Il y aura un avant et un après Sankara.
59 min
Des femmes burkinabées s'apprêtent à défiler le 4 août 1985, pour célébrer le deuxième anniversaire de la révolution sankarienne
Des femmes burkinabées s'apprêtent à défiler le 4 août 1985, pour célébrer le deuxième anniversaire de la révolution sankarienne
Le 4 août 1983, Thomas Sankara opère un coup d’État qui fait basculer le Burkina Faso dans une nouvelle ère. Cette prise de pouvoir s'accompagne d'un émancipation et d'une révolution féministe, écologique et institutionnelle. Ce modèle de réussite subjugue autant qu'il déstabilise.
59 min
Thomas Sankara, accompagné du Président français François Mitterrand, lors de sa visite au Burkina Faso, le 17 novembre 1986
Thomas Sankara, accompagné du Président français François Mitterrand, lors de sa visite au Burkina Faso, le 17 novembre 1986
Les discours novateurs, écologistes et anti-impérialistes de Thomas Sankara rayonnent plus que jamais et conquièrent la jeunesse africaine. Jusqu'à ce qu'en 1986, des luttes de pouvoirs, dont certaines ont partie liée à la Françafrique, rendent le climat politique à Ouagadougou délétère.
59 min
Le président Thomas Sankara le 18 novembre 1986 au Burkina Faso, quelques mois avant son assassinat, le 15 octobre 1987
Le président Thomas Sankara le 18 novembre 1986 au Burkina Faso, quelques mois avant son assassinat, le 15 octobre 1987
En 1987, l’entourage du président, comme la population burkinabé, sont lassés des discours révolutionnaires. Si certains de ses alliés se contentent de le bouder, d'autres souhaitent sa disparition. Quand Thomas Sankara est assassiné, la révolution s’arrête, mais la légende ne fait que commencer…
58 min

À propos du podcast

@ Camille Waldschmidt, Radio France
@ Camille Waldschmidt, Radio France

du 18 au 22 juillet de 9h à 10h, multidiffusion à 21h sur France Culture

Depuis son assassinat en 1987 au Burkina Faso, Thomas Sankara inspire la jeunesse, jusqu'en Europe. Héros moderne des peuples noirs, figure mythique et martyre, Sankara a transformé son pays, par une vision humaniste et révolutionnaire. Récit d'une légende, et d'une véritable épopée politique.

Le 15 octobre 1987 à Ouagadougou, le capitaine Thomas Sankara, 34 ans, président du Burkina Fasso, est assassiné avec 12 de ses compagnons. C’était il y a 35 ans et depuis, son fantôme hante l’Afrique, inspire la jeunesse jusqu’en Europe où l’on célèbre désormais le "Che Guevara africain". Sa légende a pris le pas sur celle de Nelson Mandela ou de Patrice Lumumba, de Martin Luther King ou même Malcom X, les quatre grands héros modernes des peuples noirs.

A leurs yeux, Thomas Sankara n’a pas fait que libérer un peuple. Il a construit les bases de l’Afrique du XXIe siècle et l’a payé de sa vie. En quatre années de pouvoir, Thomas Sankara a transformé son pays, que la France avait nommé Haute Volta, en modèle alternatif planétaire. Le baptisant Burkina Faso, littéralement "Le pays des hommes intègres", Thomas Sankara lui a forgé un destin en inventant un modèle de développement qui embrassait le féminisme, l’écologie, l’art et la culture, avec le refus de payer la dette, en s’affranchissant rapidement des idéologies pour s’appuyer sur une politique de la morale.

"La révolution et la libération de la femme vont de pair. Et ce n’est pas un acte de charité ou un élan d’humanisme que de parler de l’émancipation de la femme. C’est une nécessité fondamentale pour le triomphe de la révolution. Les femmes portent sur elles l’autre moitié du ciel !" Extrait du discours de Thomas Sankara, le 2 octobre 1983.

La profondeur du mythe Sankara tient dans ce paradoxe : écologie et féminisme comme principes de gouvernance ont été imaginés et mis en œuvre pour la première fois sur terre par un jeune capitaine des commandos parachutistes africains, dans le huitième pays le plus pauvre du monde.

Cette vision d’une modernité étonnante a changé le Burkina Fasso, montré à l’Afrique comment s’affranchir des rapports post-coloniaux, et en premier lieu de la Françafrique. Le mythe Sankara s’est d’autant plus installé que sa mort en a fait un martyre shakespearien. L’homme qui a donné l’ordre de tuer Sankara était son meilleur ami, son frère de combat et de révolution : Blaise Compaoré. Cette histoire est aussi forte que toutes les batailles de pouvoir de la grande Histoire, avec des enjeux politiques puissants, du machiavélisme et des ambitions inavouables, des barons noirs et des traitres.

"Nous sommes en train de vous parler et nous savons que dans cette foule, il y des gens qui voudraient bien nous fusiller actuellement." Extrait du discours de Thomas Sankara, le 26 mars 1983

Sa gueule d’ange, son verbe flamboyant, son béret rouge et son treillis militaire avec colt à la ceinture ont fait le tour du monde. Ses discours, étudiés dans les plus grandes universités, ont enflammé l’ONU, les conférences franco-africaines, les sommets des non-alignés. Reçu par les plus grands, écouté de Pékin à New York, de Moscou à Cuba, de Paris à New Dehli, il a stupéfait par sa franchise, son audace, son franc parlé, assenant leurs quatre vérités aussi bien à Mouhamad Kadhafi qu’à Felix Houphouet Boigny, à Michael Gorbatchev comme à François Mitterrand : les yeux dans les yeux et en public.

A travers l’épopée de Thomas Sankara se dévoile une histoire enfouie sous les cendres du colonialisme français, une géopolitique complexe, des logiques de pouvoir sophistiquées, une atmosphère de complot permanent. Entendre l’histoire de Thomas Sankara, c’est prendre au sérieux la politique en Afrique, en passant par la face la plus noire de l'exercice du pouvoir : les intrigues, les passions, les haines et les jalousies, tout en regardant l’horizon, vers l’utopie concrète incarnée.

Bienvenue au Burkina Fasso, là où le capitaine Sankara alluma un phare en plein désert sahélien.

Une Grande Traversée en cinq épisodes, co-signée Christophe Nick et Somany Na, et réalisée par Somany Na.

Prise de son à Paris : Mai Tran Phuong et Yann Fressy, prise de son à Ouagadougou : Eric Audra. Mixage Pierre Henri. Merci à Antoine Vuilloz de la discothèque de Radio France et à Véronique Le Falher de la bibliothèque de Radio France ainsi qu'à Parfait Bako à Ouagadougou. Coordination : Christine Bernard.

Christophe Nick, grand reporter au magazine Actuel dans les années 1980 y entamera une collaboration de trente ans avec Pierre Péan. Ensemble, ils sont notamment auteurs de documentaires et fondateurs de la société de production Yami 2, développant une ligne éditoriale récompensée par deux prix Albert-Londres.

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