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"Savez-vous pourquoi il n'y a pas de littérature policière en Israël ? [...] Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n'y a pas de tueurs en série, pas d'enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu'un est assassiné, c'est en général le fait du voisin, de l'oncle ou du grand-père, pas besoin d'une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui, chez nous, il n'y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. Bref, tout ça pour vous expliquer que la probabilité qu'il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime, et je ne le dis pas pour vous rassurer, c'est une question de statistiques."

Dror Mishani, Une disparition inquiétante , Points, 2015, page 14 (traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz)

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Laure Adler s'entretient avec Dror Mishani , écrivain et professeur de littérature

Dror Mishani
Dror Mishani

Ce qui intéresse Dror Mishani, c’est la violence dont les gens n’aiment pas parler, celle qui se passe dans les maisons, la violence à l’intérieur de chacun de nous. Ce n’est pas une violence évidente et pourtant elle est présente partout. « On peut, comme Israéliens, avoir différentes réactions face à la violence. » Il y a beaucoup de gens qui ont adopté cette violence comme partie de leur identité, explique l’écrivain. « On est exposé à cette violence dès notre enfance : les enfants jouent tôt avec de faux pistolets par exemple. Beaucoup de gens ont décidé de réagir, d’essayer d’être contre cette violence. »

Israël n’a pas une grande tradition de littérature policière. Dans les rares polars israéliens, « les inspecteurs ont toujours des noms américains. » Or, Dror Mishani voulais un nom typiquement israélien, un nom simple, pour cet homme qui vit dans la banlieue de Tel-Aviv dans laquelle il a lui-même vécu. « Avraham Avraham, c’est un beau nom pour un flic israélien. »

Il a découvert le roman noir à travers les livres de Georges Simenon quand il a vécu à Paris. Enfant, à l’âge de neuf ou dix ans, il a lu tous les livres de Sherlock Holmes et aussi ceux d’Agatha Christie. *« En hébreu, il n’y avait pas autre chose en matière de littérature policière. » *

Il a donc rapidement arrêté de lire du roman noir, jusqu’à ce qu’il vienne en France. Là, il étudie le français et veut l’apprendre vite. Sa professeure lui conseille alors de lire des classiques dont L’Etranger d’Albert Camus (« c’était écrit au passé composé donc c’était plus facile » ) et la série Maigret de Simenon. Ce dernier deviendra un de ses modèles littéraires.

« En Israël, nous n’avions pas cette tradition du roman noir, ce n’est pas considéré comme de la littérature. » Après avoir lu les enquêtes de Maigret, de retour à Tel-Aviv, il a su qu’il voulait écrire des romans policiers. Dans les romans qu’il écrit justement, il envisage toujours deux types de crimes : le crime « classique », celui que la police va chercher à résoudre mais aussi celui pour lequel on n’est pas puni, le mensonge. « Les criminels professionnels, les dealers de drogue, etc., tout ça ne m’intéresse pas. Ce que je préfère ce sont les gens ordinaires qui commettent un crime. C’est cela le plus intéressant… »

Références

L'équipe

Laure Adler
Production
Didier Lagarde
Réalisation
Elodie Royer
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Corinne Amar
Collaboration