Le niveau en orthographe reste un facteur de sélection en France
Le niveau en orthographe reste un facteur de sélection en France ©Getty - Hiob
Le niveau en orthographe reste un facteur de sélection en France ©Getty - Hiob
Le niveau en orthographe reste un facteur de sélection en France ©Getty - Hiob
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Alors que le niveau des élèves en dictée baisse et que la France stagne dans la moyenne au dernier classement PISA, nous avons voulu savoir ce que l'orthographe signifiait pour vous. Bien souvent, c'est une image de marque : positive pour ceux qui la maîtrisent, négative pour les autres.

Hélène, 30 ans, bibliothécaire (et dyslexique)

Hélène est "bibliothécaire dans une université parisienne" mais n'allez pas croire que sa relation avec l'écrit est évidente. "L'orthographe, c'est mon angoisse du quotidien", a résumé la jeune femme dans le premier contact que nous avons eu avec elle sur Twitter (lire l'échange intégral en bas de page). Dyslexique, Hélène est toujours marquée par les mauvaises notes (-10 ou -20) qu'elle a reçues à l'école en dictée, "je me sentais nulle", mais elle cite aussi des exemples bien plus récents de "remarques humiliantes et extrêmement désobligeantes". Consciente de l'importance de savoir bien écrire, elle appelle ceux qui ne font pas de fautes à plus d'indulgence et de bienveillance à l'égard de ceux qui en font. Son témoignage complet en vidéo ci-dessous (la photo est celle de son compte Twitter).

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Hélène : "Je comprends l'exigence vis à vis de l'orthographe mais ceux qui maîtrisent mieux cette matière n'ont pas forcément conscience que certaines remarques peuvent être blessantes et rappeler des souvenirs d'enfance pas forcément agréables."

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Hahstag : Vous êtes donc indulgente quand vous remarquez une faute chez quelqu'un d'autre ?

Hélène : J'ai cette grande contradiction de faire pas mal de fautes d'orthographes mais de beaucoup les voir chez les autres... J'ai corrigé les mémoires de certains de mes amis par exemple. En revanche, je ne fais jamais de réflexions, je ne fais pas la morale."

Interrogée sur un livre qui aurait fait écho à son histoire (après tout, recommander des livres, c'est son métier), Hélène nous a répondu par texto : "lorsque j'étais ado, la lecture des livres de Daniel Pennac m'a marquée car ils étaient le témoin qu'on pouvait être un cancre en orthographe (l'auteur ne s'en est jamais caché) et écrire des livres publiés chez une maison d'édition que je jugeais très prestigieuse (la NRF de Gallimard). Ce livre et l'ensemble de mes lectures n'ont pas grand chose à voir avec le choix de mon métier ceci dit, il se trouve que j'ai fait le choix de travailler en bibliothèque universitaire et non en médiathèque. Ce que j'aime, c'est aider les étudiants et les chercheurs dans leurs travaux d'étude et de recherche. Je n'aimerais pas conseiller des romans par exemple..."

Patricia Bonnard, professeure de français et anti-dictée (ou plutôt "alter-dictée")

Patricia Bonnard est professeure de français au collège Louis Leprince-Ringuet de Genas (Rhône)
Patricia Bonnard est professeure de français au collège Louis Leprince-Ringuet de Genas (Rhône)
- Patricia Bonnard

Patricia Bonnard est professeure de français depuis 1993 et enseigne au collège Louis Leprince-Ringuet de Genas, près de Lyon. Cette enseignante passionnée par son métier a créé sa chaîne Youtube et tient un blog depuis 5 ans, "le français, c'est pas que des dictées", référence à une remarque qu'elle entendait souvent lors de réunions parents-profs : "on lui a fait travailler le français pendant les vacances, il a fait des dictées tous les jours... Mais pour moi, ça m'apparaissait plutôt comme un cauchemar ! Un gamin qui n'aime pas le français et à qui on inflige des dictées, ça doit être quelque chose de terrible." Elle répliquait alors, "le français, ça n'est pas que des dictées, c'est plein d'autres choses".

