Anne Sylvestre sur la scène de l'Auditorium Saint-Germain à Paris, lors de la série de concerts qu'elle y a donnée en novembre 2003 ©AFP - Stéphane DE SAKUTIN
Anne Sylvestre sur la scène de l'Auditorium Saint-Germain à Paris, lors de la série de concerts qu'elle y a donnée en novembre 2003 ©AFP - Stéphane DE SAKUTIN
Anne Sylvestre sur la scène de l'Auditorium Saint-Germain à Paris, lors de la série de concerts qu'elle y a donnée en novembre 2003 ©AFP - Stéphane DE SAKUTIN
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Résumé

En 2011, Laure Adler s'entretenait avec Anne Sylvestre. Entre souvenirs de première guitare, évocation des forêts, quête de liberté et réputation de chanteuse campagnarde, de militante féministe en sabots, la chanteuse revient sur plus de cinquante ans de carrière. Et défait les clichés un par un.

avec :

Anne Sylvestre (Chanteuse, compositrice).

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Au cours de cet entretien, Anne Sylvestre évoque ses débuts, et la façon dont elle a choisi son nom de scène, modifiant son prénom et son nom de famille...

Anne-Marie ce n'était pas possible. Je voulais un nom de chanteuse. J’aimais beaucoup le prénom Sylvestre qui me rappelait des chansons de mon enfance mais au départ je n’ai pas pensé au sens qu’on pourrait lui donner, alors après on me voyait toujours au milieu des arbres avec une robe verte. Mais ce n’était pas mon intention de départ !

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A Laure Adler qui lui demande si elle se sent parfois comme un médium au moment de composer ses textes, qui parfois surgissent tout à coup, Anne Sylvestre explique son rapport à l'écriture, et revient sur la façon dont s'est imposée à elle une de ses chansons les plus bouleversantes, Lazare et Cécile :

Je suis une éponge, les choses me viennent et comme j’ai toujours une musique dans la tête, j’en fais des chansons. Lazare et Cécile j’ai eu l’impression de l’avoir écrite sous la dictée. Elle m’est venue toute seule, après la lecture d’un fait divers sur le suicide de deux adolescents. J’ai voulu changer la fin de l’histoire, je l’ai composée un jour et nous l’avons joué le soir même, au Cheval d’or.    
Anne Sylvestre

59 min

Amoureuse des forêts, Anne Sylvestre a souvent célébré les arbres, les lacs et les oiseaux dans ses chansons, un univers poétique qui lui a souvent valu de subir de la part d'une certaine presse des raccourcis simplistes, des étiquettes hâtives comme celle de chanteuse campagnarde ou de militante féministe en sabots. A propos de ses textes féministes, la chanteuse les replace dans le contexte de leur création :

Pendant très longtemps, les textes chantés par des femmes étaient écrits par des hommes. Alors si à une certaine époque, j’ai écrit ce que l’on appelle mes "chansons féministes" c’est parce qu’il y avait un tel manque. Il fallait parler. Quand j'ai écrit "Regardez-moi, je suis vraie", c'était une façon de dire "Vous parlez de mon ventre, mais vous ne savez pas ce qui se passe là-dedans, je vais vous le dire moi !" Des chansons comme "Non, tu n’as de nom" ou "Une sorcière comme les autres" sont comme des fresques où je voulais qu'on voit défiler toutes les femmes. 

Interrogée une nouvelle fois sur l'engagement de son père dans la collaboration [Albert Beugras (1903-1963), proche de Jacques Doriot, s'engagea dans la collaboration avec l'occupant nazi pendant la Seconde guerre mondiale, et fut condamné à la Libération à purger une peine de dix années de réclusion, ndr], Anne Sylvestre affirme de façon catégorique son désir d'être libérée de cette histoire familiale, et demande aux journalistes à ce qu'on ne la ramène plus systématiquement aux choix politiques de son père :

J’aimerais qu’on arrête de parler de ça. J’en ai assez. "Une sorcière comme les autres" n’est pas une chanson sur mon enfance, c’est une chanson universelle, sur les femmes, toutes les femmes qui ont eu leur mari derrière des barreaux, ou qui sont allées chercher leurs morts sous les bombes. Alors bien sûr, quand j’étais enfant, on me faisait manquer l’école toutes les semaines pour aller rendre visite à mon père à Fresnes... Mais contrairement à ma sœur [Marie Chaix, Les lauriers du lac de Constance, Seuil, 1974, ndr], j'ai choisi de ne pas parler de cette histoire familiale. D’une part, tout le monde a eu des chocs, des chagrins, des choses auxquelles s’opposer dans l’adolescence. D’autre part, elle et moi, nous ne sommes pas que cela. Je n’ai pas été construite que par cette histoire. Après l’adolescence, j’ai vécu, j’ai eu des enfants, des petits-enfants, j’ai écrit des tas de chansons. Alors je voudrais bien maintenant qu’on n’en parle plus.    
Anne Sylvestre

Programmation musicale

  • Ray Ventura, Tout va très bien Madame la marquise
  • Nicole Louvier, Qui me délivrera ?
  • Anne Sylvestre, Lazare et Cécile
  • Anne Sylvestre, Une sorcière comme les autres
  • Anne Sylvestre, Bye mélanco
Références

L'équipe

Laure Adler
Production
Didier Lagarde
Réalisation
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Catherine Parent
Collaboration
Brigitte Bouvier
Réalisation