Armand Gatti en 2010 à France Culture
Armand Gatti en 2010 à France Culture ©Radio France - C. Parent
Armand Gatti en 2010 à France Culture ©Radio France - C. Parent
Armand Gatti en 2010 à France Culture ©Radio France - C. Parent
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« Ce qui a changé ma vie, mon écriture, ça a été le passage d’une conception du monde à une autre totalement différente. C’était lorsque je suis passé de la physique classique à la physique quantique. »

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Le dramaturge, poète, réalisateur a eu mille vies. Armand, Dante, Don Quichotte… Celui qui a porté différents noms tout au long de sa vie confie au micro de Laure Adler en 2010 : « il y a un pluriel qui est devenu normal chez moi. Je passe de l’un [nom] à l’autre. Lorsque je travaille avec une communauté noire, on m’appelle tonton. Tous ces noms avancent dans la vie, dans l’âge et c’est avec eux évidemment qu’on se donne une identité. »

Homme engagé né à Monaco mais qui vient « de l’immigration de Chicago », Armand Gatti fut résistant, journaliste d’investigation, homme de théâtre et cinéaste. Son engagement lui vient de son père anarchiste italien à qui il doit son idéologie pacifiste :

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Chez nous, dans ma famille, les armes sont les livres, les combats sont les mots, la révolution c’est les mots !

Rien d’étonnant pour celui qui, parti rejoindre le Maquis en tant que résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, n’avait dans sa valise que Michaux, Mallarmé et Rimbaud mais aucune arme. Le braqueur de banques sans armes mais avec une poire raconte :

Dans le Maquis, je n’ai amené que des livres. Il était très clair qu’il n’était pas question d’armes. Les compagnons corréziens qui m’ont reçu […] m’ont dit qu’il fallait absolument me fournir en arme. Et j’ai dit non, je suis contre les armes. Il n’était pas question que je m’abaisse à mener un combat avec un pistolet. Finalement, j’ai convaincu tous ceux qui étaient avec moi. J’ai rejoint le combat du [son] père, celui de lire. Je passais les heures de garde à lire. J’étais jeune, j’allais toucher les 17 ans. Et j’ai eu ma première victoire avec Nietzsche.

On connait surtout de lui tout l’itinéraire d’homme de théâtre, mais Armand Gatti fut un grand journaliste d’investigation, notamment après la Guerre où il se rendit dans des camps de réfugiés.

J’ai commencé le journalisme grâce à un ami dans Le Parisien libéré. Je suis devenu journaliste étant donné ce que je pensais, soit mon héritage paternel et tout ce que je venais de vivre. J’ai commencé à faire les tribunaux où tous les criminels de guerre passaient. Je recevais des lettres de lecteurs qui n’étaient pas d’accord avec ce que j’écrivais et qui m’avaient donné un nom : doyen macaroni. Puis, la direction a changé au Parisien. Les animaux ont toujours été ma passion. J’ai proposé de faire des reportages chez les animaux et je suis devenu dompteur. J’ai reconverti ça en reportage qui s’appelait "envoyé spécial dans la cage aux fauves". J’ai eu le prix Albert Londres à cause de ça. Ça a mis à un certain niveau du point de vue de la profession et j’ai commencé à voyager. Et c’est là où les choses ont évolué : dans chaque pays ce n’était pas les criminels de guerre dans des tribunaux que je voyais mais des dictatures.

C’est justement lors de l’un de ses voyages au Guatemala qu’il a eu la révélation pour le théâtre. « Mon interprète m’a dit : comment ça se fait que les étrangers ont tous une langue qui ne veut rien dire, ce sont des mots que l’on emploie comme ça. Pourquoi ne faites-vous pas comme les Indiens, c’est à-dire créer une langue qui permet de s’adresser à l’univers et de parler avec lui. » La réponse d'Armand Gatti fut le théâtre. C’est Jean Vilar qui l’a repéré et encouragé à poursuivre sur cette voie. Après une décennie de vie théâtrale glorieuse auréolée de succès, il devient cinéaste.

Je revendique fortement les films que j’ai pu faire. Mais si j’ai arrêté c’est parce qu’il y avait toute une histoire derrière. Pour faire un film, il faut avoir des avances. Si vous n’en avez pas, inutile d’aller voir un producteur. Tout le monde a refusé L'Enclos. Si j’ai pu faire L'Enclos, c’est grâce à un ami qui connaissait quelqu’un. Et encore, le film a été tourné en Yougoslavie.

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