"Je continue à pratiquer la dictée mais en changeant la forme, avec la dictée inversée par exemple : j'annonce aux élèves "voilà pour l'instant, vous avez 10/20, il y'a dix fautes dans ce texte, si vous les trouvez et que vous les corrigez, vous arrivez à 20/20. Mais inversement, si vous rajoutez des fautes qui n'existent pas, vous perdez des points". En faisant cela, on change la position de l'élève qui devient correcteur et donc acteur de ce qu'il écrit. Par ailleurs, je me suis rendu compte que lorsque j'annonçais "dictée" aux élèves, ils avaient tendance à "poser leur cerveau", à écrire de manière mécanique. Ils oublient que le texte a un sens... Généralement donc, je leur fais la lecture, je leur demande "de quoi ça parle ?" afin qu'ils comprennent le sens et qu'ils se trompent moins dans les accords. Enfin, un exercice que j'aime beaucoup, c'est d'utiliser les tweets de "Bescherelle ta mère", ce compte Twitter (exemple ci-dessous) qui tourne en dérision les fautes des autres : je demande aux élèves de les trouver !"

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"Le français est un instrument d’émancipation, de liberté", résumait Patricia Bonnard dans un portrait que lui consacrait les Cahiers pédagogiques en avril. En classe, elle invite également des écrivains ("la littérature, c'est aussi des auteurs vivants !"), comme Françoise Guérin, auteure de polars lyonnaise, elle propose aux collégiens d'écrire leurs propres nouvelles, de rédiger un roman policier collaboratif, etc. A force de faire écrire ses élèves, elle a attrapé le virus et vient de publier un roman sous son nom de jeune fille "Bienvenue dans la jungle", et qui met en scène une professeure de lettres atypique, "un polar romantico-humoristique, un peu sniper sur les bords, se déroulant à Lyon".

"Patricia Bonnard : l'orthographe a toujours été un marqueur social. Le fait d'écrire bien, sans faute, vous inscrit forcément dans une certaine forme d'élitisme. Mais concernant la baisse du niveau des élèves, je vais parler en tant qu'enseignante, quand j'ai commencé en 93, on était plus près de 6 ou 7 heures de français par semaine. Aujourd'hui, on est à 4 heures donc forcément, le niveau a baissé..."

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Bernard Fripiat, 56 ans, "coach en orthographe" et comédien

Bernard Fripiat est "coach en orthographe" et comédien
Bernard Fripiat est "coach en orthographe" et comédien
© Radio France - Maxime Tellier

Bernard Fripiat est belge et c'est peut-être ce qui lui donne ce détachement vis à vis de la langue française. Il propose depuis une vingtaine d'années des formations en orthographe pour des entreprises qui veulent mettre à niveau leurs salariés : "je suis comédien et j'écris des pièces consacrées à l'orthographe, je publie aussi une websérie (voir vidéo ci-dessous) sur mon site orthogaffe.com ! Le but est d'attaquer l'orthographe avec humour, il faut rigoler de l'orthographe, c'est comme cela qu'on s'améliore !".

Tout juste agrégé d'histoire mais réalisant qu'il n'était pas fait pour l'enseignement, Bernard Fripiat est arrivé à Paris à l'âge de 25 ans, "j'ai proposé mes services pour aider ceux qui préparaient les concours de profs mais j'en suis vite venu à l'orthographe. Car aujourd'hui, nous écrivons beaucoup plus qu'avant ! Dans les années 80, les patrons faisaient appel à leur(s) secrétaire(s) pour rédiger leur courrier mais aujourd'hui, avec Internet, les mails, les textos, etc. L'écrit est partout ! Beaucoup de gens se sont retrouvés confrontés à ce nouveau problème et j'ai répondu à la demande."

"Récemment, une compagnie d'assurance m'a contacté pour savoir si "elle ne s'est pas vu couper la route" prenait un "e" (ou pas) à vu"

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Une demande si importante que l'emploi du temps de Bernard Fripiat affiche complet : une voire deux formations chaque semaine, "l'an dernier, j'ai refusé une trentaine de demandes". Les personnes et les sociétés sont très diverses, de la PME du coin à la très grande entreprise comme La Poste mais dans le détail, motus et bouche cousue : "j'ai parfois dû signer des contrats de confidentialité, lorsque j'ai formé des PDG par exemple. En France, on se vante volontiers d'être nul en maths mais on n'avoue pas aisément qu'on a des lacunes en orthographe."

Bernard Fripiat monte sur scène tous les samedis soir avec sa troupe pour jouer une pièce de boulevard sur l'orthographe (au Laurette Théâtre).

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Et voici quelques unes de vos (très !) nombreuses réactions via Twitter et Facebook (y compris l'échange avec Hélène qui a abouti à la première vidéo de cet article)

Vous avez été très nombreux à réagir à ce sujet : près d'une centaine sur Facebook, un peu moins sur Twitter. Le sujet ne laisse personne indifférent. Revue de témoignages ci-dessous...

Enquête interactive de Maxime Tellier