France Culture
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Du 1er au 10 juin, Hors-Champs pose ses valises en Israël et vous propose, en huit épisodes, une série de rencontres avec des écrivains, artistes, cinéastes et intellectuels israéliens. Ce soir, première émission de la série...
"Compte tenu de son histoire, du conflit qui l'oppose encore aux Palestiniens, de la diversité de ses habitants, de la présence du fait religieux au sein de la population et dans les institutions, Israël est-il, veut-il, peut-il être 'un Etat comme les autres' ? [...] Pour [ses détracteurs], depuis longtemps, sinon depuis ses origines, Israël n'est pas un pays comme les autres, mais le pire des Etats : colonialisme, racisme, militarisme, apartheid et théocratie. [...] A cette excommunication quasi-religieuse [...] répond la ferveur tout aussi religieuse des admirateurs d'Israël qui refusent de faire l'inventaire ou alors, procédant à cet examen, ne trouvent rien à redire. [...] Ni les uns ni les autres ne permettent d'apprendre et de comprendre les mutations d'Israël, ses crispations, ses obsessions, ses tensions, mais aussi son dynamisme, son énergie, ses ressorts."

Denis Charbit, Israël et ses paradoxes : idées reçues sur un pays qui attise les passions , Le Cavalier Bleu Editions, 2015, page 22.

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Laure Adler s'entretient avec Denis Charbit , sociologue

Denis Charbit
Denis Charbit

Qu’est-ce que l’identité israélienne ? C’est un des sujets de réflexion de Denis Charbit qui est lui-même devenu israélien : *« Je suis né en Algérie, de parents eux-mêmes nés en Algérie. Ils ont tenté une immigration en Israël mais cette expérience a échoué, nous sommes donc repartis d’Israël. » * C’est la Guerre du Kippour de 1973 qui a poussé la famille, avec quatre enfants, à retourner en Israël. « Les premières années ont été difficiles pour moi. Je suis devenu israélien de fait. »

Selon lui, être israélien est à la fois une expérience passionnante et épuisante. Passionnante parce qu’Israël se construit sur une multitude d’événements politiques, artistiques, humains, intellectuels, « ce pays est fait de millions d’histoires à raconter » et épuisante parce qu’il y a plein de choses qui ne bougent pas dans ce pays. « C’est une histoire complexe parce qu’elle mélange les contraires, parce qu’elle n’est pas dans l’ordre du Bien et du Mal, qu’elle est entre les deux. »

Israël est aussi l’un des acteurs d’un conflit qui l’oppose depuis des décennies à la Palestine. Denis Charbit, lui, ne pense pas que la vérité se trouve dans un seul camp : « Je pense qu’il faut donner dans chaque voix ce qu’elle a de juste et de légitime. Il faut essayer de désamorcer la bombe de façon à ce que toutes ces voix plurielles arrivent à une convergence, sans tomber dans une forme d’angélisme non plus. »

Il envisage deux formes de paix possibles : la première est une paix « technique et froide » , c'est-à-dire un traité. La seconde est la réconciliation : « essayer de voir dans quelle mesure on peut écrire une histoire à deux. » Pour les Palestiniens, le sionisme est une forme violente de colonialisme ; pour les Israéliens, la Palestine est une création artificielle qui faire croire au monde de sa bonne cause aux dépends d’Israël. « Si on veut aller plus loin, il faut envisager d’écrire un narratif qui tienne compte des deux récits.»

Le sociologue réfléchit également sur l'identité démocratique de l'Etat israélien : « Israël a une pratique démocratique qui est incontestable, mais en même temps nous ne sommes pas une démocratie structurée comme d’autres peuvent l’être. » Il explique ainsi que la place du religieux et du militaire occupe une place plus grande que dans les démocraties européennes.

Pour Denis Charbit, la légitimité d’Israël n’est pas encore acquise, « D’où cette fragilité existentielle. Et en même temps, on est aussi clairement enracinés. Il y a un dosage entre fragilité et * force… »*