Irène Frachon  ©AFP - FRED TANNEAU
Irène Frachon ©AFP - FRED TANNEAU
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Résumé

Laure Adler reçoit Irène Frachon, médecin français et lançeuse d'alerte. Elle revient sur son parcours et sur les dessous de l'affaire du Mediator qu'elle a révélée en 2013.

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Irène Frachon (docteure, Pneumologue).

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Irène Frachon est médecin et lançeuse d'alerte : en 2013, c'est elle qui avait révélé au grand public les liens entre le Mediator, médicament antidiabétique des laboratoires Servier, et les complications cardiaques et pulmonaires rencontrées par un grand nombre de patients. Au tribunal de Nanterre puis aux journalistes, elle avait décrit la mécanique de ce "poison".

Pneumologue, Irène Frachon découvre très tôt sa vocation médicale :

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À 5 ans, j'ai eu l'imprudence de dire à ma mère que je voulais être médecin. Et comme pour elle c'était un très beau métier, je ne voulais pas la décevoir, même si ça me faisait peur de devenir médecin, et ça me fait encore peur aujourd’hui. Mais cette peur est nécessaire, il y a tellement d'enjeux. Il faut sans cesse se remettre en question.  Irène Frachon 

Elle n'avait pas prévu de devenir pneumologue. Pourtant, c'est cette spécialité qu'elle choisit lors de son internat de médecin. Irène Frachon débute alors sa carrière à l'hôpital Foch de Suresnes, qui lance une expérimentation de greffes pulmonaires : 

C'était très enthousiasmant. La pneumologie, c'est le souffle. On travaille en équipe, on n'est pas seuls, et cela compte beaucoup pour moi : les échanges, les questionnements...  Irène Frachon 

Dans son service de pneumologie de l'époque, plusieurs jeunes femmes consomment des coupes-faim qui provoquent de graves lésions cardiaques. L'affaire du Mediator remontre en fait aux années 1990 : 

Quand j'étais interne en médecine, on s'occupait de l'hypertension artérielle pulmonaire, notre service était mondialement connu pour cette prise en charge. On s'occupait beaucoup de jeunes femmes qui consommaient de l'Isoméride, un coupe-faim des laboratoires Servier, dans les années 1990. Je voyais les médecins très préoccupés parce qu'ils comprenaient que ce coupe-faim tuait. Irène Frachon 

Il y a eu un départ de feu qu'une partie de la communauté médicale a réussi à étouffer à l'époque. Certaines femmes ont voulu porter plainte, sans succès. Alors qu'aux États-Unis, il y a eu une grosse action collective pour indemniser les victimes. En France, le laboratoire Servier a été protégé. Le médicament Isoméride est finalement retiré du marché mondial en 1997. Irène Frachon

Certains responsables de la Haute Autorité de Santé ont reçu des appels tardifs et menaçants. Il y avait des pressions sur ces gens, sur les médecins, et sur les journalistes courageux qui voulaient faire connaître cette histoire publiquement. Irène Frachon

Par la suite, Irène Frachon quitte Paris pour la Bretagne. Elle s'occupe toujours de patients souffrant d'hypertension artérielle pulmonaire dans un hôpital de Brest. En 2007, elle constate qu'une de ses patientes est sous Médiator depuis des années : 

J'ai interrogé mes collègues et le laboratoire Servier, qui me dit qu'il n'y a aucun rapport entre Isoméride et le Mediator. J'ai eu le réflexe d'écrire à la revue "Prescrire" qui m'a confirmé que les deux médicaments étaient très proches. Irène Frachon

Les deux molécules de ces médicaments sont les mêmes, et quand vous les avalez, elles se transforment en poison. Les laboratoires Servier sont des délinquants récidivistes. Irène Frachon

Aujourd'hui encore, malgré un bilan de 2 000 morts, le laboratoire Servier a pignon sur rue, collabore avec l'institut Marie-Curie, avec des institutions publiques, et ont des autorisations de continuer la commercialisation de leurs produits. Ils bénéficient d'un statut d'immunité et de complaisance. Irène Frachon

Il y a des intérêts financiers énormes. Servier continue à financer la formation de médecins, la prise en charge de médecins dans des congrès internationaux. Pour moi, la communauté médicale ne réagit pas. Irène Frachon