France Culture
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Réalisateur et scénariste, il est un représentant emblématique de la nouvelle génération de cinéastes japonais. A l'aise aussi bien sur le grand écran qu'à la télévision, cet artiste prolifique se fait remarquer avec Cure en 1997. Parmi ses succès, citons Charisma , Kaïro ou Jellyfish . Il vient de décrocher un prix de la mise en scène à Cannes pour "Vers l'autre rive". Ce soir, Kiyoshi Kurosawa est à Hors-Champs .

Kiyoshi Kurosawa
Kiyoshi Kurosawa

Kiyoshi Kurosawa ne sait pas vraiment ce qui lui a donné envie de faire du cinéma. « Je sais que j’aimais beaucoup les films » . Il se souvient en tout cas de l’influence d’un critique de cinéma qui donnait des cours à l’université et qui l’avait beaucoup impressionné. « J’ai compris qu’on pouvait passer une vie à rechercher ce qu’était le cinéma et même en y consacrant sa vie, on ne pouvait pas être sûr de trouver, mais j’ai quand même eu envie. »

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Si Kurosawa est connu pour ses films poétiques et métaphysiques, il est aussi l’auteur de « soft pornos », genre pour lequel il n’était pas vraiment doué : Il raconte qu’un producteur avait trouvé l’un de ces films très mauvais car pas assez pornographique :* Le spectateur masculin n’était pas assez excité par le film. Et puis on m’a reproché de faire un film dont l’histoire était incompréhensible. A mon avis, ceux qui m’ont fait ce reproche ont juste trouvé que le film n’était pas assez salace. »*

Cinéaste métaphysique alors ? Kurosawa récuse. « Je ne suis qu’un cinéaste. » . La mission du cinéaste, explique-t-il, est de filmer ce qu’il a devant lui, filmer la société telle qu’il la voit. « Je pense que si on voulait parler de métaphysique, on pourrait mieux l’exprimer par le cinéma d’animation. » Son objectif : filmer la réalité telle qu’elle se présente à notre regard. « Et s’il y a des considérations métaphysiques qui s’ajoutent, c’est un plus, mais ce n’est pas le but de mon cinéma. »

Pourtant, il reconnaît que dans Charisma (1999), il a voulu faire un film plus expérimental, un film qui le coupait de la réalité quotidienne. « J’ai donc recherché un lieu qui tendait vers l’abstraction. » Etant donné son budget limité, il lui fallait trouver un endroit pas trop loin de Tokyo. « Le seul lieu abstrait à ma portée était la forêt. S’il y avait eu un désert, ça aurait été mieux, mais il n’y a pas de désert au Japon. »

Tout son travail est infusé par la volonté d’abolir la frontière entre le vivant et le mort « beaucoup de frontières sont abolies dans mes films d’ailleurs » . Quand il filme quelque chose, il se demande toujours si ce qu’il filme est réel ou pas. « C’est peut-être la particularité de mon cinéma : dans tous mes films, je me demande si la réalité est vraie ou pas. » Il n’est pas influencé par ses rêves : « Je ne rêve pas beaucoup et mes rêves ne sont pas intéressants, ils ne sont que le prolongement de la réalité. » Pour ce qui est des fantômes, qui apparaissent notamment – son tout-dernier Vers l’autre rive (2015) est d’ailleurs une histoire de fantômes –, « je n’en ai jamais vu, et les gens qui me disent en avoir vus ne sont pas nécessairement dignes de confiance… »

Traduction : Catherine CADOU et Miyako SLOCOMBE