Les locaux futuristes de la station F, incubateur de start-ups où rêveraient de travailler les jeunes diplomés de la génération Z
Les locaux futuristes de la station F, incubateur de start-ups où rêveraient de travailler les jeunes diplomés de la génération Z ©Radio France - Marie Viennot
Les locaux futuristes de la station F, incubateur de start-ups où rêveraient de travailler les jeunes diplomés de la génération Z ©Radio France - Marie Viennot
Les locaux futuristes de la station F, incubateur de start-ups où rêveraient de travailler les jeunes diplomés de la génération Z ©Radio France - Marie Viennot
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Ils/ elles ont bloqué leur fac, subi le report de leur partiels, seront bientôt diplômé.es ou travaillent déjà pour une start-up. On les dit ultra connecté.es, en quête de sens, réfractaires à la hiérarchie ! Les jeunes né.es après 95 vont-ils bouleverser les entreprises ? Ou n'est-ce qu'une fable ?

Attention, ils et elles seront bientôt vos collègues de bureaux ! Les jeunes Français et Françaises né.es après 1995 seraient la Génération Z. 

" Comment manager la génération Z ?",   5 astuces pour générer et manager la génération Z. Génération Z, donner du sens au travail... Les articles sur la génération Z et son rapport au travail ne manquent pas sur la toile, dans les revues et les blogs spécialisés en ressources humaines. 

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"Règle numéro 1, ne cherchez pas à les canaliser, ce sont des Free-lance nés", conseille un consultant. "Z, comme horiZontal", explique un autre. "Les schémas ont changé, nous dit une consultante : « je travaille parce que je l’ai décidé » et non plus « par obligation ».  

Même Pôle emploi consacre une page au sujet (mais sur le mode interrogatif), en se demandant si les générations influencent le rapport au travail. 

Un peu de théorie (et de musique) pour commencer...

Au départ, il y a une théorie élaborée en 1960 par un professeur de management à Harvard (Douglas Mac Gregor). Cette théorie opposent les X et les Y, comme deux styles d'individus : le X, paresseux, considérant le travail comme une obligation; le Y, créatif, considérant le travail comme un moyen de se réaliser. De cette théorie découle l'idée que l'entreprise doit pouvoir comprendre ses salariés, et leurs motivations pour savoir bien les "gérer". 

Le concept de Génération X est né à peu près au même moment, porté par un livre écrit par deux journalistes britanniques pour opposer la génération née après 1960 aux babyboomers.  

Un groupe de Punk en fera son nom, et le titre de son premier album. Son chanteur est Billy Idol. Si vous le connaissez, vous êtes de la génération X à n'en pas douter :) 

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Pourquoi X ? Parce que cette génération aurait un avenir incertain, serait cynique, portée par l'aventure et peu respectueuse de ses parents. Quel rapport avec le management me direz vous ? C'est dans les années 90 que la génération X refait parler d'elle, mais pour être opposée à la génération Y qui la suit, et serait censée être plus créative, plus hédoniste, plus carpe diem. En résumé (sachant que les bornes d'ages ne sont pas toujours les mêmes selon les sources...)  

  • Vous êtes nés entre 1945 et 1964, vous êtes un babyboomer 
  • Vous êtes nés entre 1964 et 1980, vous êtes un X 
  • Vous êtes nés entre 1981 et 1995, vous êtes un Y (Millenials en anglais) 
  • Vous êtes nés après 1995, vous êtes un Z (ou Digitalnatives ou parfois aussi C).  
  • Ici, toutes les générations décrites... en anglais.  

Qui dit génération Z dit étudiant.e ou diplômé.e

A l'heure où le chômage des jeunes taquine les 22% en France, il est troublant de lire tous ces articles qui donnent des clefs aux entreprises pour recruter, fidéliser, et manager les jeunes de la génération Z. La balle serait-elle dans le camp de la jeunesse ? Oui, pour une partie d'entre eux, pas tous, mais pour les diplômé.es seulement. Selon une enquête de Manpower, 40% des employeurs français disent rencontrer des difficultés pour recruter des talents. Quand on parle de génération Z, on parle donc essentiellement des jeunes diplômé.es. Ce sont eux/elles qui sont chassé.es et analysé.es par les cabinet de conseil en recrutement ou RH, pas les jeunes du même âge, sorti.es sans qualification, en lycée professionnel ou en échec scolaire. 

