De plus en plus de villes travaillent à végétaliser les espaces urbains.
De plus en plus de villes travaillent à végétaliser les espaces urbains. ©Getty - Jasper Cole
De plus en plus de villes travaillent à végétaliser les espaces urbains. ©Getty - Jasper Cole
De plus en plus de villes travaillent à végétaliser les espaces urbains. ©Getty - Jasper Cole
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La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé la végétalisation et la piétonnisation de 54 hectares entre le Trocadéro et la Tour Eiffel. Un projet symptomatique de la végétalisation urbaine, qui gagne de plus en plus de villes.

Le gris n’a plus le monopole en ville. Petit à petit, le vert regagne des parcelles, au pied des immeubles, sur les ronds-points, dans les jardins publics, les plates-bandes... Les municipalités se mettent petit à petit dans le mouvement. Le 21 mai, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé la piétonnisation et la végétalisation de 54 hectares autour de la Tour Eiffel d’ici 2024. A l'étranger, Montréal veut planter 180 000 arbres sur le domaine privé d'ici 2025, New-York table sur 950 000 arbustes d'ici 2030. À Milan, en Italie, des forêts verticales ont vu le jour : l'équivalent de deux hectares de forêt poussent en pépinière, en pleine ville, sur deux tours. 

"Plus de dix ans d'attente pour avoir une parcelle"

Parmi les citadins, la demande est réelle. Dans le XIIIe arrondissement de Paris, 27 parcelles sont réparties entre le même nombre de familles résidentes du parc HLM. Ces jardins sont gérés par la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs (FNJCF). Et le moins que l’on puisse dire est que cela se bouscule pour avoir son petit carré de terre au pied des immeubles : selon Laëticia Chelin, de la FNJCF, il y a “plus de dix ans d’attente pour avoir une parcelle__. Donc un jardin laissé à l'abandon pourrait poser problème !" La fédération gère 350 jardins en France. 

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Laëticia Chelin, de la Fédération nationale des jardins collectifs et familiaux, dans les jardins familiaux du XIIème arrondissement de Paris.
Laëticia Chelin, de la Fédération nationale des jardins collectifs et familiaux, dans les jardins familiaux du XIIème arrondissement de Paris.
© Radio France - Laura Dulieu

Quand les mains vertes n'ont pas la chance d'avoir un lopin de terre en ville, elles investissent désormais les rues. Mis en place dans beaucoup de villes de France, le permis de végétaliser a séduit nombre d'habitants

L'essor des jardiniers urbains

Pour accompagner les jardiniers amateurs, les jardiniers urbains ont le vent en poupe. A Bordeaux, Julien Beauquel accompagne les participants aux jardins partagés, organise des ateliers pédagogiques, aide les citadins à remettre du vert dans leur milieu urbain. Le tout, cela va de soi, sans utiliser le moindre pesticide. D'autant que depuis le 1er janvier 2017, la loi Labbé interdit l’utilisation des produits phytosanitaires chimiques pour l’ensemble des structures publiques (communes, départements, régions, État, établissements publics). Selon Julien Beauquel, "chaque petit lieu de nature quel qu'il soit permet à la biodiversité de se déplacer par saut de puce au sein de l'agglomération".  Le jardinier estime qu'"on a perdu deux générations de savoir faire au jardin". Il salue les initiatives des municipalités pour remettre des espaces verts en ville mais regrette que certaines rénovations de voiries ou d'infrastructures ne soient "pas pensées sur le long terme : là où un arbre a été prévu, on aurait pu en mettre trois".

