Jacques Rancière
Jacques Rancière - Samuel Bernard Blatchley
Jacques Rancière - Samuel Bernard Blatchley
Jacques Rancière - Samuel Bernard Blatchley
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Lors de ce premier entretien, Laure Adler rencontre le philosophe spécialiste de politique et d’esthétique, Jacques Rancière. Il évoque son parcours, depuis sa rencontre avec Louis Althusser jusqu'à sa passion pour le cinéma. Rediffusion (13.06.2011).

Avec
  • Jacques Rancière philosophe, professeur émérite à l'Université de Paris VIII (Saint-Denis)

Jacques Rancière a reçu une éducation « normale » dans une France d’après-guerre. « J’ai grandi à l’école publique. En même temps j’étais aussi un jeune catholique, donc influencé par un certain christianisme un peu progressiste ». De ce christianisme, il tirera les premières bases d’une pensée sociale qui, par la suite, le rapprochera de Louis Althusser et de la pensée marxiste de l’époque.

Lorsque Mai 68 éclate, Jacques Rancière est à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’ULM. Devenu l’élève de Louis Althusser, il observe d’abord les événements avec une certaine méfiance : « je croyais que tous ces jeunes petits bourgeois s’agitaient de manière un peu désordonnée et qu’il fallait d’abord que la science les éduque ». Mais « quand j’ai vu qu’ils se révoltaient contre l’autorité du savoir, au début, j’ai été un petit peu choqué. Après ça, je me suis dit : peut-être qu’il faut prendre les choses à l’envers, que (…) l’idée qu’il faut apporter la science aux gens pour qu’ils se révoltent et se libèrent était peut être une idée à réexaminer. »

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De son maître Louis Althusser, il se souvient de ses discours qui, avant sa rupture avec le PCF, suivait de très près l’orthodoxie marxiste. Mais, celui qui a aussi été le maître d’autres penseurs contemporains - tels qu’Etienne Balibar-, lui a offert « l’occasion d’une remise en question ». « Moi je vous ai dit je venais d’un univers d’humanistes chrétiens, comme beaucoup de gens à l’époque. (…) Donc voilà je dirais qu’à chaque fois qu’on est amené à travailler contre soi-même, on avance forcément. J’ai avancé avec Althusser».

Puis, s’émancipant de son maître, il s’extirpe de l’évolutionnisme encore latent chez Althusser. Tout en conservant sa visée émancipatrice, Jacques Rancière ambitionne de développer une pensée indépendante ; et plus fidèle aux complexités des processus politiques : « J’ai été amené à penser de plus en plus que les révolutions, les révoltes, n’étaient pas le résultat d’un processus historique avec un bel enchaînement des causes et des effets, mais que c’était une série d’émergences dont les causes étaient beaucoup plus complexes et finalement beaucoup moins liées à une sorte d’évolution [ou] de nécessité économique et historique... »

ARCHIVES :

  • Louis Althusser, 24 septembre 1976, France Culture.
  • Jean Wahl, 16 aout 1958, ARCHIVE INA
  • Virginia Woolf, BBC, date non déterminée
  • Michel Foucault, 10 juillet 1969
  • Sourire d'une nuit d'été, Ingmar Bergman, 1956

L'équipe

Laure Adler
Production
Didier Lagarde
Réalisation
Elodie Royer
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Corinne Amar
Collaboration