Quand vous entendez parler de génération Z, dites vous bien que cela ne concerne pas TOUS les jeunes. Voilà pourquoi dans les témoignages que j'ai recueillis, il n'y a que des diplômé.es ou des étudiant.es.

"Les grandes entreprises ne nous font plus rêver"

Adrien a 25 ans. Il est "Business Developper" (on doit pouvoir dire commercial) pour Start-up Flow, une start-up qui développe un logiciel permettant aux entreprises de mieux cartographier et gérer leur politique d'innovation.   

C'est vrai qu'aujourd'hui tout ce qui est grand groupe me fait moins rêver. J'ai fait pas mal de stages, et une alternance de deux ans dans des grands groupes. Aujourd'hui, je gagne moins bien ma vie mais je m'éclate au quotidien, ce qui n'aurait pas été le cas dans un grand groupe. Il y a forcément moins de responsabilité, alors que dans une start-up il y a tout à faire. On travaille en équipe, en petite équipe, et le côté humain est super sympa. Tout va beaucoup plus vite... C'est moins vertical aussi, même si dans certains grands groupes cela devient plus horizontal, là, il n'y a pas vraiment de hiérarchie. Bon OK, il y a un boss, des fondateurs, mais au final c'est la meilleure idée qui l'emporte, pas le grade.

Adrien a rejoint une start-up créée en novembre qui compte 13 salariés et il s'éclate!
Adrien a rejoint une start-up créée en novembre qui compte 13 salariés et il s'éclate!
© Radio France - Marie Viennot

Adrien: "C'est la meilleure idée qui gagne, pas le grade"

1 min

Envie de travailler en équipe, dans une bonne ambiance, pour un projet qui avance vite, être écouté, tributaire mais pas subordonné à une hiérarchie... Il y a dans le témoignage d'Adrien toutes les aspirations que l'on prête à la Génération Z, génération qui serait aussi en quête de sens. Là encore Adrien coche la case : 

Aujourd'hui, on est très implanté en France, et notre logiciel va aider les grands groupes français à mieux interagir avec les start-up, nouer des partenariats. On aide l'écosystème d'innovation et potentiellement on peut contribuer à ce que le prochain Google, le prochain Facebook, à notre petit niveau, émerge en France. J'adhère vraiment au projet et c'est très important pour moi.

"Je suis investisseur de mon temps, le temps ne se rachète pas"

Restons Station F, cet incubateur de start-up qui a ouvert ses portes dans le 13e arrondissement de Paris l'automne dernier. Dans cet immense espace (long comme la Tour Eiffel mise à l'horizontal, vante le site), on trouve des bureaux, des espaces communs de travail, des salles de conférence et un baby foot, le tout ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7. 

Pour la génération Z, nous dit-on, la frontière entre le travail et la vie privée serait plus flou. "La vie privée s’invite au travail comme la vie professionnelle s’incruste à la maison", explique un cabinet de conseil RH.  

Autre caractéristique des Z, ils seraient slashers !! Slash, de la barre de votre ordinateur. "Je suis une slasheuse et fière de l'être", écrit cette jeune fille sur son blog pour dire qu'elle est à la fois Attachée de presse / Blogueuse / Gestionnaire d'une entreprise artisanale / Créatrice de bijoux.    

Kori Léon aussi est un slasher. Fondateur d'une start-up dans le domaine de la santé et des crypto-monnaie, The Healthy Block Chain, mais aussi Chief Operationnal Officer (directeur d'exploitation) pour une plateforme d'échange en crypto-monnaie, et encore consultant en fusion et acquisition pour les levers de fonds en crypto-monnaie. A ses côtés, son associé, qui a une formation médicale, est aussi psychiatre, en plus de ses activités dans la start-up. Il y a quelques temps, Kori a suivi une formation organisée par The Family, une entreprise française créée pour aider les start-ups françaises à émerger.  