L'exemple d'Angers

Mais les villes s’y mettent peu à peu. Parmi les bons élèves, il y a Angers, qui possède l'une des plus importantes superficies d'espaces verts  : “On a environ 100 mètres carrés d'espaces vert pour chaque habitant, et un espace vert à moins de 500 mètres de chaque habitant" explique Isabelle Le Manio, adjointe aux Espaces verts. "À partir du moment où vous avez un espace vert à proximité, ça va faire baisser le niveau température et le niveau de pollution potentielle."  La ville a lancé un programme notamment pour planter 100 000 arbres dans les six prochaines années, dont des arbres fruitiers, pour "recréer des îlots de fraîcheur dans la ville, qui vont pouvoir s'autogérer" car, reconnaît-elle, "on ne peut pas avoir un budget espaces verts délirant !" En effet, la végétalisation de murs ou de toits peut vite devenir très onéreuse, d'où la nécessité de choisir des plantes nécessitant moins d'entretien que les fleurs d'ornement habituellement plantées par les municipalités.

Isabelle Le Manio : "Retravailler la nature pour qu'elle reprenne ses droits dans la ville"

6 min

De plus en plus de villes rejoignent le mouvement, comme Marseille, l'une des villes abritant le plus de jardins collectifs. Mais ce changement n'est parfois pas assez rapide selon certains habitants, comme cet internaute sur Twitter :

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La campagne en ville ? Hugo Meunier a décidé d'en faire son métier et de fonder le collectif Merci Raymond, qui rassemble des jardiniers urbains, des paysagistes, des designers pour "rendre le jardinage accessible. On s'est rendu compte qu'il y avait un vrai travail d'image à faire. Le jardinage est un moyen simple de s'engager pour l'environnement__." Le collectif accompagne les communautés pour végétaliser un quartier, un toit ou une rue, travaille à recréer des îlots de fraîcheur, sensibilise les publics à la végétalisation ou encore de valoriser les produits de l'agriculture urbaine. 

Hugo Meunier, fondateur du collectif Merci Raymond
Hugo Meunier, fondateur du collectif Merci Raymond
© Radio France - Laura Dulieu

Hugo Meunier : " La végétalisation urbaine répond à beaucoup de maux"

4 min

Plus que du vert, du lien social 

Dans le onzième arrondissement de Paris, les habitants du quartier Popincourt ont obtenu une quarantaine de mètres carrés en août 2018, pour en faire un jardin collectif. Situé dans le jardin de Truillot, sa vocation est autant pédagogique que sociale, selon Alexandre Viscontini, président de l’Association du jardin partagé Truillot : “On n'a pas de parcelles individuelles, le concept de file d'attente ne nous plaisait pas. On a donc un espace où tout le monde peut aller", y compris les écoliers qui viennent y jardiner. L'association travaille également avec d'autres associations du quartier : "L'objectif est de jardiner mais aussi de faire se rencontrer des gens d'horizons différents, et faire des choses avec des gens que l'on ne rencontrerait pas autrement."

Alexandre Viscontini préside l'Association du jardin partagé Truillot, dans le XIème arrondissement de Paris.
Alexandre Viscontini préside l'Association du jardin partagé Truillot, dans le XIème arrondissement de Paris.
© Radio France - Laura Dulieu

Alexandre Viscontini : "Jardiner mais aussi faire se rencontrer les gens"

2 min

C'est aussi l'avis de Laëticia Chelin, de la Fédération nationale des jardins collectifs et familiaux. Dans les jardins du XIIIe arrondissement parisien, "ce sont des jardiniers qui viennent de tous milieux culturels, de toutes générations. Là où il y a des jardins, il y a une vraie vie de quartier__."

