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*Écrivain japonais majeur, Prix Nobel de littérature en 1994, il est l'auteur de romans marquants comme Une affaire personnelle (1965), Le Jeu du siècle * (1979) ou encore Le Faste des morts (1957). Avec son style empreint de poésie et d'imaginaire, il brosse un portrait naturaliste du Japon contemporain. Laure Adler s'entretient avec Kenzaburō Ōe.

Kenzaburō Ōe
Kenzaburō Ōe
© Radio France - Corinne Amar

Kenzaburō Ōe… Un nom qui sonne déjà comme un poème, et l’une des grandes figures de la littéraire japonaise contemporaine.

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Il passe son enfance loin des autres villages, au bord de la forêt. Petit garçon, il vit la Seconde Guerre mondiale, une épreuve dont il conserve des souvenirs terribles : « Pour les soldats, il fallait fournir des vêtements chauds. Un jour, à l’école, on a demandé à tous les enfants d’amener leur chien, qu’ils prenaient, massacraient pour prendre leur fourrure. » Quand la démocratie revient, il ressent un véritable espoir en l’avenir, aujourd’hui grand défenseur des valeurs démocratiques.

Sensible à la nature, Ōe s’est souvent élevé pour dénoncer le danger du nucléaire, notamment après la catastrophe de Fukushima en 2011. Cet amour de la nature, il le porte en lui depuis petit. « Sur le chemin de l’école, il y avait un petit ruisseau qui menait au milieu de la forêt. Là, il y avait un arbre et j'ai décidé que ce serait mon arbre. Je restais près de lui sans bouger, c’était une vie idéale. »

Il est devenu écrivain sans vraiment le savoir. Jeune homme, il prend des notes sur une quinzaine de petits cahiers. « Ca a fait une histoire et elle a été éditée dans le journal de mon université. » Des gens lui demandent alors d’écrire d’autres histoires comme celle-ci. D’autres histoires ? « Je pensais que ce n’était qu’une rédaction » mais on lui dit qu’il s’agit bien d’un texte littéraire. « J’étais devenu écrivain. »

Il ne va alors pas cesser d’écrire, ayant le sentiment qu’il peut enfin poser sur le papier tout ce qu’il voulait dire. Il le fera notamment pour parler de son fils, atteint d’un handicap mental, en essayant d’écrire pour lui donner une voix. « Puisque mon enfant n’était pas capable de parler, j’ai écrit ce que j'ai l'impression qu’il aurait voulu dire. » Son fils, qui a trouvé sa voix dans la musique, « a métamorphosé l’être humain que j’étais ».

Traduction : Anne SEGOT