Au même titre qu'un VC (ndlr Venture Capitalist, soit investisseur en capital risque), ou un business angel, vous êtes un investisseur, vous investissez votre temps. Ça, il faut le considérer partout. Le temps, on ne peut pas l'acheter. Les gens qui sont en M&A (fusion et acquisition), qui vont travailler 80 heures par semaine, et avoir un salaire élevé, il faut quand même qu'ils réalisent qu'ils sacrifient leur temps et que dans 5 ans, même s'ils ont beaucoup d'argent, ils ne pourront jamais le racheter. Mon critère c'est : comment j'alloue ma ressource la plus importante, à savoir mon temps et à quel type de projet.

Et tous les projets ne sont pas bons à prendre à écouter Kori, qui lui aussi, veut que son temps soit employé à bon escient, et donc à enrichir sa tête, plus que son compte en banque.   

Je pourrais faire des drones pour faire des mariages, je me débrouille pour me connecter à une mairie pour avoir des clients facilement, je présente ça avec un beau site internet, je suis sûr que je fais même un meilleur salaire que maintenant. Mais est-ce que je me dirais dans deux ans : Ouais, génial, j'ai passé deux ans à faire des drones, j'ai capitalisé sur moi, j'ai investi dans des connaissances ? La réponse sera non.

Point commun à tous ceux et celles de sa génération, selon lui : le besoin de "fullfillment", qu'il dit en anglais bien sûr, et qui signifie accomplissement de soi. Aujourd'hui, les jeunes de la génération Z veulent être heureux dans leur travail.  

"Ils ne misent plus tout sur le travail. Ils ont besoin de liens plus que de biens"

Y a-t-il des générations qui souhaitaient être malheureuses dans leur travail ? Non, sans doute pas. Mais la génération Z serait, plus que les autres, dans une logique d'auto-protection, estime Elodie Gentina, professeur à l'Ieseg, et auteure d'un livre intitulé : "Des Z consommateurs, aux Z collaborateurs".  Pour son enquête, Elodie Gentina a interrogé 2 200 jeunes de 17 à 23 ans (essentiellement des étudiants ou futurs étudiants). 

Quand on leur demande : que voudrais-tu être dans 10 ans ? Ils ne disent pas : "être au top de mon entreprise, gravir les échelons", mais "avoir une vie équilibrée vie pro/vie perso". C'est pour cela que des entreprises sont parfois déroutées, parce qu'elles constatent qu'ils sont prêts à dire non à des missions pour ne pas renoncer à leur mode de fonctionnement, leur vie, leurs copains. Ils sont dans une logique d'auto-protection. Ils veulent être heureux, et ne pas réussir uniquement professionnellement, mais réussir pleinement leur vie. Pour les X et Baby-boomers, il y avait un rapport à la possession et au matérialisme qui était important pour avoir un statut. Les jeunes aujourd'hui ne sont pas aussi matérialistes qu'on le pense. Ils ont besoin de liens plutôt que de biens. 

Elodie Gentina: "Les jeunes ne misent plus tout sur le travail"

1 min

Sur Facebook, Elyane (qui connaît ce sujet pour avoir longtemps placé des étudiants en BTS en alternance dans des entreprises) estime que les jeunes aujourd'hui sont plus méfiants que ceux qu'elle voyait au début de sa carrière il y a 30 ans. 

Les jeunes actuels ne veulent pas se tromper et sont exigeants par rapport à leur futur employeur. Avant, ils faisaient moins attention à leur statut et acceptaient leur emploi en pensant qu'ils allaient évoluer dans l'entreprise, ce qui était en partie vrai. Je dis "était", car les entreprises aujourd'hui ne sont pas sûres d'exister dans le temps. Les jeunes ont tous envie de créer leur start-up et d'être leur propre chef.  