La végétalisation urbaine serait donc plus que du vert dans le gris. Flore-Anaïs Brunet est cheffe de projet Si T’es Jardin au Comité national de liaison des Régies de quartiers. Pour elle, la végétalisation urbaine "contribue à l'appropriation du cadre de vie des habitants. C'est une porte d'entrée magique pour aller aborder des thématiques complexes de manière concrète. Sur le jardin, on vient avec le niveau qu'on a, on a quelque chose à apporter, on apprend ensemble, etc. Il y a le volet lien social, et aussi sensibilisation à l'écologie et au réchauffement climatique. "

Flore-Anaïs Brunet : "La végétalisation contribue à l'appropriation du cadre de vie par les habitants"

2 min

4 min

La faune arrive aussi en ville

Mais que serait la flore sans la faune ? Depuis plusieurs années, les toits des villes accueillent les abeilles, essentielles au maintien de la biodiversité. Elle font partie intégrante du processus de végétalisation urbaine, qui ne peut être que global. Volkan Tanaci est apiculteur urbain, fondateur de City Bzz et l'un des initiateurs du projet Abeilles et Joie, une miellerie participative et pédagogique. Pour lui, "Paris est vraiment riche. Chaque année, on trouve entre 10 et 13 fleurs différentes dans nos miels. Il y a assez de verdure", même s'il assure ne pas pouvoir "remplacer les agriculteurs classiques". Mais les abeilles sont heureuses en ville, contrairement à la campagne où les monocultures et les pesticides font des ravages.

Volkan Tanaci est apiculteur urbain. Certaines de ses ruches se trouvent sur le toit des Grands Voisins, à Paris.
Volkan Tanaci est apiculteur urbain. Certaines de ses ruches se trouvent sur le toit des Grands Voisins, à Paris.
© Radio France - Laura Dulieu

Volkan Tanaci : "Les abeilles sont heureuses en ville"

3 min

"La végétalisation des villes a besoin des ruminants"

Qui dit verdure sans pesticides dit aussi excellent pâturage, notamment pour les moutons : c'est le constat de Julie-Lou Dubreuilh et Guillaume Leterrier, deux bergers urbains basés au nord de Paris, à La Courneuve. Deux fois par jour, ils font paître leur troupeau d'une vingtaine de bêtes adultes dans le parc de La Courneuve, avant de les promener dans les rues et au pied des cités. Selon Guillaume Leterrier, "l'idée était de voir comment on pouvait avoir une gestion paysanne de la ville (...). Plus on sépare les zones de production des zones de consommation, plus les scandales alimentaires se multiplient." Pour lui, "le mouton est immuable, il a son rythme à lui. Le schisme se produit assez rapidement : pourquoi aller plus vite tout le temps ? Ça permet de se remettre dans un rythme un peu plus normal".

Les bergers urbains font paître leur troupeau au pied des immeubles.
Les bergers urbains font paître leur troupeau au pied des immeubles.
© Radio France - Laura Dulieu

Guillaume Leterrier : "Avoir une gestion paysanne de la ville"

3 min

La végétalisation urbaine passe donc aussi par "un ralentissement de la ville", explique Julie-Lou Dubreuilh. "La végétalisation des villes a besoin des ruminants, c'est un énorme ensemble : l'idée est de faire des écosystèmes complets avec tous les maillons alimentaires de la chaîne."

Ce qu'on aime particulièrement en ville, c'est la pelouse. Mais ça ne veut rien dire : une prairie fourragère, là, ça veut dire quelque chose. Elle abrite de la biodiversité. Les insectes ont besoin des excréments des ruminants. Donc s'ils ne sont pas en ville pour alimenter les pelouses, on passe notre temps à compenser avec des engrais. Il manque ce maillon, très important.          
Julie-Lou Dubreuilh

Deux fois par jour, le troupeau déambule dans les rues de La Courneuve ou d'Aubervilliers.
Deux fois par jour, le troupeau déambule dans les rues de La Courneuve ou d'Aubervilliers.
© Radio France - Laura Dulieu

Julie-Lou Dubreuilh : "La végétalisation des villes a besoin des ruminants"

5 min

Selon la bergère, tout le monde peut y gagner en végétalisant les espaces urbains. Même si elle regrette "une fracture avec les paysagistes, qui font de la nature en ville esthétique", elle assure que "pour faire baisser les coûts des espaces verts , il faut faire de l'agriculture". Et donc atténuer l'opposition entre villes et campagnes.

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