A la recherche d'un médecin de campagne en Saône-et-Loire ©Maxppp - Patrick Lassagne
A la recherche d'un médecin de campagne en Saône-et-Loire ©Maxppp - Patrick Lassagne
A la recherche d'un médecin de campagne en Saône-et-Loire ©Maxppp - Patrick Lassagne
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Résumé

En France, le nombre de généralistes a baissé de 9 % en dix ans et pourrait diminuer d'un quart d'ici 2025. Le gouvernement présente un plan d’accès aux soins ce vendredi et devrait encourager la création de Maisons de Santé pluridisciplinaires. Reportage dans les Hauts-de-France.

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Contrairement aux idées reçues, le nombre de médecins n’a pas chuté (216 000 en activité en 2016). Une étude de la DREES, montre même que 98% de la population réside à moins de 10 minutes d’un généraliste. Pourtant, le sentiment de désertification progresse. De fait, le nombre de généralistes (par opposition aux spécialistes) a baissé de 9% depuis 2007 - et surtout, il existe une réelle inégalité territoriale : on compte 3,6 médecins en France pour 1000 habitants, mais en Picardie ou dans la région Centre ce chiffre est divisé par deux (voir l'infographie ci-dessous). Pour lutter contre cette réalité, les gouvernements ont encouragé la création de Maisons de santé pluridisciplinaires, les MSP, qui sont passées de 150 - en 2012 - à 1 200 aujourd'hui. Voici les témoignages recueillis par Tara Schlegel dans l'une d'entre elles, dans les Hauts-de-France.

Les trois villages avaient perdu 10 médecins

Au sud du Parc naturel régional de l’Avesnois - à 40 km de Maubeuge, 126 km de Lille - se trouvent trois communes qui vont inaugurer, fin octobre, trois maisons de santé flambant neuves.

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La maison de santé d'Anor regroupe onze professionnels de santé.
La maison de santé d'Anor regroupe onze professionnels de santé.
© Radio France - Tara Schlegel

Les 28 000 habitants du bassin local avaient vu partir dix généralistes sur vingt-trois ces dernières années. Dans le village d'Anor, notamment, il ne restait plus qu'une doctoresse en exercice.

Jean-Luc Pérat, maire d’Anor depuis 1989 et député de 2001 à 2008, raconte comment son territoire – miné par le chômage – s’est mobilisé pour conserver ses professionnels de santé.

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Alors ici vous êtes sur un territoire qui a souffert, qui a eu une période euphorique, où il y avait une industrie verrière, une industrie textile - donc sur ce bassin on a eu de la vie, de l'activité, mais le soufflet est retombé. Alors l'objectif de nos territoires c'est de se battre, de montrer que rien n'est perdu, qu'on peut bâtir. Et justement, quand on va aborder le sujet des maisons de santé, c'est cette organisation, cette mutualisation des efforts, des partenariats, et je pense que c'est un beau challenge qu'on a réussi.

Le projet des trois maisons de santé, situées sur les communes d’Anor, Trélon et Fourmies – a obtenu 60% de financements extérieurs : de l’Etat, de la Région, du département et de l’Europe. Le reste est à la charge des communes mais les loyers que versent les professionnels de santé équilibrent l'investissement. Ces nouvelles structures ont surtout permis d'attirer de tout jeunes médecins.

Emilie Catry est venue faire son stage d'internat à Trélon et puis elle est restée. Maman d'une petite fille de quatre mois, elle explique son choix.

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Dans le village voisin, à Anor, l'autre maison de santé regroupe maintenant onze professionnels. Les 3 400 habitants y trouvent des infirmières, une orthophoniste, un ostéopathe, une consultation de Protection Maternelle et Infantile (PMI) et de l''autre côté de la rue, des kinésithérapeutes. A leurs côtés, deux médecins généralistes, dont le jeune Christophe De Sa. Lui aussi est d'abord passé en stage d'internat à Anor, avant de se laisser séduire.

5 min

Il a pris en charge le volet "télémédecine" du projet.

Christope De Sa s'est installé en janvier dans la Maison de Santé d'Anor
Christope De Sa s'est installé en janvier dans la Maison de Santé d'Anor
- T.Schlegel

"La télémédecine, c'est la possibilité d'avoir toujours ce lien avec un spécialiste".

4 min

Il est l'un des généralistes "historiques" de la région, le Dr Yves Dubuissez a accepté comme ses confrères de se former pour devenir "maître de stage" et montrer aux étudiants en médecine comment on exerce à la campagne. Quarante internes sont déjà passés par les trois Maisons de santé d'Anor, Trélon et Fourmies. Mais seuls deux sont restés. Cette formation est néanmoins l'une des clés de la lutte contre les désert médicaux explique Yves Dubuissez.

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Les trois Maisons de Santé seront inaugurées le 28 octobre prochain. Deux fonctionnent déjà depuis janvier et grâce à elles, les villages comptent aujourd'hui quinze généralistes pour 28 000 habitants. Le ratio est encore assez faible, puisqu'il y a 0,5 médecin pour 1000 habitants. Mais l'hémorragie est maintenant stoppée.

"La question des déserts médicaux est toujours mal posée."

Partons maintenant pour le quartier de la Bourgogne, à Tourcoing, l'un des 38 quartiers les plus dangereux de France. C'est ici qu'exerce le Dr Bertrand Legrand, en compagnie de sa femme et de deux autres collègues. Son père avait déjà fondé la maison médicale qui est la seule du secteur pour 8 000 habitants. Ici, toutes les urgences sont traitées. Les gens ne sortent pas du quartier, assure le docteur.

La Maison du Dr Legrand, à Tourcoing.
La Maison du Dr Legrand, à Tourcoing.
© Radio France - Tara Schlegel

Pour le Dr Legrand, le problème des déserts médicaux est souvent mal posé : il y a suffisamment de médecins en France. Seulement, ils travaillent moins qu'avant. Ce médecin a donc inventé une application baptisée Vitodoc, qui sera testée le mois prochain dans le département du Nord. Elle devrait permettre de retrouver une certaine souplesse en ouvrant aux patients des plages horaires pendant lesquelles ils pourront consulter sans rendez-vous.

Dr Bertrand Legrand a inventé une application pour prendre des rendez-vous en urgence.
Dr Bertrand Legrand a inventé une application pour prendre des rendez-vous en urgence.
© Radio France - Tara Schlegel

"Il y a vingt ans un médecin soignait 2000 patients, aujourd'hui on en soigne 900"

4 min

Vous aussi, vous avez réagi à la question des déserts médicaux sur les réseaux sociaux :

Écoutez enfin ici l'analyse à ce sujet de Patrick Bouet, le président du Conseil de l'ordre des médecins.

© Visactu
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