Remettre en cause la hiérarchie, est-ce une caractéristique de la génération Z, ou de la jeunesse, tout simplement ? Pour Elodie Gentina, c'est d'abord un trait de la jeunesse. Mais ce qui est propre à la génération Z, c'est qu'elle remet en cause non pas l'autorité, mais les porteurs de l'autorité. Outre les déterminants sociaux, et liés au diplômes, la génération Z partage, selon elle, des caractéristiques nouvelles par rapport aux générations précédentes. En voici quelques unes. 

  1. pour la génération Z, ce n'est plus le sachant qui a l'autorité, mais celui qui fait
  2. le mail c'est mort, les jeunes plébiscitent les messageries instantanées
  3. pour 12% d'entre eux/elles, pouvoir travailler à l'étranger les inciteraient à rester dans une entreprise, contre 70% pour la génération Y
  4. la génération Z veut apprendre et évoluer constamment
  5. elle veut être utile, à soi et aux autres, d'où le succès de certaines initiatives comme Vendredi
  6. elle ne compte pas avoir qu'un seul métier dans sa vie (cf slashers)

Elodie Gentina: 6 caractéristiques de la génération Z

3 min

Ci-dessous, un tweet qui a fait un malheur sur les réseaux sociaux... 

Qui a peur des robots et de l'intelligence artificielle ? 

Salomé est étudiante en dernière année de l'ESCP, l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris, l'une des 200 écoles de commerce en France. Comme elle, 400 000 élèves suivent un cursus dans une école de commerce. Elle aussi préférerait, si c'est possible, ne pas travailler pour un grand groupe, mais dans son domaine, cela lui semble compliqué. Elle vient d'un milieu populaire (ses deux parents étaient ouvriers) et espère bien gagner sa vie mais...

Contrairement à d'autres personnes de ma promotion, je ne veux pas gagner de l'argent à tout prix. J'espère trouver un équilibre avec ma vie de famille. Je sais aussi que je ne pourrai pas travailler dans des grandes entreprises qui financeraient la guerre... Total, je pourrai pas travailler pour ce genre d'entreprise. Une entreprise qui a une dimension sociale me touchera plus que les autres. Je vais faire mon stage à la banque publique d'investissement et sa politique pour aider à faire émerger des petits champions français, c'est quelque chose qui me plaît.

Salomé ne voudrait pas travailler pour n'importe quelle entreprise
Salomé ne voudrait pas travailler pour n'importe quelle entreprise
© Radio France - Marie Viennot

Dans la finance, le secteur auquel se destine Salomé, les hommes et les femmes sont déjà de plus en plus remplacés par des machines. Pour autant, cela ne lui fait pas peur. 

Je trouve que c'est plutôt une bonne chose. Cela peut permettre de gagner énormément en terme de profits, de rentabilité, de réduction des coûts. Comme partout, il faut que ce soit réglementé. Mais si on arrive à mettre un cadre, je pense que cela peut être très bénéfique pour tout le monde.

Salomé "L'intelligence artificielle, c'est une opportunité de gagner en rentabilité en réduisant les coûts"

1 min

Le forum de Davos donne le chiffre de 5 millions d'emplois qui auront disparus dans le monde d'ici 2020.  Certaines études estiment que 85% des emplois de 2030 n'existent pas encore. Alors tout le monde n'est pas aussi rassuré que Salomé par cette perspective.  

Taxer les robots, mettre en place un revenu universel, ces propositions ont été fortement débattues il y a un an. Plus aujourd'hui. A lire cette autre contribution reçue sur Twitter, la peur du chômage pousse certains jeunes à s'orienter vers des métiers qui ne sont pas ceux auxquels ils aspiraient.   

Je fais des études de droit et dans l'idéal, j'aimerais continuer dans le droit public...(hors le monde de l'entreprise, ce qui limite encore un peu plus les débouchés). Mais il nous est souvent répété qu'obtenir un "bon" travail - qui nous intéresserait et nous garantirait un niveau de vie acceptable - ce n'est pas gagné. Alors on nous conseille de nous diriger vers du droit privé, dans le but de devenir par exemple huissier de justice, où, au moins, si l'on réussit (et paye la charge prévue, pour l'exemple choisi), on est certain d'avoir un métier.

