Imre Kertesz
Imre Kertesz - Z1004 Peer Grimm
Imre Kertesz - Z1004 Peer Grimm
Imre Kertesz - Z1004 Peer Grimm
Publicité

Suite à la disparition de l’écrivain hongrois Imre Kertész, ancien déporté d’Auschwitz et Prix Nobel de littérature en 2002, voici la rediffusion d’une émission Hors Champs du 11 octobre 2010. Entretien avec Laure Adler.

Alors qu’il est en préparation du roman « l’Ultime auberge » (2015), Imre Kertész évoque les difficultés et le plaisir de l’écriture. « Quand on devient célèbre, comme moi, ça devient de plus en plus difficile de m’organiser dans mon travail, mais je pense à Stendhal qui a dit un jour : il n’y a rien de mieux dans la vie que de s’asseoir dans une chambre mansardée et d’écrire un roman. Or j’ai un beau bureau, plutôt haut de plafond, à Berlin ; donc toutes les conditions sont données pour écrire.»

je suis un des rares qui n’a pas dû changer quoi que ce soit

Dans son œuvre, Imre Kertész note une certaine cohérence : « je devrais trouver le point sur laquelle se croisent mes œuvres. Je lis mes écrits, mes livres (…) et je crois qu’il y a une ligne constante que l’on peut retrouver». Contrairement à lui, de nombreux écrivains ont dû changer de métier, et se réorienter suite aux changements successifs de gouvernements en Hongrie: « je suis un des rares qui n’a pas dû changer quoi que ce soit, pas un mot pas une ligne, tout reste valable. »

Publicité

Il y a des mots que je déteste, ces mots-là sont : l’innocence et la victime.

L’ancien déporté des camps évoque la manière dont l’histoire de sa vie personnelle a pu être récupérée par « les hommes politiques, les curés, les professeurs, les lecteurs de la psychologie humaine. C’est eux, bien eux, eux tous, qui m’ont pris ma vie à moi». Dans ses romans, Imre Kertész va à contre-courant du regard traditionnellement porté sur la déportation : « Il y a des mots que je déteste, ces mots-là sont : l’innocence et la victime. Mon héros ne veut pas rester innocent dans son histoire. Il veut prendre part à sa vie et veut rester responsable de sa vie…. »

mon roman offre une existence contre une existence

Malgré les épreuves traversées, l’écrivain porte sur le réel et son propre passé un regard lucide, paisible « Dans ma vie, une dictature suivait l’autre dictature. C’est une succession de dictatures. (…) mais cette différence n’est qu’apparente. Quand j’ai compris cela (…), j’ai mieux compris mon enfance et mieux compris ce que j’ai traversé dans ma jeunesse. Aujourd’hui j’arrive à vous dire à quoi je me suis efforcé quand je suis devenu écrivain. Sans jamais penser au lecteur. Je n’ai jamais pensé au lecteur futur en écrivant. Pourtant mon roman offre une existence contre une existence… »

L'équipe

Laure Adler
Production
Didier Lagarde
Réalisation
Elodie Royer
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Corinne Amar
Collaboration