Le président Thomas Sankara le 18 novembre 1986 au Burkina Faso, quelques mois avant son assassinat, le 15 octobre 1987 ©Getty - Patrick Aventurier / Gammo-Rapho
Le président Thomas Sankara le 18 novembre 1986 au Burkina Faso, quelques mois avant son assassinat, le 15 octobre 1987 ©Getty - Patrick Aventurier / Gammo-Rapho
Le président Thomas Sankara le 18 novembre 1986 au Burkina Faso, quelques mois avant son assassinat, le 15 octobre 1987 ©Getty - Patrick Aventurier / Gammo-Rapho
Publicité
Résumé

En 1987, l’entourage du président, comme la population burkinabé, sont lassés des discours révolutionnaires. Si certains de ses alliés se contentent de le bouder, d'autres souhaitent sa disparition. Quand Thomas Sankara est assassiné, la révolution s’arrête, mais la légende ne fait que commencer…

En savoir plus

En ce début 1987, Thomas Sankara est de plus en plus seul. Il voit la lassitude de la population. Il ne contrôle plus les partis révolutionnaires censés le soutenir. Les syndicats sont contre lui. À part le Ghana de Jerry Rawlins et Cuba, aucun pays non aligné n’est venu aider le Burkina Faso. Le bloc des pays socialistes le dédaigne et en France, il horripile la droite. Quant aux chefs d'État d’Afrique francophone, ils rêvent tous de le voir disparaître. Mais surtout, dans son premier cercle, il n'est plus considéré comme LA SOLUTION. Thomas Sankara va passer l'année à tenter de reprendre les choses en main. Il sait qu’une course de vitesse a commencé.

L'élément déclencheur de l’engrenage qui va conduire à l’assassinat de Thomas Sankara est à chercher du côté de la Côte d’Ivoire, le pays dominant de l’Afrique francophone d’où sont partis en 1984 et 1985 deux tentatives de renversement du régime burkinabé. Parce qu'il a très bien compris les ambitions de Blaise Compaoré, le pouvoir ivoirien a œuvré pour encanailler celui-ci, lui faire découvrir le goût du luxe et surtout attiser la haine vis-à-vis du "frère" Sankara, avec lequel Compaoré partageait tout, sauf la responsabilité suprême du pouvoir.

Publicité
58 min

Thomas Sankara décide alors d’envoyer des signes d'apaisement à la population en tentant de reprendre en main les Comités de Défense de la Révolution, les fameux CDR qui, un peu partout, abusent de leur pouvoir de façon choquante. Mais Sankara échoue lui aussi. Blaise Compaoré n’a aucun mal à convaincre les CDR que Sankara est sur le point de les lâcher. Il manœuvre en même temps les leaders politiques les plus à gauche, eux-mêmes en conflit depuis deux ans avec Sankara. Une vaste campagne de dénigrement contre Thomas Sankara débute alors dans le pays.

Les dernières heures de Thomas Sankara

Sankara sait ce que prépare Blaise Compaoré contre lui. Guy Delbrel, mandaté par François Mitterrand, lui fait savoir qu’un "turbin" est en préparation. Turbin, en langage DGSE, signifie une manipulation suffisamment habile pour que personne ne puisse savoir qui est à l’origine du mauvais coup. Trois semaines après ce message venu de l’Élysée, le 29 juillet 1987, Thomas Sankara prononce un discours à Addis-Abeba. C’est le fameux discours de la dette, où pendant quarante minutes, il fait la leçon aux chefs d’État africains. Humilier publiquement le président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny au milieu de ses pairs vaut à Thomas Sankara un regain de popularité au Burkina.

11 min

Thomas Sankara va en profiter et donner rendez-vous au peuple burkinabé le 15 octobre 1987, avec un discours annonçant un virage radical : une pause dans la révolution, la réorganisation de la vie politique, la consolidation des acquis. Blaise Compaoré comprenant que ce discours va permettre à Thomas Sankara de rebondir estime qu’il n’a plus le choix. Quelques heures avant la retransmission du discours, Compaoré envoie une équipe de tueurs assassiner le président Sankara et les douze hommes de son premier cercle.

Pendant près de 48h, personne n'a su ce qu'il s'était passé. Sa mort a été cachée assez longtemps à la majorité de la population. La révolution s’achève aussitôt. La légende commence. Il devient un phare pour la nouvelle génération...

Le bâtiment devant lequel Thomas Sankara et 12 de ses hommes ont été assassinés à Ouagadougou, au Burkina Faso
Le bâtiment devant lequel Thomas Sankara et 12 de ses hommes ont été assassinés à Ouagadougou, au Burkina Faso
© Radio France - Eric Audra

Une Grande Traversée co-produite par Christophe Nick et Somany Na, réalisée par Somany Na.
La chanson de fin, intitulée Sankara, est composée et interprétée par le musicien Patrick Kabré. Elle est tirée de l'album** Tansoba (2022).

Cinquième épisode avec :

  • Daniel Tranchant, médecin, chef des services médicaux au Burkina Faso au temps de la révolution sankarienne
  • Moussa Diallo, aide de camp de Thomas Sankara puis chef des services de renseignements de l'armée burkinabée
  • Guy Delbrel, ancien conseiller de Thomas Sankara
  • Laurent Gbagbo, ancien Président de la Côte d'Ivoire
  • Fidèle Toé, ami d'enfance et ancien ministre de la Fonction publique sous le CNR
  • Augusta Conchiglia, journaliste
  • Bruno Jaffré, historien et auteur de Thomas Sankara, la patrie ou la mort (Syllepse)
  • Michel Kouda, ministre de l'Eau sous le Conseil National de la Résistance (CNR)
  • Jean Hubert Bazié, directeur de l'information puis directeur de la publication du journal satirique L'Intrus
  • Parfait Bako, fixeur au Burkina Faso
  • Smockey, artiste musicien, rappeur burkinabé
  • Thierry Secretan, photographe et journaliste
  • Valentin Sankara, frère de Thomas Sankara

Bibliographie indicative :

Prise de son à Paris, Mai Tran Phuong et Yann Fressy, prise de son à Ouagadougou Eric Audra ; mixage : Pierre Henri. Merci à Antoine Vuilloz de la discothèque de Radio France et à Véronique Le Falher de la bibliothèque de Radio France ainsi qu'à Parfait Bako à Ouagadougou. Coordination : Christine Bernard.

En partenariat avec la plateforme BrutX

Références

L'équipe

Christophe Nick
Production
Somany Na
Réalisation
Pascaline Bonnet
Collaboration