"L'université ne doit pas s'aligner sur le monde du travail, je veux apprendre à penser"

L'assemblée générale de la faculté de Nanterre a voté le 7 mai un "blocage illimité" après trois semaines prélable de blocus. La plupart des partiels ont été annulés/reportés.
L'assemblée générale de la faculté de Nanterre a voté le 7 mai un "blocage illimité" après trois semaines prélable de blocus. La plupart des partiels ont été annulés/reportés.
© Radio France - Marie Viennot

Le 7 mai au matin, Nanterre tient comme tous les lundis depuis un mois une Assemblée Générale pour décider de la suite du blocage. 700 étudiants sont réunis. Plus que de l'avenir que leur réserve le monde du travail, on parle surtout de la suite de l'année scolaire, entre partiels reportés, déplacés, ou annulés. Karel, 20 ans, fait partie des orateurs. Il est en deuxième années d'humanité, c'est à dire Lettre Histoire Philosophie. L'une des raisons de sa mobilisation contre la loi ORE (Orientation et à la Réussite des Étudiants ( ORE)) est liée à un amendement soumis par le sénateur Jacques Grosperrin (et repris dans la loi au final), qui vise à lier les formations en université à la réalité des débouchés sur le marché du travail

Ce qui est frustrant quand on est à l'université, c'est qu'on a des profs supers, qu'on a envie d'être comme eux, sauf qu'on ne peut pas prétendre faire de la recherche, car il n'y a pas de places. Il y a une possibilité, mais elle reste assez faible. Je ne pense pas forcément à mon travail plus tard, et quand j'y pense, c'est d'une manière inquiète. Est-ce que je ne vais pas finir par faire un truc qui ne va pas me plaire ? Un truc par dépit... L'image qu'on a du travail n'est pas très positive en tant qu'étudiant. On voit l'université comme loin du monde du travail. Et c'est pour ça qu'on est assez fâchés par rapport à cet amendement Grosperrin qui souhaite aligner le nombre de places à l'université sur ce qui est possible dans le monde du travail. Pour l'instant, moi, j'ai surtout envie d'être.... d'apprendre à penser.

Karel 20 ans se classe dans la catégorie des "auto-gestionnaires", partisan des coopératives et autre modèle d'entreprises dirigées par les salariés.
Karel 20 ans se classe dans la catégorie des "auto-gestionnaires", partisan des coopératives et autre modèle d'entreprises dirigées par les salariés.
© Radio France - Marie Viennot

Karel : "J'ai peur d'avoir un travail par dépit mais en tant qu'étudiant, je veux d'abord apprendre à penser".

1 min

Karel dit avoir compris qu'il faisait partie d'une génération différente, quand Johnny Hallyday est mort. 

On a réalisé avec mes potes que nous on s'en foutait, alors que les 30-40 ans, eux étaient affectés. Je pense aussi que la génération d'aujourd'hui est différente car elle n'est plus clivée entre communistes et libertaires, mais entre organisation et autonomie. Il y a une rupture générationnelle sur la manière de s'organiser politiquement. Moi, je suis plutôt autogestionnaire. Ce qui serait important ce serait de créer nos propre entreprises, qui seraient autogérées. Ce n'est pas un rêve, je voudrais que ce soit concret.

Sur le campus, deux autres étudiantes disent leur rêve de devenir professeur des écoles, et leurs craintes de ne pas avoir la bonne licence pour y arriver. Une étudiante franco-grecque en licence d'économie chérit l'idée d'entrer un jour à l'OCDE. Un autre voudrait travailler dans l'industrie musicale, sans trop savoir comment il pourra y parvenir. S'il n'y arrive pas, il se verrait bien en charge de projets stratégiques. Chef en somme. "Mais attention prévient-il. Les managers de demain ne seront pas comme ceux d'aujourd'hui. Ils devront être plus réglos. Dorénavant tout le monde connait ses droits, il suffit de regarder internet". 

"Je veux travailler pour avoir du temps libre, je veux éviter la routine"

Léopold a 19 ans. Il est en première année d'économie à la Sorbonne. La tête sur les épaules, il a voulu poursuivre ses études, mais sans pour autant devoir remettre en cause son temps libre. Sûr qu'il y a 20 ans il n'aurait pas pu se faire revendeur sur les réseaux sociaux de vêtements et de chaussures issus de collections capsules. Sûr qu'il n'aurait pas été repéré sur Instagram et s'essayer un peu au mannequinat. Il est aussi photographe, concepteur de vélo, designer de lampes, d'étagères... Tout ce qu'il fait en plus de ses études lui apportera autant, pense-t-il, qu'un diplôme prestigieux d'école de commerce. S'il pouvait choisir, il serait sous-marinier, pour éviter la routine et ne pas avoir la vie que la plupart des gens ont aujourd'hui.  

"Ne pas aspirer à une vie "Métro-Boulot-Dodo", les jeunes des générations précédentes, n'avaient-ils/elles pas les mêmes aspirations à 20 ans ? 

"Quand on compare les aspirations des X, Y ou Z, on voit qu'il n'y a pas de grandes différences"

Jean Pralong est professeur en gestion des ressources humaines à l' IGS-RH. Psychologue et docteur en science de gestion, il a comparé les attentes de différentes générations, et en conclut que les déterminants sociaux, habitations, et de diplômes sont bien plus forts. Pour lui, la génération Z (tout comme les précédentes) est un concept marketing inventé par des cabinets RH pour vendre des formations à des entreprises désireuses de recruter l'élite d'une génération.

Contrairement à Elodie Gentina, qui, optimiste, pense que la génération Z pourra faire évoluer l'entreprise, l'amener à mettre au point des méthodes de management plus collaboratives, moins hiérarchiques, plus en phase avec les entreprises libérées, ou ce qu'on appelle l'holacratie, il n'y croit pas un seul instant. 

Il ne faudrait pas que les jeunes croient qu'il est temps pour eux de poser des revendications et des demandes, parce que ce serait devenu légitime. Ce n'est pas devenu légitime. Je ne pense pas que les jeunes aient la possibilité de réclamer plus de liberté au travail parce que la compétition est telle que les entreprises ont besoin d'être dans un rapport au travail qui est assez exigeant.

En 2015, il a publié un article sur " La génération Y au travail : un péril jeune?", article pour lequel il a analysé les "schémas cognitifs"de la génération Y et les a comparés aux générations précédentes. A cette occasion, il a aussi observé les formations proposées par les cabinets de consultants RH. 

J'avais passé au crible les blogs de consultants que j'avais appelé les Y-ologues, tous ces consultants qui proposaient des choses pour gérer la génération Y, manager la génération Y... Et tous leurs propos publics étaient plutôt laudatifs. C'était "les jeunes sont créatifs, il faut savoir les accepter", c'était vraiment un plaidoyer en faveur des jeunes. Et puis, avec des collègues, on était allé observer ce que proposaient leurs formations, car leur blogs étaient là pour vendre des formations. Et en fait, toutes ces formations n'étaient construites QUE autour de la discipline. Cela ne parlait que de recadrer, exiger, obtenir. Donc je ne vois pas du tout en quoi, ce mécanisme là pourrait apporter plus d'ouverture. Pour la génération Z, c'est la même chose.

Jean Pralong n'est pas le seul à faire cette analyse. Il y a aussi cet article, traduit par Slate : Les générations, un concept marketing sans fondement scientifique; ou encore celui-ci : Générations X, Y Z, sortons des stéréotypes. 

Vous avez aussi été plusieurs sur Twitter à remettre en cause ce concept de génération. 

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Le débat n'est pas clos, n'hésitez pas à y participer encore... 

Marie Viennot - génération X :)